Victor HUGO – « Rien ne m’ébranle et rien ne m’ébranlera ; je mourrai ici, s’il le faut. »

Victor HUGO – « Rien ne m’ébranle et rien ne m’ébranlera ; je mourrai ici, s’il le faut. »

8 500€

Lettre autographe signée à Edouard Plouvier.

Extraordinaire lettre d’exil du grand homme.

« Rien ne m’ébranle et rien ne m’ébranlera ; je mourrai ici, s’il le faut. »

Description

Victor HUGO (1802.1885)

Lettre autographe signée à Edouard Plouvier.

Quatre pages in-16°. Deux infimes manques portant atteintes à deux mots.

Marine Terrace [Jersey] – 22 décembre [1854]

« Rien ne m’ébranle et rien ne m’ébranlera ; je mourrai ici, s’il le faut. »

Extraordinaire lettre d’exil du grand homme.

« Marine Terrace remercie Venise ; le brouillard remercie l’azur, la pluie remercie le soleil, le deuil remercie la joie. Vous avez bien fait, poète, de m’envoyer Le songe [« Le Songe d’une nuit d’hiver », comédie d’Édouard Plouvier]. Je suis dans l’hiver, je suis dans la nuit. Je viens de le rêver tout d’une haleine. Je me suis cru Angelo, et j’ai presque attendu Rosalinde et Cleosina, Rosalinde pour ouvrir ma porte et Cleosina pour ouvrir mon cœur. Je veux vous crier tout de suite : merci ! pour ce moment de sommeil que vous avez donné à mes tristesses, pour cet éclair de réveil que vous avez donné à mes joies. Votre comédie, toute pleine de prose fine et de vers exquis, est tout bonnement une orfèvrerie ravissante. La prose est or, les vers sont perles. Votre noble et digne lettre me va au cœur. Le feu ne périra pas tant qu’il y aura des foyers comme vous.

Vous avez raison, j’espère, j’attends, je crois, je suis sûr. Moi aussi, je connais la force vivace et l’éternité de la flamme sacrée ; tous les ouragans de l’exil et de l’océan soufflent dessus ; ils la tourmentent, mais ne l’éteignent pas, c’est une fière chose que l’âme. Votre charmante femme [la comédienne Lucie Mabire] qui avait si profondément sculpté dans sa beauté le deuil de la Sachette [personnage de Notre-Dame de Paris], est certainement très capable d’incarner Lucrèce Borgia, Marion, Marie Tudor. Elle fait, je le répète de sa beauté la statue qu’elle veut et de son âme la passion que veut le poète. Vos deux avenirs mêlés arriveront certainement à un double rayonnement. Bravo pour elle ! Courage pour vous ! (…)

Le temps est horrible ici, et me fait penser avec tristesse à ces pauvres victimes de la mer Noire[une quarantaine de navires engagés dans la guerre de Crimée venaient de faire naufrage en mer Noire]. Mon horizon n’est qu’une nuit. La tempête m’endort le soir et la trombe me réveille le matin. Tout cet immense deuil m’entre dans l’âme et me fait songer aux doux rayonnements de la France, mais rien ne m’ébranle et rien ne m’ébranlera ; je mourrai ici, s’il le faut. L’océan est là sous ma fenêtre ; je regarde cet indomptable, et je lui dis : joutons. Je serre votre bonne et noble main. V.H. Toute la colonie vous remercie et vous aime. »

Avis

Il n’y pas encore d’avis.

Be the first to review “Victor HUGO – « Rien ne m’ébranle et rien ne m’ébranlera ; je mourrai ici, s’il le faut. »”