Eugène DELACROIX (1798-1863)

Manuscrit autographe – Salon de la Paix.

Trois pages in-8°. Cachet de collection.

Slnd.  [Paris. Printemps 1854]

La Paix, portée sur des nuages, ramène labondance et le cortège des muses. 

Formidable manuscrit d’Eugène Delacroix expliquant le déroulé iconographique et symbolique d’une œuvre aujourd’hui disparue : le Salon de la Paix de l’Hôtel de Ville de Paris.

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Salon de la Paix

La Terre éplorée lève les yeux au ciel pour en obtenir la fin de ses malheurs. Elle est entourée de ruines : près delle, un soldat éteint sous son pied une torche. Des amis, des parents, se retrouvent et sembrassent ; on ramasse en pleurant de tristes victimes.

La Paix, portée sur des nuages, ramène labondance et le cortège des muses. Cérès repoussel’affreux Mars et les furies: la discorde senfuit en rugissant et se replonge dans les abymes, pendant que Jupiter, du haut de son trône de nuages, se tourne encore en menaçant vers les divinités malfaisantes ennemies du repos des hommes.

Onze sujets de la vie d’Hercule. On a suivi destructeur des monstres et vengeur des opprimés – on a suivi dans l’ordre des tableaux, plutôt la convenance des lignes et de l’effet que l’ordre chronologique.

1° Hercule exposé après sa naissance est recueilli par Junon et par Minerve. Cette dernière le tient dans ses bras et le présente à Junon qui se dispose à lui donner le sein.

2° Hercule ayant élevé ses fameuses colonnes aux bornes du monde, se repose de ses travaux. Le soleil au terme de sa carrière se replonge dans la mer.

3° Il ramène Alceste des enfers et la rend à Admète son époux.

4° Il tue le Centaure.

5° Il enchaine Nérée dieu de la mer pour le forcer à lui dévoiler l’avenir.

6° Il s’empare du baudrier d’Hippolyte reine des amazones.

7° Il étouffe Antée. La terre mère de ce titan veut en vain lui porter secours.

8° Il délivre Hésione fille de Laomédon, exposée pour être dévorée par un monstre marin.

9° II écorche de ses mains le lion de Némée pour en prendre la peau.

10° Hercule jeune encore entre le vice et la volupté.

11° Il rapporte sur ses épaules et vivant le sanglier d’Érymanthe qu’il avait pris à la course. »

 

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Ce manuscrit d’Eugène Delacroix est riche de précieux enseignements quant à la conception du décor du Salon de la Paix, commandé au peintre en décembre 1851, pour l’Hôtel de Ville de Paris. Exécutées entre 1852 et 1854, les peintures de l’artiste furent détruites par les incendies de la Commune le 24 mai 1871. Nous n’en connaissons aujourd’hui que quelques esquisses et descriptions de l’époque, telles que celle délivrée, par le créateur lui-même, dans le présent manuscrit.

Il est intéressant de noter que ce texte – avec de très nombreuses variantes – fut publié par Gustave Planche au sein de la Revue des Deux Mondes (15 avril 1854 – pp. 305-321). Critique d’art favorable de longue date au romantisme et à Delacroix en particulier, Planche commentait régulièrement les œuvres du peintre, commandes publiques et envois au Salon.

Il est ainsi très vraisemblable que ces notes manuscrites de Delacroix lui aient été destinées, pour le guider dans la rédaction de son article et l’éclairer sur la volonté symbolique de l’artiste. La correspondance entre Delacroix et Planche est tout à fait avérée. On retrouve ce texte, remanié, dans Notice sur l’Hôtel de Ville de Paris de A. Ferrier, paru en 1855 (p.80-81).

On notera enfin l’amusant lapsus de Delacroix pour qui Hercule hésite entre le Vice et la Volupté, et non comme le veut l’Histoire, entre le vice et la vertu.

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