Paul GAUGUIN – « J’ai envie de vaincre par le talent. »

Paul GAUGUIN – « J’ai envie de vaincre par le talent. »

25 000€

Lettre autographe signée à Camille Pissarro.

Importante lettre de Gauguin exprimant son désir de tout abandonner pour la peinture et ne cachant point son aversion quant aux œuvres de Auguste Renoir.

« C’est égal, cela m’a jeté de plus en plus dans la peinture mon seul but ; j’ai envie de vaincre par le talent. »

Description

Paul GAUGUIN (1848-1903)

Lettre autographe signée à Camille Pissarro.

Deux pages in-8°. Légères traces de pliures. (Juin 1882)

 

« C’est égal, cela m’a jeté de plus en plus dans la peinture mon seul but ; j’ai envie de vaincre par le talent. »

Importante lettre de Gauguin exprimant son désir de tout abandonner pour la peinture et ne cachant point son aversion quant aux œuvres de Auguste Renoir.

 

 « Mon cher Pissarro, Vous m’envoyez des traités non signés pour les renvoyer à M. [Henri] Rouart, je change leur destination en les renvoyant à Pontoise afin que vous remettiez votre signature sur l’acte le plus nécessaire celui qui n’est pas signé par Blache. Vous renverrez le tout à M. Rouart. Vous dites que vous n’êtes pas content en ce moment et qu’il est difficile de faire mieux. Je crois que c’est vous qui êtes difficile; au point où vous en êtes il est difficile de faire mieux surtout d’une année à une autre. Malgré cela je vous approuve de toujours chercher mais on ne passe pas d’une perfection à une autre sans avoir beaucoup cherché, en somme je ne suis pas inquiet pour vous.

Quant à moi il en est autrement je n’ai pas le temps voulu pour accomplir une œuvre suivie, cela me désole, mais enfin il faut bien que j’attende l’époque où je pourrais travailler d’une façon suivie. Je ne perds pas courage et j’espère que les longues réflexions, les observations casées petit à petit dans ma mémoire me permettront plus tard de rattraper le temps perduJ’avoue que depuis la dernière exposition je suis dégouté de tout, des hommes en particulier. Je sens de plus en plus combien notre époque est une époque féroce d’argent, de jalousies de toutes sortes. C’est égal cela m’a jeté de plus en plus dans la peinture mon seul but ; j’ai envie de vaincre par le talent malgré toutes les difficultés que n’ont pas ceux qui ont toute l’année pour étudier.

Depuis notre exposition je n’ai plus perdu une minute, malgré cela je n’ai rien que des choses en train. Je regrette que vous ne soyez pas venu il y a 15 jours, j’avais terminé quelque chose d’assez complet et dont [Armand] Guillaumin et moi nous étions absolument contents, malheureusement un Danois de nos amis digne négociant me l’a enlevé pour le mettre dans son salon au Danemark. Entre parenthèse l’étranger fait aujourd’hui beaucoup de concessions à notre peinture et ce Danois qui était tout à fait notre ennemi est parti enchanté de son tableau prêt à défendre les impressionnistes dans son pays

Je suis cette année tout à fait dans le pétrin au point de vue pécuniaire : les affaires étant tout à fait nulles je ne gagne rien et suis cependant obligé de dépenser. Mon dieu quand donc tous mes efforts aboutiront-il à me créer une vie indépendante. MM. Renoir et Cie ont fait du joli ouvrage en nous débinant chez Durand Ruel ! Vous me demandez ce que je pense des tableaux d’Italie de Renoir ; vous savez que je ne juge jamais les tableaux que d’après ma conscience sans jamais tenir compte de l’homme. Je trouve que c’est au-dessous de toutDans quelques-uns il n’y a plus que l’enseigne du marchand de tableaux. Si c’est cela que je dois faire pour charmer j’aime autant ne plus jamais faire voir ma peinture. Du reste nous en causerons plus longuement. Quand reviendrez-vous à Paris tâchez donc de m’apporter le panneau de salle à manger si toutefois vous avez toujours l’intention de le mettre chez moi. Bien des choses à madame Pissarro. Tout à vous. P. Gauguin. »

 

L’année 1882 marque une période charnière pour Paul Gauguin, qui décide, comme en témoigne cette lettre, de se consacrer pleinement à la peinture, son « seul but ».

Le 25 janvier 1882, suite au krach de l’Union Générale et la crise en Bourse, Gauguin, alors en poste chez un agent de change, subit une sévère déconvenue financière. C’est dans ce contexte qu’il décide de se consacrer pleinement à son art. Ainsi, parallèlement à son activité boursière, il se lie avec Camille Pissarro, dont il collectionne les toiles et avec qui il va peindre durant les vacances, à Pontoise.

Il adjure alors Pissarro de le faire participer à la 7ème exposition des impressionnistes qui doit se tenir le 1er mars 1882 au 251 rue Saint-Honoré dans les salons du Panorama de Reichshoffen, loués par Durand-Ruel sous le nom de Portier, avec la participation financière des peintres. Gauguin y exposera douze œuvres parmi lesquelles La Petite rêve qui annonce  l’immense artiste qu’il deviendra en dépit des critiques – pour certaines assassines.

L’entrée de Gauguin dans le groupe impressionniste sera néanmoins fracassante.  Par son tempérament orageux, il s’aliènera durablement Monet, Renoir (pour le travail duquel il ne dissimule pas ici son aversion) et Sisley, en raison de sa participation active à l’éviction de Degas.

Note: Correspondance de Paul Gauguin, 1873-1888, éd. V. Merlhès, Fondation Singer-Polignac, 1984, n° 24, p. 30-31.

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