RACHILDE – Truculente lettre autographe à Ernest Lajeunesse. 1908.

RACHILDE – Truculente lettre autographe à Ernest Lajeunesse. 1908.

450€

Lettre autographe signée à l’écrivain Ernest Lajeunesse.

Truculente et cynique lettre de Rachilde.

  » Je n’ai pas besoin de vous pour un article à l’Académie parce que j’ai tout lieu de croire que je ne dois pas y entrer… »

Description

Marguerite Eymery, dite RACHILDE (1860-1953)

Lettre autographe signée à l’écrivain Ernest Lajeunesse.

Quatre pages in-8° sur papier à en-tête du Mercure de France.

Paris, le 13 novembre 1908. Enveloppe autographe.

Truculente et cynique lettre de Rachilde.

« Mais oui, Monsieur Lajeunesse, c’est bien à vous que j’écris cette longue lettre …. Et cela pour essayer de vous prouver que je ne vous ai pas trompé ! – (il est certain que si vous lisez tout haut cette phrase elle va produire un drôle d’effet, hein ?). Ecoutez moi et mettez un instant de côté votre insupportable rosserie : je n’ai pas besoin de vous pour un article à l’Académie parce que j’ai tout lieu de croire que je ne dois pas y entrer, je ne tiens pas du tout à votre voix littéraire pour le jour, peu prochain, où l’on me donnera la moitié d’un prix, et, de plus, ou, de moins, comme il vous plaira, je ne veux même pas de votre bonne camaraderie. Cependant, je ne peux pas me faire à cette idée de vous avoir, un seul instant, trompé ! C’est idiot mais c’est tenace comme le serait un remord, si j’étais coupable. Monsieur Lajeunesse, malgré votre rosserie, malgré votre langage brutal et vos mines essentiellement déplaisantes, vous possédez ou, mieux, vous êtes possédé par une merveilleuse sensibilité artistique et c’est cette merveilleuse sensibilité là que je ne veux pas avoir trahie. Pendant qu’on lisait la « Vivante » vous étiez sous le charme de cette œuvre, imparfaite peut être selon Mendès mais certainement vivante, vibrante de la seule vie possible en art, de la vie intérieure. Vous m’estimiez peut-être un peu de l’avoir comprise. Après vous m’avez méprisée, n’est ce pas, de ce que, comme les autres, j’avais aussi mon candidat ? Allez-y de bon cœur et avouez-le ? (…) Je pensais (comme M. Gregh) voter pour Jules Romain !!! Seulement, ce que je vous affirme là vous ne pouvez, vous ne devez même pas le croire…. Rien ne peut faire faire que vous puissiez le croire et vous êtes beaucoup qui ne pourraient le croire… – (… Ce qui m’indique, d’une façon très précise, qu’un Dreyfus pourrait bien, après tout, être innocent !) – Chose comique, je ne tiens pas à convaincre M. Mendès, pas plus que mes autres amis qui votèrent eux aussi en toute innocence de cause …. Ce qui me touche et me tourmente c’est que je garde l’apparence d’avoir volé une minute de votre confiance, d’avoir terni, une seconde, l’éclair d’ingénuité qui brillait en vous. Je me fiche de tout n’ayant besoin de rien … Et je ne peux pas me moquer de vous l’espace d’un scrupule de conscience, cela m’empêche de dormir, moi, qui un « peu popote », selon votre expression propre, dort si bien. J’ai vécu avec la « Vivante » pendant 15 jours et j’étais heureuse. Mon petit ménage artistique était bien tenu comme tout ! J’époussetais avec amour les mots et les syllabes que j’avais mis sur mon étagère … J’avais découvert le petit pot plein d’idéal et il bouillait, bouillait sur mon feu sans se répandre, sans l’éteindre, avec une bonne odeur d’au-delà … Et puis Gregh arrive (que je ne connaissais pas non plus autrement que de nom) et qui s’écrie : « c’est un chef -d’œuvre ! » ça m’a fait comme si on voulait manger ma soupe ! Il avait senti de son côté, sans calcul, sans entente préalable, la bonne odeur d’au-delà. Déjà, c’était l’enthousiasme débordant au dehors. Sale histoire ! Est-ce que vous saisissez ? Maintenant, je suis à plat. Ils sont 20 qui s’imaginent que l’on marchait avec un mot d’ordre … Il y a la phrase (fatale entre toutes) de la lettre de Payen, celle où je disais : «  M. Mendès saura bien de quoi il retourne ! » en effet je ne puis convaincre personne et je m’en f… parfaitement… Mais, il y a le Lajeunesse du coin qui dirait : c’est beau, en ronronnant comme un chat et l’autre Lajeunesse de l’autre coin qui dit : « c’est beau, oui, mais on m’a fait marcher dans la combinaison ! » Zut ! – et Zut ne rend pas toute ma pensée. Donc, Monsieur Lajeunesse, je ne voudrais pas, pour rien au monde, avoir trahi votre confiance. Je suis moi même effrayée de cette machinerie surnaturelle … surtout que je n’aime pas assez la mécanique pour lui permettre une allure surnaturelle, oh ! non ! (…) Vous allez chercher l’intérêt de ma lettre et vous ne tarderez pas à en découvrir un, très ridicule ou très effroyable, selon votre humeur. Vous aurez tort. – Et pourtant, Lajeunesse, le seul rachat de notre vie littéraire qui n’est pas « vivante » selon le vrai sens, le noble sens, ce serait d’avoir, bien humblement et bien bêtement, de tels petits remords …. Surtout quand nous sommes innocents. Au revoir, Monsieur, et mes excuses pour cette lettre inutile. Rachilde. »

 

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