HUGO et Juliette Drouet en voyage – 1843.

HUGO et Juliette Drouet en voyage – 1843.

750€

Billet manuscrit avec annotation autographe de Hugo.

Description

Victor HUGO (1802.1885)

Billet manuscrit avec annotation autographe de Hugo.

Une page in-12° oblongue. Bayonne. 14 août 1843.

Facture de consommations du couple Hugo / Drouet dans un hôtel bayonnais. En marge inférieure, Hugo inscrit la date et le lieu de son passage. En marge supérieure gauche, le nom de « Mme Drouet » est inscrit par le tenancier de l’hôtel.

Emouvant témoignage du voyage de Victor Hugo et de Juliette Drouet au Pays Basque, durant l’été 1843.

« Monsieur le Vicomte Hugo doit du 13 août.

Déjeuner pour deux couverts ———- 4

2 bols café au lait  ———————— 2

Diner pour deux couverts 4 ———– 8

14 août 1843

Hôtel du commerce

Bayonne

Hôtel Succursal »

L’année 1843 fut, pour Hugo, marquée par l’échec et le malheur.

Dès le début de l’année, en mars, survint l’échec retentissant de sa pièce « Les Burgraves », retirée après seulement trente trois représentations, et qui mit fin à sa volonté d’écrire pour le théâtre.

A l’été, malgré l’opposition d’Adèle Hugo, Juliette Drouet eut « son pauvre petit bonheur annuel » et quitta Paris avec son amant pour un voyage vers le Sud-ouest et l’Espagne. Ce périple devant évoquer, pour Hugo, des souvenirs d’enfance (« Bayonne est pour moi un souvenir d’enfance. Je suis venu à Bayonne étant tout petit, ayant sept ou huit ans, vers 1811 ou 1812, à l’époque des grandes guerres ») et le guérir de sa tristesse parisienne due à l’échec des Burgraves.

Seulement 20 jours après la rédaction du document ici présenté, le 4 septembre 1843, sa fille Léopoldine se noie avec son époux Charles Vacquerie, à Villequier.

Hugo n’apprit le décès de sa fille adorée que cinq jours plus tard, le 9 septembre, dans la presse : « On m’apporte de la bière et un journal, Le Siècle. J’ai lu. C’est ainsi que j’ai appris que la moitié de ma vie et de mon cœur était morte »

Journal de Juliette Drouet : « Sur une espèce de grande place, nous voyons écrit en grosse lettre : Café de l’Europe. Nous y entrons. Le café est désert à cette heure de la journée. Il n’y a qu’un jeune homme, à la première table de droite, qui lit un journal et qui fume, vis à vis la dame de comptoir, à gauche. Nous allons nous placer tout à fait dans le fond, presque sous un petit escalier en colimaçon décoré d’une rampe en calicot rouge. Le garçon apporte une bouteille de bière et se retire. Sous une table, en face de nous, il y a plusieurs journaux. Toto en prend un, au hasard, et moi je prends le Charivari. J’avais eu à peine le temps d’en regarder le titre que mon pauvre bien aimé se penche brusquement sur moi et me dit d’une voix étranglée, en me montrant le journal qu’il tient à la main : « voilà qui est horrible ! » Je lève les yeux sur lui : jamais, tant que je vivrai, je n’oublierai l’expression de désespoir sans nom de sa noble figure. Je venais de le voir souriant et heureux et, en moins d’une seconde, sans transition, je le retrouvai foudroyé. Ses pauvres lèvres étaient blanches ; ses beaux yeux regardaient sans voir. Son visage et ses cheveux étaient mouillés de pleurs. Sa pauvre main était serrée contre son cœur, comme pour l’empêcher de sortir de sa poitrine. Je prends l’affreux journal et je lis… »

Hugo ne s’en remit jamais.