[AFFAIRE DREYFUS] – Émile ZOLA
Lettre à Madame Alfred Dreyfus.
Par ÉMILE ZOLA
Edition originale de l’article de Zola paru en une de L’Aurore le 22 septembre 1899
Quatre pages grand in-folio (64 x 47 cm). Exemplaire 704, complet.
Légers défauts, plis et brunissures.
« Madame, On vous rend l’innocent, le martyr, on rend à sa femme, à son fils, à sa fille, le mari et le père, et ma première pensée va vers la famille réunie enfin, consolée, heureuse. »
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Publiée en une de L’Aurore, trois jours seulement après la grâce présidentielle accordée au capitaine Alfred Dreyfus par le président Émile Loubet, le 19 septembre 1899, cette « Lettre à Madame Alfred Dreyfus »constitue un nouveau jalon du combat de justice d’Émile Zola au fil de la ténébreuse affaire Dreyfus.
L’article, qui fait naturellement écho au combat engagé par Émile Zola vingt mois plus tôt par son virulent J’Accuse…!, est rédigé d’une plume humaine, teintée d’émotion et d’espoir, et directement adressée à l’épouse du capitaine injustement condamné, Lucie Dreyfus : « Quel que soit encore mon deuil de citoyen, malgré la douleur indignée, la révolte où continuent à s’angoisser les âmes justes, je vis avec vous cette minute délicieuse, trempée de bonnes larmes, la minute où vous avez serré dans vos bras le mort ressuscité, sorti vivant et libre du tombeau. »
Si J’accuse…! demeure le texte de la dénonciation, la « Lettre à Madame Alfred Dreyfus » constitue celui de l’exigence de réparation. Vingt mois séparent ces deux publications. Vingt mois durant lesquels l’Affaire connaît des développements décisifs : le procès intenté à Zola, son exil en Angleterre, la découverte des faux du colonel Henry, le suicide de ce dernier, la cassation du jugement de 1894, puis le second procès de Rennes.
Lorsque paraît le quotidien, le 22 septembre 1899, Alfred Dreyfus vient d’obtenir la grâce présidentielle. Il est libre, mais demeure juridiquement condamné. Pour Zola, cette situation révèle une contradiction insupportable : l’innocence ne saurait être graciée ; elle doit être reconnue. C’est cette idée qui fonde l’ensemble de sa lettre : « Mais je le dis encore […], madame, vous pouvez vous en remettre aux bons citoyens qui ont fait rendre la liberté à votre mari et qui lui feront rendre l’honneur. Pas un ne désertera le combat, ils savent qu’ils luttent pour le pays en luttant pour la justice […] nous espérons bien que vos enfants n’ont plus beaucoup à grandir avant que leur nom soit légalement pur de toute tache. »
Ce texte poignant représente l’une des dernières grandes interventions publiques de Zola dans l’Affaire Dreyfus. Quelques mois plus tard, le romancier reprend sa vie littéraire. Il disparaît brutalement le 29 septembre 1902, sans avoir vu l’issue définitive de son combat. Il faudra attendre le 12 juillet 1906 pour que la Cour de cassation annule sans renvoi la condamnation de Rennes et proclame définitivement l’innocence d’Alfred Dreyfus, lequel est réintégré dans l’armée quelques jours plus tard.
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Cette « Lettre à Madame Alfred Dreyfus » demeure l’un des plus importants textes de Zola publiés au fil de l’Affaire, en une de L’Aurore. Sa relative discrétion bibliophilique s’explique logiquement par l’ombre portée par le légendaire numéro du 13 janvier 1898 qui, depuis sa publication, concentre presque toutes les attentions.
La vérité est en marche.
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Bibliographie (non exhaustive) :
. La Vérité en marche, recueil des principaux textes consacrés à l’Affaire Dreyfus.
. Henri Mitterrand, Zola, 3 vol.
. Vincent Duclert, L’Affaire Dreyfus.
. Philippe Oriol, L’Affaire Dreyfus. Vérités et légendes.
. Jean-Denis Bredin, L’Affaire.