ST SAËNS – Lettre autographe signée.

ST SAËNS – Lettre autographe signée.

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Camille SAINT SAENS (1835.1921)

Lettre autographe signée à Raoul Lafagette.

Description

Camille SAINT SAENS (1835.1921) – Raoul LAFAGETTE (1842.1913)

Lettre autographe signée à Raoul Lafagette. Une page ½ in-4°. 25 juillet 1909.

Superbe lettre de St-Saëns, donnant avec fermeté, ironie et moquerie son sentiment sur la demande de Lafagette quant à la mise en musique de « La grande lorraine ».

« Cher Monsieur, Vous avez beaucoup de talent et vous faites de très beaux vers ; mais vous m’étonnez un peu avec votre innovation d’art intégral, je n’y vois pas autre chose que le drame avec musique, genre que l’on a beaucoup pratiqué (…) avec musique de Beethoven, Le songe d’une nuit d’été avec musique de Mendelssohn, et tout récemment La Foi de M. Brieux avec musique de votre serviteur ; on a fait plus « intégral » encore (…) avec Déjanire, Parysatis et Prométhée où tout est réuni, le chant et la danse.

Pour ce qui est de votre œuvre, vous demandez au musicien des efforts qui seraient au dessus de mes faibles moyens. Je ne me sentirais pas capable d’écrire un plain-chant surnaturel, un chœur dont on ne saurait noter (comment l’écrire alors ?) l’indistincte mélodie, une musique semblant « monter du sol et descendre du ciel pour flotter dans l’air », et il m’est impossible de comprendre ce que peut être « l’identité d’inspiration dans l’indépendance absolue des diversités techniques ». Les musiciens ne se nourrissent pas d’ambroisie, comme les poètes, ils mangent plus volontiers des pommes de terre frites et leur intelligence y contracte une certaine épaisseur, ce qu’il faut leur pardonner. Merci pourtant de m’avoir envoyé votre œuvre. Je me régalerai de vos vers qui sont fort savoureux et je gouterai ce plaisir égoïste en gourmet et en paresseux. » 

Nous joignons la réponse de Lafagette, tentant obséquieusement, de se justifier auprès de Camille St-Saëns. Trois pages in-8°. Août 1909.

« Très honoré Maître, La lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser m’a causé une grande joie, bientôt suivie d’un grand chagrin ! Ah ! quelle malheureuse idée fut la mienne d’écrire en tête de l’exemplaire qu’on vous a envoyé une page d’explications maladroites et superflues ! Vous avez vu les prétentions dogmatiques d’un pédant, là où il n’y avait que l’humble effort d’un profane s’évertuant à discourir sur une magie esthétique que sa passion adore, mais dont les arcanes échappent à son ignorance. Plus mal inspiré ai-je été encore en joignant au volume ma malencontreuse plaquette sur « Le théâtre intégral » ! Bref, vous voilà très fâché avec un très fervent admirateur de votre génie parce que sa littérature n’a pas su racheter par l’intensité de l’instinct l’initiation musicale qui lui fait défaut. Quand je parle de plain-chant surnaturel, un philosophe peut me faire observer qu’il n’est rien en dehors de la nature ; mais, en art, cette épithète n’a qu’une acception de haute sublimité. Aussi l’ai-je employée avec l’ardente conviction que vous vous étiez montré surnaturel dans vos grands chefs-d ‘œuvre. Tout Samson et Dalila (et particulièrement le deuxième acte) atteste un génie hors de pair, et nous arrache aux prosaïques ambiances pour nous ravir en pleine sublimité ! Voilà ce que j’ai voulu dire. Daignerez-vous oublier mes erreurs formelles et ma sottise apparente, pour juger l’âme intime et profonde, dans son enthousiasme et dans sa candeur ? »