Bertrand CANTAT, incarcéré à Vilnius, attend son procès après son homicide.

« La souffrance, le choc, l’angoisse, les regrets, même si ce que les médias présentent est déformé, tu l’as compris, m’empêchent de respirer vraiment. »

Vendu

Bertrand CANTAT (1964-)

Lettre autographe signée à une admiratrice argentine.

Deux pages in-4°. Enveloppe.

Prison de Vilnius. 21 janvier 2004.

Rare lettre de l’artiste français, incarcéré à Vilnius, après son homicide sur Marie Trintignant le 23 juillet 2003. Bertrand Cantat, jugé du 16 au 29 mars 2004, sera condamné pour meurtre à huit ans d’emprisonnement.

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Sabrina, Excuse-moi avant tout pour le temps que j’ai pris à te répondre, sachant que tes lettres ont mis aussi un certain temps à arriver. Merci beaucoup pour ton soutien, l’énergie que tu mets dans tes mots, ton très bon français et la pertinence de ton point de vue, ta lucidité.

Évidemment, la souffrance, le choc, l’angoisse, les regrets, même si ce que les médias présentent est déformé, tu l’as compris, m’empêchent de respirer vraiment et laissent pour l’instant en grande partie en suspension la poésie et les luttes.

Merci de t’inquiéter de ce que la prison peut faire à un individu fragilisé. Je ne crois pas, si je tiens le coup, perdre de vue la pensée et l’action libertaire, mais je crois que l’introspection, une certaine élévation spirituelle est nécessaire parallèlement, surtout dans un cas comme le mien, ça doit marcher ensemble et ça n’a rien à voir avec le fait de se plier à aucun dogme religieux bien sûr. J’espère être digne de tout ça malgré la souffrance. Je crois que l’angoisse de l’attente du procès, le mal que ça fait ressurgir et la peur que ce soit un véritable cirque ne laisse pas beaucoup d’espace pour l’instant. Je croise les doigts en espérant que ça reviendra.

Comment va l’Argentine, ça va mieux ? Est-ce que les formes de solidarités nées du désastre économique trouvent leur prolongement et de nouvelles formes ? Tu me diras si tu veux. Merci de la confiance que tu m’accordes, pour ton soutien, ta démarche libertaire et ton amour de la poésie et de la musique. J’espère que cette lettre ne mettra pas une éternité à arriver jusqu’à Buenos Aires. Je t’embrasse. Merci encore. On en reparlera j’espère. Pardon si je ne suis pas très bavard pour l’instant. Hasta la proxima. Bertrand. »

 

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Bertrand Cantat fut jugé du 16 au 29 mars 2004, à Vilnius, et condamné pour meurtre à huit ans d’emprisonnement. Transféré au centre de détention de Muret (en Haute-Garonne) en septembre 2004, il bénéficia d’une libération conditionnelle en octobre 2007 et fut libéré 16 octobre 2007 après trois ans et demi de détention.

 

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