Victor HUGO et la police de Napoléon III.

Victor HUGO et la police de Napoléon III.

3 500€

Lettre autographe à Delphine de Girardin.

Superbe et longue lettre d’exil d’Hugo saluant le succès de Lady Tartuffe et défiant l’empereur Bonaparte depuis son refuge de Jersey.

« Que la police de M. Bonaparte soit clémente de ces quelques lignes. »

Description

Victor HUGO (1802.1885)

Lettre autographe à Delphine de Girardin.

Quatre pages in-8°. Marine Terrace [Jersey] 8 mars [1853]

« Que la police de M. Bonaparte soit clémente de ces quelques lignes. »

Superbe et longue lettre d’exil d’Hugo saluant le succès de Lady Tartuffe et défiant l’empereur Bonaparte depuis son refuge de Jersey.

« Je ne sais plus que faire, mes lettres vous arrivent-elles ? Avez-vous reçu la dernière ? Je prends le parti de vous écrire directement, et tout bêtement par la poste à la grâce de Dieu et à la garde du Diable ! Que la police de M. Bonaparte soit clémente de ces quelques lignes ; je ne parlerai ni d’elle, ni de lui. Quelle bonne chose que l’exil quand on joue en France toutes les comédies qui ne sont pas de vous, mais quelle triste chose quand on y joue Lady Tartuffe ! Je vous avais écrit dans la joie du succès. Je vous envoyais mon bravo et mon applaudissement – et penser qu’ils ont probablement intercepté cela ! Faut-il qu’ils soient bêtes ? Qu’y a-t-il de commun entre un applaudissement et eux, entre l’enthousiasme et eux, entre la gloire et eux ? – Mais pardon, j’avais promis de n’en point parler.

Donc, face à face avec ce régime, vous continuez l’esprit, la lumière, la poésie, le succès, les grandes traditions de la pensée et de la France. Je vous en remercie au nom de toutes deux. On me dit le succès de Lady Tartuffe immense. L’autre jour, jouant avec l’avenir, c’est le jeu favori des proscrits, je disais : qui sait ? Nous serons peut-être à Paris avant que les représentations de Lady Tartuffe soient finies. – Victor m’a dit : – Cela ne prouverait pas que l’empire durera peu. – Je vous envoie le mot.  D’ici je n’ai rien à vous dire que vous ne sachiez. Nous vous aimons. Nous aimons tout ce talent et tout ce courage qui se dépense à côté de vous. Quand je pense à la France, et c’est toujours, je pense à vous. Il semble que vous soyiez pour moi une partie de la figure de la France. Je ne vois pas la patrie en laid, comme vous voyez.

Voici le printemps qui arrive. On me dit que dans un mois Jersey sera en bouquet ; je vous l’offre – oui, venez, vous l’avez promis. Vous verrez ma petite cabane sur laquelle viennent écumer, sans lui faire peur ni trouble, la mer et la haine. Ce sera charmant de vous voir ; nous mettrons en commun chacun ce que nous avons, vous vos triomphes et votre splendeur, moi ma solitude et mes rêves : vous échangerez votre Paris contre mon océan. Et puis vous me permettrez de vous aimer sous les deux espèces, comme une charmante femme et comme un grand esprit. À vos pieds. »

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