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BELLMER rêve que Marcel DUCHAMP oeuvre aux « Jeux de la poupée ».
« Je pourrais demander à Marcel Duchamp un texte « ready-made ». »
2.200€
« Je pourrais demander à Marcel Duchamp un texte « ready-made ». »
2.200€
Hans BELLMER (1902.1975)
Lettres autographe signée à Henri Parisot.
Deux pages in-4° sur papier pelure orangé.
[Paris. Juin 1945 ?]
« Je pourrais demander à Marcel Duchamp un texte « ready-made ». »
Magnifique lettre de Hans Bellmer se perdant en conjectures sur les poètes et éditeurs susceptibles de travailler sur Les Jeux de la poupée. Évoquant entre autres Leonora Carrington, Marcel Duchamp, André Breton et Paul Éluard, l’artiste décrit l’esprit qui a guidé son œuvre : « Dans l’ensemble, vue cette série de dessins, il s’agit de l’ambiance, de ce passage unique, précis, entre l’enfance et la puberté de la petite fille. Les dessins ont été faits dans ce climat, dans ce but ; uniquement. »
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Cher ami, je viens de recevoir le N°1 des « Quatre Vents » ! Merci ! c’est un plaisir de le voir sortir fraîchement : c’est bien fait. Vous avez su trouver des choses d’importance et de plus, on fait de découvertes parmi les jeunes. (mais pourquoi est-ce que Gisèle Prassinos n’est pas parmi les jeunes ? que devient-elle ?)
Je n’ai pas encore tout lu, bien entendu. J’ai lu tout de suite André Frédérique ! Évidemment, « Cadran » et « L’enfant boudeur » – c’est ce que nous aimons. Il en a le goût, la science et le mal de pays (de l’enfance). Si cela lui disait quelque chose – mes dessins en question – je serais content s’il consentirait de faire un texte en prose poétique à ce propos.
Dans l’ensemble, vue cette série de dessins, il s’agit de l’ambiance, de ce passage unique, précis, entre l’enfance et la puberté de la petite fille. Les dessins ont été faits dans ce climat, dans ce but ; uniquement. (Eluard a admirablement circonscrit cette ambiance dans ses textes pour les jeux de la Poupée).
Naturellement cette couleur (-la mineure-) donnée, les textes à faire n’auront aucune obligation (de ma part) à suivre le contenu illustratif des dessins. Il y a là liberté absolue. Faire un petit monument à la mineure – tons menthe, etc. Voilà tout. Ça pourrait devenir une merveille. Le problème grave restera seulement la reproduction.
Bien sûr, je n’ai pensé (sans réfléchir) qu’à la simili-gravure comme G.L.M [Guy Lévis Mano] en a reproduits dans sa revue. Mais cela n’a rien de particulièrement ravissant. Il faudrait reproduire le caractère des dessins. Genre facsimilé. Donc en deux couleurs (en litho ?). À quelle maison s’adresser pour cela ? Il y en a certainement à Paris qui seraient capables de le faire. Zervos ou Mme Buchen savent certainement un atelier de litho apte à s’en tirer sans autre. Ça serait une chose splendide ! Édition chère, bien entendu – mais les gens ne demandent pas mieux.
Au fond, on devrait s’y attaquer dès maintenant d’une façon concrète : Photo-litho en deux couleurs ! Si vous trouvez une maison qui le ferait, il faudrait leur montrer ou laisser un original – par exemple « La Tour menthe-poivrée à la louange des petites filles goulues ». La maison me dirait le prix de la reproduction (2 planches). Le format : 14 cm de largeur – la hauteur, selon le dessin, sera variable. Cette idée ma passionne (car ces dessins en photo cela ne donne pas grand-chose). Je ferais faire à mes frais d’abord une litho en 2 couleurs (brun-noir) et cela enthousiasmerait les poètes et écrivains les plus récalcitrants !
Avec une bonne reproduction en main, je serais plus aisé de m’adresser à l’un ou à l’autre de mes amis écrivains. Je pense à Leonora Carrington. Quant à Péret et Breton, j’ai écrit à Breton il y a quelques semaines sans avoir eu de réponse. Je pourrais demander à Marcel Duchamp un texte « ready-made ». Vous croyez que William Faulkner serait abordable ? « Le bruit et la fureur » aurait un parfum assez remarquable.)
Enfin, la question reproduction est la plus important, avant tout. Seulement la difficulté c’est qu’à peu près tous les dessins sont partis, dispersés. Et la reproduction ne peut se faire qu’après l’original. C’est emmerdant. Eluard en a deux : « Les mains » et « La petite devant la glace ». Mme Lizica Codreano en a deux (est-ce qu’elle vit encore à Paris ?) M. René Berger, Buenos-Aires, en a deux ou trois. Vous en avez trois. Naturellement, la reproduction en simili-gravure d’après les photos de Caillet m’éviterait tous ces ennuis. Mais ce n’est rien.
Je suis impatient de recevoir les premiers exemplaires de votre série « L’Age d’or ». Si c’est possible, je ferai quelque chose, ça c’est certain. Mais ma vie est tellement inavouable que je ne peux pas travailler depuis longtemps. Mais la solution est proche. Je vous tiendrai au courant ! Envoyez-moi vite les photos de Caillet et la facture. Bien à vous. Bellmer.
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