Paul VERLAINE – Magnifique et long poème autographe – Elégies III 

Paul VERLAINE – Magnifique et long poème autographe – Elégies III 

8 500€

Poème autographe – Elégies III 

Superbe et long poème en alexandrins issu de son recueil Elégies, empli de nombreuses corrections, biffures, ajouts, renvois, modifications du poète en pleine ferveur créative.

D’après ce que j’ai vu, d’après ce que je sais, / D’après ce que je crois, nuls n’ont plus de succès, / Ou n’en eurent, ou n’en auront, si c’est ma veine. / Auprès de toi, sinon ceux simples et sans gêne : / Tel un moi qui serait plus jeune, au moins de corps, …

Description

Paul VERLAINE (1844.1896)

Poème autographe – Elégies III 

Deux pages in-8° sur papier de l’Assistance publique. Slnd (Paris. 1892).

 

Superbe et long poème en alexandrins issu de son recueil Elégies, empli de nombreuses corrections, biffures, ajouts, renvois, modifications du poète en pleine ferveur créative.

 

Elégies III

D’après ce que j’ai vu, d’après ce que je sais,
D’après ce que je crois, nuls n’ont plus de succès,
Ou n’en eurent, ou n’en auront, si c’est ma veine.
Auprès de toi, sinon ceux simples et sans gêne :
Tel un moi qui serait plus jeune, au moins de corps,
Quoique je ne me mette pas au rang des morts
Encore ou bien déjà, n’en déplaise aux quarante
Et trop d’ans qui sont, las ! ma seule sûre rente…
Oui, j’ai cru remarquer, tu m’as insinué.
Je fus le témoin, mal, ô mal habitué,
Qu’en effet ton regard qui compte ce mérite
Entre tant, d’être franc au point que s’en irrite
L’espèce de jaloux que parfois je serais
Si je ne me faisais aveugle et sourd exprès,
Que ton regard, disais-je, allait de préférence
Aux hommes de carrée et de ronde apparence,
Plutôt qu’aux freluquets à l’air godiche ou sec,
N’ayant pour eux que gros cigares, chers, au bec,

Et qu’insipides fleurs, hors de prix, en façade
Au revers de leur bel habit terne et maussade ;
Gent laide et dont, si j’étais femme, l’aspect pur
Et simple dresserait entre elle et moi quel mur !
Ton choix s’ébat du moins s’ébattrait si toi libre,
S’ébat ou s’ébattrait, sans beaucoup d’équilibre,
Du soldat bon enfant au joyeux ouvrier,
Sinon, et comme au lieu de grives, sans trier,
On prend des merles, d’un poète bien candide,
Amusamment vêtu sans faux-col qui le bride,
Et rieur, à l’artiste ébouriffé qui va,
Baguenaudant gaîment sous l’azur qu’il creva.

Certes tu m’en fis part et je le croirais presque.
Dans ta prime jeunesse il t’eût semblé grotesque
De n’avoir pas d’amants très bien et tu les eus.
Ce qu’ils ont dû souffrir avec toi, doux Jésus !
Aussi ce n’était pas ta botte, ces fantoches,
Et d’abord, comme tu me le fais sans reproches,
À moi qui ne suis guère, après tout, qu’un pur gueux.
Tu trompais ces bons gentlemen à coups fougueux,
Faisant bien en ce cas, mais que non pas dans l’autre.
En ce pauvre petit ménage qu’est le nôtre !
Bref, pour y revenir, tes goûts sont pour le sain,
Fût-il mal habillé, pour l’homme au large sein
Où le cœur bat à l’aise, encore que sous la bure.

Eh bien ! j’ai tes dadas et croirais faire injure

À ton charme, si j’y rêvais des oripeaux ;
Tu sais d’ailleurs si j’aime à te voir des chapeaux,
Des robes, des « atours », comme à mes autres femmes
Dans le temps, parce que ça plaisait à ces dames
Et que cela te plaît, le nombre de chiffons.
Mais je t’aime bien mieux telle que nous savons,
Mes sens et moi, sans trop d’appât qui te déguise
Comme un Dieu disparait dans le trop d’une église,
En jupe en matinée, en peignoir prêts à choir,
À l’heure ralentie où s’achève le soir,
Forte et saine, parisienne et paysanne.
Plus encore paysanne et mieux ainsi, Suzanne
Quasiment à l’instant d’être dispose au bain.

La femme, et juste assez, c’est le vin et le pain.

En 1892, Verlaine s’attelle à un nouveau recueil, Elégies, composé d’une série de douze poèmes en alexandrins, contant ses amours épiques avec Philomène Boudin. L’ouvrage sera publié chez Léon Vanier en mai 1893.

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