LOUŸS Pierre – Sa vision du « Bateau Ivre » de Rimbaud.

LOUŸS Pierre – Sa vision du « Bateau Ivre » de Rimbaud.

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Lettre autographe signée à son ami Paul Valéry.

Exceptionnelle lettre de Louÿs conseillant Paul Valéry sur la rédaction de son ouvrage La Jeune Parque tout en lui détaillant de manière passionnée et admirative les vers du Bateau Ivre d’Arthur Rimbaud.

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Description

Pierre LOUYS (1870.1925).

Lettre autographe signée à son ami Paul Valéry.

Quatre pages in-8°. Slnd (1916). Correspondance Louÿs – Gide – Valéry. XXXV. P.1506.

Exceptionnelle lettre de Louÿs conseillant Paul Valéry sur la rédaction de son ouvrage La Jeune Parque tout en lui détaillant de manière passionnée et admirative les vers du Bateau Ivre d’Arthur Rimbaud.

Louÿs évoque également E. Poe, La Fontaine, S. Mallarmé, Desbordes-Valmore…

« Un potache de Charleville (de Charleville !) écrit à 17 ans (à 17 ans !) – rêvant aux nuits tropicales qu’il n’avait jamais vues, -ces deux vers :

Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t’exiles,

Million d’oiseaux d’or, ô future vigueur ?

Cela, mon vieux Paul, ce sont deux vers comme il n’y en pas beaucoup dans le second Isaïe, ni dans le second Faust, ni dans « le Satyre » ; et comme il n’y en a pas dans l’Apocalypse. Vraiment : relis. Connais-tu dans la Bible une prophétie plus puissante que cela ? Connais-tu autre part une phrase plus justement visionnaire. Et vois comme elle est faite. Elle commence par une hyperbole juste (million) mais déjà inimaginable ; et elle grandit, après un pareil mot ! Elle grandit si bien qu’elle en arrive à donner aux mots une force acquise bien plus qu’elle ne se sert de leur force innée. – En écrivant ceci, je me demande si ce n’est pas là tout l’art du style, fort au dessus du détail « ensorceler une loque ». – « Oiseaux » emplit non seulement la surface, mais la profondeur du ciel. – « D’or » … mais oui. « O » l’invocation. – « Future » transforme tout. – Enfin le mot « vigueur » prend ici une force, qu’il n’avait jamais eue en français. Ouvre Littré, tu verras.

Ces lignes sont d’abord pour te dire que la syllabe « d’or » ne peut pas soulever une objection de principe. – Si tu la vois bonne à l’endroit où tu l’as écrite, garde là. J’aimerais mieux :

                        Sous les espèces d’un ( ) sein reconnaissant

Même j’aimerais bien ce vers posé sur le 4e pied, et respirant des huit autres syllabes. Mais je me serais odieux à moi même si je te proposais des vétilles pareilles au milieu d’un poème que j’admire tout entier et autour duquel je bavarde.

Enfin, le vers de Rimbaud est ici posé pour « la vertu qu’il a d’égorger les faux » disent les poéticiens louÿsiaques. Je ne crois pas en Marceline ; ni en ses rivales. Autant j’aime le cœur et le corps des femmes, autant j’ai de peine à lire leurs vers. Mais… ce serait trop long à justifier.

Autre chose. Qu’est ce que c’est que ce M. Fontaine ou Lafontaine ou Defontaine qui aurait écrit une « Psyché » ? Je connais un Algérien, Lucius Appuleius (avec deux pp), né près de Constantine, élevé à Carthage, surélevé dans Athènes… Et aussi un castrothéodoricien, Jean de la Fontaine, qui a publié en 1669 : Les Amours de Psyché et de Cupidon. Et enfin, surtout (car le bouquin de 1669 ne vaut pas une heure de lecture) surtout quelques vers inouïs de Poe, qui par merveille, sont également beaux dans le français de Mallarmé.

Le titre du castrothéodoricien, c’est « Les amours de Psyché et de Cupidon ». – Le veux-tu ? J’aime mieux te reproposer « Psyché ». Et il y a un moyen bien simple de calmer tes scrupules. – Ajoute un mot, si tu le désires. – On a écrit Œdipe-Roi, Hippolyte couronné… Il y a même un livre de Schwob qui s’appelle, on ne sait trop pourquoi « La lampe de Psyché ». Fais ce que tu voudras de ce titre ; mais s’il te convient, si le mot « Psyché » t’apparaît en tête, prends-le, arrange-le, – en tout cas, n’y renonce pas. C’est entendu ? A toi de cœur. P.

Tout à fait d’accord avec toi sur mon nouveau début du VII. »

En mai 1916, Valéry annonce à Louÿs qu’il a « quelque 300 vers » à lui faire connaître. Ces 300 vers ne sont rien d’autre que l’ébauche de « La jeune Parque » que Louÿs qualifiera de chef d’œuvre de notre littérature.

Voici le vers définitif finalement publié dans « La jeune Parque » en 1917:

« Feu vers qui se soulève une vierge de sang / Sous les espèces d’or d’un sein reconnaissant! »