Marcel PROUST, éprouvé par l’asthme, entrevoit les portes de la mort.

« Je ne suis pas un auteur arrivé, mais un homme fini. »

15.000€

Marcel PROUST (1871.1922)

Lettre autographe signée.

Six pages in-12° carré.

[Paris]. 44 rue Hamelin. [Septembre 1920].

Lettre inédite.

 

« Je ne suis pas un auteur arrivé, mais un homme fini. »

Émouvante et tragique lettre de Marcel Proust éprouvé par ses crises d’asthme et son traitement morphinique. L’auteur annonce la parution du Côté de Guermantes et évoque trois de ses proches amis : Robert de Montesquiou, Robert de Flers et Madeleine Lemaire. Il clôt sa missive, las, mourant, tel un augure de crépuscule.

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 « Mon cher ami, Je vous écris très difficilement car j’ai été repris de mes crises d’asthme avec une violence inconnue ; pour la 1ère fois de ma vie on me pique à la morphine, mais cela ne les calme pas, et me laisse seulement très abruti.

Je ne peux regretter mes souffrances car elles viennent vraisemblablement d’être sorti [sic] la semaine dernière « de jour » pour faire avoir une bourse de 12000 francs à un écrivain méritant de toutes façons [Jacques Rivière qui obtint le prix Blumenthal]. – Je vous dis que je vous écris ; non je vous réponds, car je n’ai pu lire un traitre mot de votre lettre. Vous et moi avons remplacé l’écriture par le dessin, le mien est affreux, le vôtre ravissant, mais pas plus déchiffrable.

Si vous voyez Montesquiou, soyez assez bon pour lui dire mon pitoyable état afin qu’il m’excuse. Je suppose que c’est à [Henri] Vonoven que je dois la note du Figaro. J’aurais été heureux qu’on dise que pendant que j’étais fait chevalier, mon frère, le professeur Proust, chirurgien en chef de la 10e armée pendant la guerre, était promu officier. C’est sans doute trop tard. Peut-être l’apparition [sic] du Côté de Guermantes que je vous enverrai ces jours-ci (dès qu’il sera paru) permettra-t-elle ce rappel. Mais vous avez peut-être suivi Flers au Gaulois. Dans ce cas ce serait bien plus facile. Cher ami, si vous vous souvenez que je vous ai  » levé  » l’été dernier (la fatigue m’empêche brusquement de finir ma lettre). En un mot j’ai une envie folle que cette affreuse crise d’asthme passée vous veniez diner près de mon lit, ou bien au Ritz, et puis que cela continue. Tendrement à vous. Marcel.

On n’a pas le droit d’être mourant. Montesquiou m’a écrit que ce n’était pas ma santé qui m’avait empêché de le voir depuis 15 ans. Et Me Lemaire m’écrit que si je n’entretiens pas de correspondance régulière avec elle, c’est que je suis un auteur arrivé. Je ne suis pas un auteur arrivé, mais un homme fini, consolé s’il vous voit qq fois. »

 

 

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