L’inexorable vérité sur l’Affaire Dreyfus par Jean JAURÈS. Manuscrit de 25 pp.

« C’est la démonstration irréfutable, invincible et juridiquement nouvelle, de la trahison d’Esterhazy, de l’innocence de Dreyfus »

12.000

Jean JAURÈS (1859.1914)

Manuscrit autographe signé – Fait nouveau.

Vingt-quatre pages et demie in-folio (35 x 22,5 cm) sur papier à bords effrangés.

Annotations typographiques au crayon gras. Montages.

[Paris. 1er ou 2 mai 1903]

 

« C’est la démonstration irréfutable, invincible et juridiquement nouvelle, de la trahison d’Esterhazy, de l’innocence de Dreyfus »

Exceptionnel manuscrit autographe signé : vingt-cinq pages in-folio de la main de Jean Jaurès, corrigées et amendées, offrant le texte de l’article paru en une de La Petite République le dimanche 3 mai 1903. L’inlassable défenseur de Dreyfus y annonce le tournant de l’Affaire et la marche désormais inexorable vers la révision.

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Le 28 avril 1903, en première page, La Petite République a publié la lettre que feu le comte Georg Herbert zu Münster (1820-1902) avait adressée à Joseph Reinach le 20 mai 1901. L’ancien ambassadeur d’Allemagne en France de 1885 à 1900 qui avait été, à son corps défendant, l’un des protagonistes clés de l’affaire Dreyfus, répondait aux sollicitations de Reinach qui réunissait des documents pour son Histoire de l’affaire Dreyfus. Dans cette lettre, révélée deux ans plus tard par La Petite République, Münster réaffirmait de manière solennelle qu’il n’avait jamais rencontré Dreyfus et que ce dernier n’avait jamais été recruté comme espion. Le document constituait une pièce essentielle pour solliciter la révision du procès qui avait condamné le capitaine Dreyfus.

« La publication de la lettre adressée à M. Joseph Reinach par M. de Münster est, dans la marche de l’affaire Dreyfus, un événement capital. Ce témoignage décisif et postérieur au procès de Rennes est un fait nouveau qui suffit à briser les décisions iniques et absurdes de la justice militaire et à justifier la révision.

Il résulte avec une certitude absolue du témoignage de M. de Münster qu’Esterhazy s’est offert comme espion à l’attaché militaire allemand, qu’il a été agréé comme tel à partir de 1893, qu’il a fonctionné comme espion de l’Allemagne pendant les deux ans qui ont précédé le procès de Dreyfus, que c’est lui, Esterhazy, qui est l’auteur de la trahison et l’auteur du bordereau, enfin qu’Esterhazy, épouvanté en 1897 par la découverte de son écriture, par l’enquête de Picquart et les démarches de Scheurer-Kestner, a essayé d’arracher à Schwartzkoppen qui l’a jeté à la porte, un faux témoignage contre Dreyfus. […] C’est la démonstration irréfutable, invincible et juridiquement nouvelle, de la trahison d’Esterhazy, de l’innocence de Dreyfus. »

Jaurès détricote ensuite avec une précision chirurgicale et une logique sans appel tous les arguments contre la sincérité du témoignage du prince de Münster. Les déclarations de l’ambassadeur, dès janvier 1895, puis de nouveau en novembre 1897, qui affirmait n’avoir jamais été en contact avec le capitaine Dreyfus, étaient suspectes aux yeux du gouvernement français : en effet, pour les antidreyfusards, le pays qui a employé un espion se doit de le « couvrir » lorsqu’il est démasqué. « Misérable sophisme », déclare Jaurès, pour qui : « Si l’ambassadeur allemand et l’ambassadeur italien, si le comte de Münster et le comte Tornielli ont déclaré, répété que jamais, jamais, sous aucune forme, ni l’Italie ni l’Allemagne n’avaient eu avec Dreyfus la moindre relation, ce n’était pas pour obéir à une sorte de protocole de l’espionnage. C’est parce qu’il leur paraissait contraire à la conscience et contraire à l’honneur de laisser frapper un innocent pour le crime d’Esterhazy, que leurs attachés militaires avaient employé. En tolérant ou en ignorant les manœuvres d’espionnage qui, par un contrecoup inattendu, allaient frapper en plein cœur un innocent, les deux ambassadeurs auraient été, en quelque mesure, complices de l’erreur et du crime. Voilà pourquoi ils parlaient. Voilà pourquoi ils criaient à des sourds volontaires la vérité. S’ils n’étaient pas écoutés, s’ils se heurtaient au parti pris le plus funeste, du moins ils épargnaient à eux-mêmes, et aux gouvernements représentés par eux, toute solidarité morale avec l’abominable crime. Et l’insistance de leurs déclarations, ce qu’il y avait d’insolite dans leurs démarches aurait dû avertir chez nous et les chefs d’État et l’opinion. »

Ainsi : « Dès maintenant, quoi qu’il advienne, la révision est ouverte. Une preuve de plus, juridiquement décisive, s’ajoute aux preuves éclatantes, rayonnantes, qui pour tous ceux qui veulent voir, pour tous ceux qui ont la droiture de la conscience et la probité de l’esprit, démontrent la trahison d’Esterhazy, l’innocence de Dreyfus, le crime ou l’aberration de jugements iniques et insensés. »

Le document autographe, avec ses ratures, renseigne aussi sur la méthode de Jaurès qui sait écarter les épithètes trop faciles ou trop bruyantes pour mieux concentrer son propos, le rendre d’autant plus incisif et retenir l’attention du lecteur. Ainsi, ce « répugnant procès de Rennes » devient ce « triste procès de Rennes » et une erreur « irréparable » devient « déplorable ».

Dans la guerre menée contre l’injustice et la manipulation, la voix de Jaurès eut un poids considérable et son action, dans la presse comme à la Chambre des députés, fut décisive dans la révision du procès qui aboutit à la réhabilitation du capitaine Dreyfus.

La part de Picquart, de Scheurer, de Zola est assez grande pour que notre patriotisme, même un peu étroit et ombrageux, ne souffre pas de la collaboration d’hommes qui font à la France l’honneur mérité de croire que la victoire passagère du mensonge n’a pas altéré la loyauté profonde de son génie. Sur le témoignage décisif de M. de Münster, la Cour de cassation mettra le sceau de la France.

 

 

 

 

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