Robert BRASILLACH – Manuscrit autographe signé sur L.F. CÉLINE

Robert BRASILLACH – Manuscrit autographe signé sur L.F. CÉLINE

Vendu

Manuscrit autographe signé – « Causerie littéraire »

Très beau manuscrit de Brasillach donnant son avis littéraire sur les ouvrages de Léon Daudet, Louis Guilloux et Isabelle Rivière. Par découlement, il évoque Alain Fournier, André Gide et encense le Voyage au bout de la nuit de L.F. Céline.

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Description

Robert BRASILLACH (1909.1945)

Manuscrit autographe signé – « Causerie littéraire »

Cinq pages in-folio. (1935)

« Il est un ouvrage auquel on ne peut pas ne pas penser devant le Sang Noir. C’est le Voyage au bout de la nuit. On peut dire tout ce que l’on voudra contre et pour M. Céline. Il y avait en tout cas dans son œuvre une vie que je ne retrouve jamais dans Le Sang Noir. »

Très beau manuscrit de Brasillach donnant son avis littéraire sur les ouvrages de Léon Daudet, Louis Guilloux et Isabelle Rivière. Par découlement, il évoque Alain Fournier, André Gide et encense le Voyage au bout de la nuit de L.F. Céline.

« La grippe m’a empêché, la semaine dernière, de parler des Universaux, comme je l’aurais voulu. Et je n’ai rien à ajouter à ce qu’en a écrit, et si excellemment, Pierre Chardon. Je voudrais pourtant dire pour mon compte que, parmi les nombreux livres de Léon Daudet, celui-ci est un de ceux qui semblent le mieux correspondre à son tempérament, et qui me séduisent le plus. Sous l’influence vraisemblable de l’Université, nous perdions un peu trop l’habitude d’un genre littéraire pourtant très français : le genre qu’on peut appeler des « essais », comme Montaigne, ou des « cahiers » comme Péguy. On ne s’est peut-être pas suffisamment aperçu qu’il s’agit de la même chose, c’est à dire de la libre expression d’un esprit et d’une sensibilité s’exprimant devant les mille problèmes qu’offre la vie ; Il arrive que de tels livres soient en désordre, mais je n’ai jamais eu pour l’ordre formel le respect qui semble nécessaire à nos sages. Je pense même que les plus grands livres de l’humanité sont toujours en désordre, mais ce désordre n’est qu’apparent. Ajoutons que les Universaux, rayonnant de bonne humeur, éclatant de verve et d’éclairs, sont peut-être l’ouvrage qui donnerait à Léon Daudet l’idée la plus complète. À travers les siècles, il cherche des ligues de feux, qui ne sont pas perceptibles à tous les yeux mortels (…) Si l’histoire est donc morte, Léon Daudet est le contraire d’un historien : car il vit notamment avec le passé, il nous en restitue la saveur comme s’il était du présent. A vrai dire de cet écrivain de, nature et de race, je crois bien qu’il faut dire qu’il est d’abord un poète.

Peut être les prix de décembre enfin décernés vont ils nous laisser le loisir de lire. Je suis un peu attristé à considérer les piles d’ouvrages qui s’entassent autour de moi, je ne veux pas renoncer à les lire, et le temps passe. Ceux même que j’ai déjà parcourus, comment avoir la place de les signaler ? (…) Mais comment ne pas se féliciter de la décision de l’Académie Goncourt de n’accepter désormais comme candidats que les auteurs parus avant le mois d’août ? Peut-être serai ce le seul moyen de mettre un frein à la fureur des flots.

Parmi les candidats de cette année, le mieux placé parut quelque temps M. Louis Guilloux, avec Le sang Noir. Aujourd’hui des placards de publicité nous avertissent en lettres énormes que M. Guilloux « n’a pas eu le prix Goncourt », on veut dire par là que son livre était beaucoup trop beau pour une récompense officielle. J’ai lu ce gros roman, et avec quelque peine. N’en déplaise à ses admirateurs, dont plusieurs sont des gens de gout et de bon conseil, il me semble voir là le type même du faux chef d’œuvre. Avec tous les caractères que peut revêtir cette production en 1935. De M. Guilloux, je connaissais déjà de très ennuyeux romans à la sauce populiste (…) Pour tout dire, Le Sang Noir me paraît le comble de l’insincérité littéraire. (…)

Il est un ouvrage auquel on ne peut pas ne pas penser devant le Sang Noir. C’est le Voyage au bout de la nuit. On peut dire tout ce que l’on voudra contre et pour M. Céline. Il y avait en tout cas dans son œuvre une vie que je ne retrouve jamais dans Le Sang Noir. (…) Les professeurs du Sang Noir prononcent de ridicules discours et gagnent des batailles au café du commerce à l’aide des allumettes et du pyrogène pendant que les soldats sont au front et se font casser la figure (en regrettant de ne pas leur casser par la même occasion). (…) J’ai toujours craint (…) chez M. Céline et chez Bardamu. Devant Le Sang Noir, je succombe. Je ne protesterai pas, je ne m’indignerai pas, je m’ennuie trop.

Si l’on a beaucoup parlé de M. Guilloux pour ce prix Goncourt, on a parlé de Mme Isabelle Rivière pour le prix Femina. J’ai lu Le bouquet de roses rouges avec un plaisir singulier. En un certain sens, je pourrai dire que presque tout me paraît blâmable dans ce livre : l’abus de la littérature d’édification, une certaine noblesse dans le style, parfois une trop grande joliesse, et surtout l’ensemble de ces bons sentiments qui, suivant la phrase célèbre de M. Gide, ne produisant jamais que la mauvaise littérature. Et cependant, à travers ce long livre fleuri et pur, le charme de ces bons sentiments agit peu à peu. Il me semble pas qu’on ait été beaucoup plus juste pour ce livre qu’on ne l’a pas été, il y a quelques mois, pour le roman posthume de Jacques Rivière, Florence. Il faut croire qu’il est de noms difficiles à porter. Cela n’empêche pas Florence d’être une œuvre assurément imparfaite, mais curieuse et attirante et Le Bouquet de roses rouges d’être parfois un beau livre, et toujours un livre plein de noblesse. L’histoire est simple : c’est celle d’un mariage entre deux jeunes gens, Michel et Agathe. En même temps qu’ils apprennent à s’aimer et à vivre, Dieu, peu à peu, leur apparaît. Un jour, ils ont un enfant. C’est tout, mais tu saurais imaginer quelle grâce mme Rivière, avec des moyens très simples, donne à certains instants : ainsi cette sorte d’allégorie du bonheur et de la jeunesse qui me semble infiniment touchante. Il ne faut pas douter que Le Bouquet de roses rouges était un roman anglais, on y louerait l’accumulation de petits faits, le respect de la vie intérieure, le gout naïf du bonheur, toute une chaleur intime. (…) Pour que cette œuvre ait l’air d’être proprement autobiographique, il est certain que bien des traits réels y sont mêlés. Si bien que nous finissons par voir Michel et Agathe sous l’aspect de Jacques et Isabelle Rivière. Et il est dit que le frère de la jeune femme, ce mystérieux et doux Sylvain n’est autre qu’Alain Fournier, je ne parle pas de la visite que font les jeunes gens à quelqu’un qui est évidemment M. Gide et de celle que leur fait quelqu’un qui est Claudel. Il paraît que ce mélange de vrai et faux a paru gênant à certains lecteurs. Pour moi, je n’y trouve qu’un surcroit d’intérêt. Car il me semble que les figures disparues qu’évoque Mme Rivière sont ressuscités avec une sympathie et un art émouvants. Je crois que c’est la première fois que je vois apparaître, fut ce sous un nom déguisé, l’auteur du Grand Meaulnes dans un livre. Est ce parce que j’ai su à peu près par cœur, il y a quelques années, la correspondance de Jacques Rivière et d’Alain Fournier ? (…) En terminant Le Bouquet de Rose Rouges, il me semble qu’il faut demander à Mme Rivière, sœur d’Alain Fournier et femme de Jacques Rivière, de nous parler un jour, le plus tôt possible, et sans déguisement, de ceux qu’elle a connus mieux que personne. Il n’est pas de livre que nous attendions avec plus d’impatience. Robert Brasillach. »

 

 

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