L’art de la sculptrice Jane POUPELET est honorée d’un article louangeur.

« Sans être absolument la criminelle dont parle Maeterlinck, je crains de ne pas avoir la conscience aussi pure que vous l’affirmez avec tant de bienveillance. »

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Jane POUPELET (1874.1932)

Lettre autographe signée au critique Maurice Guillemot.

Quatre pages in-8° sur papier à son adresse.

La Gauterie [Juillet 1913]

 

« Je crains de ne pas avoir la conscience aussi pure que vous l’affirmez »

Rare et belle lettre de la sculptrice française honorée par l’article louangeur que lui a consacré Maurice Guillemot dans la revue Art et Décoration. Jane Poupelet revient avec humilité sur son travail et sur l’évocation de « criminalité » relevée chez Maeterlinck par Guillemot.

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« Monsieur, Il est bien tard pour venir vous remercier de l’article charmant (dans la meilleure acception du terme) que vous m’avez consacré il y a quinze jours dans la revue Art et Décoration et que j’ai reçu seulement avant-hier.

Abstraction faite du sujet j’ai pris à lire ces quelques pages de vraie critique le plaisir le plus vif. Aussi bien pensées (si toutefois ce n’est pas m’adresser un éloge indirect) que bien écrites elles constituent pour moi une haute récompense et un encouragement très précieux. Permettez-moi donc de vous exprimer, d’abord toutes mes félicitations, ensuite ma reconnaissance pour avoir bien voulu vous charger de me présenter au public et enfin mes remerciements pour l’avoir fait d’une façon aussi flatteuse pour moi car, sans être absolument la criminelle dont parle Maeterlinck, je crains de ne pas avoir la conscience aussi pure que vous l’affirmez avec tant de bienveillance. Du moins m’efforcerai-je dans l’avenir de justifier tout à fait la bonne opinion que vous avez donné de ma modeste personnalité.  

J’espère, Monsieur, avoir le plaisir de continuer avec vous cet automne à Paris les bonnes relations commencées cet été, en attendant, recevez l’assurance de ma considération distinguée et de mes meilleurs sentiments. J. Poupelet. »

 

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Pour la publication de juillet 1913, Maurice Guilleminot avait publié dans la revue mensuelle d’Art moderne, Art et Décoration, un très bel et long article illustré (pp.51-56) sur la sculptrice française. Le critique terminait ledit article en se référant à ce qu’avait écrit Maeterlinck à propos de la sculpture : « La sculpture devrait être le plus exceptionnel de tous les arts. Elle ne devrait fixer que quelques moments extrêmement rares et absolument, irréprochablement beaux de la vie, des formes, des joies et des douleurs humaines. Tout mouvement sculpté qui n’est pas admirable est une sorte de crime permanent, obsédant, inexcusable. » et Guillemot, lui, de conclure son texte : « Mademoiselle Jane Poupelet n’est aucunement criminelle dans le sens où ce mot est employé par le poète de Pelléas ».

 

Figure de la sculpture du début du XXe siècle, Jane Poupelet se tient aux côtés d’autres femmes artistes, en particulier de Camille Claudel à qui elle ressemble par sa grande indépendance et sa force de caractère. Première femme admise à l’École des Beaux-arts et des Arts décoratifs de Bordeaux, elle rencontre le sculpteur Lucien Schnegg en 1900 et intègre la « bande à Schnegg », dont elle est la seule femme. Elle fréquente les cercles autour de Bourdelle et de Rodin, côtoie aussi des artistes américaines et les groupes féministes anglo-saxons.

Durant la Grande Guerre, Jane Poupelet délaisse son art et s’investit dans la création de poupées et de jouets en bois peints vendus au profit des sinistrés. A partir de 1918, elle modèle des masques pour les mutilés, les « gueules cassées » du conflit, dans un service de la Croix-Rouge américaine, avec Anna Ladd. Sa conduite lui vaut la Légion d’honneur en 1928.

Dans une correspondance datée de 1920, la sculptrice confessait qu’après avoir vu tant de douleurs, jamais plus elle ne sculpterait comme avant.

 

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