Rémy de GOURMONT – Manuscrit autographe sur Jean Moréas et la Poésie.

Rémy de GOURMONT – Manuscrit autographe sur Jean Moréas et la Poésie.

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Manuscrit autographe – Jean Moréas.

Belle étude de Gourmont sur l’œuvre de Jean Moréas, évoquant le symbolisme, la poésie française à travers les siècles de Baudelaire, Hugo, Verlaine, Ronsard, Dante,…

 » Tous les grands poètes furent de grands grammairiens, qu’ils se soient appelés Dante, Ronsard, Goethe ou Victor Hugo. »

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Description

Rémy de GOURMONT (1858.1915)

Manuscrit autographe – Jean Moréas.

Quatre pages in-12° slnd. Piqures.

Belle étude de Gourmont sur l’œuvre de Jean Moréas, évoquant le symbolisme, la poésie française à travers les siècles de Baudelaire, Hugo, Verlaine, Ronsard, Dante,…

  » Tous les grands poètes furent de grands grammairiens, qu’ils se soient appelés Dante, Ronsard, Goethe ou Victor Hugo. »

« Il y a quelques trente cinq ans, Jean Moréas s’en vint d’Athènes en France pour être poète français et, persévérant dans son dessin, il conquit en effet une belle place dans la patrie de Ronsard et Verlaine. Ses débuts coïncidèrent avec le mouvement symboliste dont il ne tarda pas à devenir un des guides. Il avait de grands espoirs ; ils se sont réalisés. Il disait volontiers, de sa voix très accentuée et un peu impertinente : Je suis un Baudelaire avec plus de couleur. Il n’a pas été un Baudelaire, il a été Jean Moréas. Sa popularité succéda au quartier Latin, à celle de Verlaine et comme lui, il s’entoura, à la terrasse des cafés, d’une cour de jeunes avides de sa parole et fiers de sa familiarité. Il aimait à juger les hommes et les œuvres et le faisait d’un ton un peu péremptoire, où, sans l’âpreté du verbe, il y avait de la bonhomie. Son égoïsme était naïf et illimité, mais il savait l’exercer de façon à ne pas désobliger ses amis qui furent toujours nombreux et fidèles. La situation d’un jeune homme qui veut devenir un écrivain français, malgré son origine étrangère, est assez délicate. La langue française s’apprend, comme toutes les langues, mais qui l’a apprise ne la sait jamais aussi bien que l’enfant qui a fait des pâtés de sable aux Tuileries, sous les gronderies et les caresses d’une mère française. Moréas sentit cela très vite et il résolut, en compensation de ce qu’il n’avait pu acquérir, de se donner une éducation linguistique telle qu’aucun enfant de France n’en a probablement jamais reçue. Il lut et étudia patiemment tous nos poètes et bonne partie de nos prosateurs depuis les origines jusqu’à la fin du dix-septième siècle, et il eut le bonheur de perfectionner son langage sans rien sacrifier de sa native originalité. L’érudition, en effet, n’est une charge que pour les sots ; les hommes d’esprit et de goût n’en sont nullement incommodés et y gagnent, s’ils parlent de ces matières, de savoir ce qu’ils disent, – ce qui est infiniment rare. D’ailleurs, qu’on le sache, tous les grands poètes furent de grands grammairiens, qu’ils se soient appelés Dante, Ronsard, Goethe ou Victor Hugo. Maintenant, je dois dire aussi que c’est de l’érudition de Moréas que sont nées quelques unes des extravagances du symbolisme, l’emploi de mots anciens ou rares où les bons critiques se cassaient la tête, les inversions singulières, les tournures de phrases à la mode au temps de Thibault de Champagne. Moréas s’amusait. Avec la complicité de M. Paul Adam, il rédigea un recueil de contes, le thé chez Miranda, tout fleuri de vocables qui ressemblent à des mots français comme les orchidées ressemblent à des roses. Beaucoup de gens jugent encore le symbolisme sur ces jeux énigmatiques. Moréas, comme Paul Adam, ne les prolongea que le temps de piquer la curiosité et soulever la colère de ceux qui prennent tout au sérieux, par défaut d’esprit. Bientôt le vrai poète se révéla par les Syrtes, les Cantilènes, le Pèlerin passionné. A ce dernier recueil on s’aperçut que Moréas commençait à délaisser le moyen âge et qu’il s’attachait à Ronsard, qui devait rester la grande admiration de sa vie et le hanter jusque sur son lit de mort. Ainsi peu à peu, sous le poète curieux commençait à percer le grand poète, celui des Stances et celui d’Iphigénie, que la Comédie Française monte en ce moment et qu’il n’aura pas eu le bonheur de voir à la scène. Moréas, dans les Stances, nous montra une poésie égale en pureté et en précision aux œuvres les plus achevées de la Renaissance. On retrouve là le ton des sonnets si parfaits de Ronsard et de du Bellay, sans qu’il y ait imitation, car la langue dont il se sert est bien la sienne, celle qui a forgée patiemment au feu de la forge classique avec un métal particulier, le métal Moréas. Elle est hardie, cette langue, neuve, exacte. L’art y corrige l’ingénuité, et l’originalité s’y soumet au joug du goût. Le Moréas des Stances peut être entièrement senti et compris par une jeune fille habituée aux romances et aux chansons ; il emmènera en elle des désirs, des amours, des regrets, des espoirs ; il mettra dans ses mains et approchera de son cœur de simples fleurs aux parfums pénétrants, aux couleurs un peu mélancoliques. Les Stances sont des poésies d’automne : Et le cœur plein d’amour, je prendrai dans mes mains, Au pied des peupliers les feuilles de l’automne. »

 

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