Eugène BOUDIN se réjouit de ne pas côtoyer les impressionnistes.

« Vous ne trouverez pas ici le moindre impressionniste – heureusement. »

2.500

Eugène BOUDIN (1824.1898)

Lettre autographe signée au peintre américain Frederic Porter Vinton.  

Trois pages in-8°. Infime déchirure au pli central.

Deauville. 25 août 1890.

 

« Vous ne trouverez pas ici le moindre impressionniste – heureusement. »

Superbe lettre de Boudin conviant le peintre américain à le rejoindre à Deauville, tout en décriant les Impressionnistes.

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« Cher Monsieur Vinton, J’aurais bien tardé à répondre à votre aimable lettre, malgré tout le plaisir qu’elle m’a fait. Depuis deux semaines j’ai eu tant de tracas. Des déplacements ;  puis pour comble, un refroidissement rhumatismal qui m’a ôté toute énergie et m’a retenu au lit plusieurs jours. Je voulais vous écrire après les courses, pour vous pour vous informer que vous trouverez à Deauville tout ce que vous pouvez désirer en fait de maison au prix le plus doux. Je l’aurais fait sans cette attaque dont heureusement je suis rétabli, mais peut-être avez-vous déjà changé vos projets.

Quoi qu’il en soit nous serions heureux de vous voir partager notre solitude. Je dis solitude – relative – car à part un modeste collègue qui nous fait parfois société, nous ne connaissons guère les gens du pays et vous serez le bienvenu si vous vous décidez à venir ici passer quelques semaines. Toutefois, je n’ose vous promettre une saison bien favorable. Depuis deux semaines le temps est devenu impossible. Vent, pluie, et même du froid ; nous subissons toutes les misères du temps. C’est peut-être une raison pour espérer mieux du mois de septembre ! mais quelle année !

Vous ne trouverez pas ici le moindre impressionniste – heureusement – mais comme ça s’étend ! c’est la tâche d’huile. Nous parlerons de tout cela si vous venez ici, mais n’ayez aucun souci du côté du logement. Il serait même possible que vous trouvassiez, au cas où cela vous conviendrait, une propriétaire qui pourrait se charger de vous faire votre cuisine et le ménage. La vie ici y est assez facile. Je craindrais seulement pour vous, l’éloignement de la campagne … mais après tout les moyens de locomotion sont très commodes (…) La campagne est très belle aux environs, si ce paysage vous tente.

Nous parlerons des toiles dont vous m’entretenez. Pour le moment je suis bien en retard dans mes travaux. Hélas le temps passe si vite, si vite. Assurez Madame Vinton de nos respects (…) Si vous vous décidez à venir passer quelques semaines ici, écrivez-nous (…) nous nous mettrons en quête d’une maison agréable pour Madame Vinton. Votre bien dévoué ami. E. Boudin. »

 

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Le commentaire taquin de Boudin, au sein de la lettre,  sur les artistes impressionnistes est intéressant. En effet, si Boudin exposa son travail à la première exposition impressionniste de 1874, il ne se considéra jamais comme faisant partie intégrante du mouvement. Il en va de même pour Frederic Porter Vinton (1846.1911). Bien que son travail soit souvent perçu comme impressionniste, Vinton ne s’identifia pas lui-même à ce mouvement artistique.

Les Vinton rencontrèrent Eugène Boudin, Camille Pissarro et Alfred Sisley lors de leur voyage de dix-huit mois en Europe en 1889-1890. Vinton avait visité la France, l’Italie, la Hollande et l’Angleterre, étudiant le travail des artistes de chaque pays. Lors du voyage des Vinton, Boudin dédia trois tableaux à Vinton. Plus tard, Vinton acheta un grand groupe de peintures de Boudin proposé à la vente à la Chase Gallery de Boston.

Nous connaissons une scène de plage réalisée par Boudin en 1890 intitulée Trouville, scène de plagesignée et dédicacée « à Madame Vinton Souvenir 1890 Trouville »

 

 

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