Paul FORT – Lettre autographe signée au poète Armand Godoy.

Paul FORT – Lettre autographe signée au poète Armand Godoy.

Vendu

Lettre autographe signée au poète Armand Godoy.

Longue (vingt pages) et plaintive lettre du Prince des poètes se lamentant de tous ses malheurs.

Je ne puis donc me défendre, en ma chienne de vie, avec ma chère, mais trop grande petite famille qu’avec la littérature….

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Description

Paul FORT (1872.1960)

Lettre autographe signée au poète Armand Godoy.

Vingt pages (!!!) in-8°. Monthéry. (Villa Argeulieu). Sans date.

« Je ne puis donc me défendre, en ma chienne de vie, avec ma chère, mais trop grande petite famille qu’avec la littérature. »

Longue et plaintive lettre du Prince des poètes se lamentant de tous ses malheurs.

Mon fraternel ami, Voici les « vacances » qui bientôt vont se terminer – j’entends vacances pour nos chers petits, car Germaine n’a pas cessé de travailler et moi …. d’être malade, presque toujours étendu, je vous en ai touché un mot, quand il me fut impossible, l’autre jour, de vous écrire plus longuement et de vous remercier encore une fois et pour cause de votre exquise bonté. Mon grand et cher Armand Godoy, pardonnez-moi si je vous demande de vous armer de patience, car à vous je peux tout dire et puisque nous sommes ici grâce à vous pour une large part, il sied du moins que vous connaissiez vos bienfaits (ce sera peut-être long mais à qui me confier sinon à mon frère d’esprit et de cœur) et je vous donnerai d’abord le bulletin de santé des enfants. Notre Laure, notre grande Loriot, principale aide de ma courageuse Germaine, avait depuis longtemps ce que l’on nomme les plus pâles couleurs et un rhume des foins incoercible (cela tous les étés) : elle a regagné de franches couleurs roses, ce qui lui va très bien, et a vaincu son damné rhume. Chose curieuse ! C’est justement à l’époque où se « faisaient » les foins dans la campagne qu’elle a commencé à se trouver mieux. Les autres années, à cette époque, elle souffrait horriblement. La nature a de ces mystères (…)Mais il est vrai qu’il y a beau temps que vous n’avez regardé ce petit objet-là. Bouboume est une bonne grosse fille aux joues couleur d’api, et toujours de rigolote humeur. Elle commence à aider aussi, et beaucoup sa petite maman : couture, épluchage des légumes, ménage et même cuisine. Mais c’est surtout une vraie perle pour l’épluchage des légumes. Elle accomplit ce devoir austère avec un bon rire frais qui fuse en grelots (car elle pense toujours à quelque chose de gai) et, ma foi, cela fait du bien dans les oreilles. C’est le trublion du foyer, la gaité de la maison. Qu’il y a loin de cette grosse et alerte personne à la fillette chétive d’autrefois, d’il y a seulement deux ans. Que d’inquiétudes a pu nous donner cette enfant ! A la vérité, elle ne s’était jamais remise de la faiblesse de ses premiers ans : elle dut être élevée au lait artificiel, Germaine n’ayant pu la nourrir car la petite maman avait failli mourir de ses couches. Les vacances ont tellement profité à Bouboume que vous seriez heureux rien que de la regarder. Et voici donc votre seconde victoire. François (dit Bébé dans la famille, malgré ses dix ans bien sonnés, dit aussi François Ier, ce dont il n’est pas peu fier bien que ce roi ne fut pas la crème de la vertu) notre petit gars François s’est porté à merveille tout le long de ces deux mois et demi : c’est déjà un bon cueilleur de fruits (mais, hélas ! Cette année où sont les fruits ? ….) et un grimpeur aux arbres digne de louanges. Il est bien campé, assez fin. Il a conscience qu’il est le mâle et portera plus tard un nom que vous aimez. Pourtant il reste tout maigriot et sa santé est toujours à surveiller de de très près. Nous faisons la plus extrême attention à ce qu’il ne prenne jamais froid. Aussi est-il vêtu en conséquence lorsque le temps est vilain. Malgré cela, ses muscles ont renforci et, pour la première fois depuis sa naissance, on a vu des couleurs à ses joues. Lorsqu’il fait beau, il adore jouer au cerf-volant, ce qui marque une tendance vers les choses élevées : c’est une vraie passion, ce qui ne l’empêche pas de se mettre avec une certaine sagesse, en même temps que sa sœur Bouboume, à ses devoirs de vacances. Toutefois, je dois dire, il les interrompt pour dessiner (horreur !) des caricatures représentant les paysans qu’il a pu apercevoir dans la journée.

Caricatures fort réussies. Il y a là peut-être un futur Vinci… Mais n’y songeons pas trop. Bref il se porte bien. C’est notre troisième victoire. Arrivons à noté menue poupée Claire (dite Clairette, dite Caillette, dite l’Alouette en famille) : elle aussi, quoique toute frêle, s’est trouvée très bien en vacances, vraiment elle ne nous a jamais tellement contenté sous ce rapport depuis qu’elle existe. Mais un médecin de mes amis, qui est encore un appréciable écrivain, Matéi-Roussou, passant par Argeulieu l’autre jour et remarquant les yeux cernés d’une auréole bleue de cette petite, m’a dit ce que d’autres médecins m’avaient dit auparavant : qu’il faudrait pour la revigorer, la traiter pendant un certain temps aux rayons ultra-violets. Non seulement elle, mais aussi son frère François. Il paraît que ce traitement, que cette cure de rayons (qui font plus intensément le jeu du soleil) sont souverains pour redresser et enfoncer les enfants débiles. En ce moment je n’y dois pas penser, ce sera chose à examiner sérieusement, ou plutôt chose à exécuter un peu plus tard…. Nous sommes déjà très heureux de voir cette Caillette se démener comme un petit diable, elle toute lymphatique avant les vacances. Elle est pleine de tendresse pour sa mère et d’attentions gentilles pour son papa. Cela pourtant n’a que sept ans – sept ans et quelques mois. Au milieu du gazon, assise gravement parmi les fleurettes et les graminées, elle est comme une petite reine d’Anderson cueillant et assemblant des bouquets. L’autre soir elle voulait cueillir des étoiles. Elle représente note quatrième victoire. Excusez-moi, mon cher grand ami, de vous dire toutes ces choses. Cela fait du bien de bavarder avec vous – et n’est ce pas grandement à vous que sont dues toutes ces santés renaissantes ? Pour ma Germaine, je ne suis pas aussi content de sa santé. Elle s’est beaucoup fatiguée depuis six mois à travailler, travailler…. Des maux de tête violents souvent la terrassent. Mais vous la connaissez assez pour deviner qu’elle ne se plaint jamais. Elle est toujours égale dans son humeur, qu’elle soit à ses travaux d’écriture ou occupée à la direction de la maison, faisant le ménage ou la cuisine ou allant au marché. En outre il faut bien le dire, sa patience affectueuse à me soigner est inaltérable. Et comme elle sait partager mes soucis, me disant qu’ils sont les siens, et comme d’un seul mot, souvent, elle sait me redonner la confiance et l’espoir. En tout elle est admirable. Mais je ne vous apprends rien. Je suis sûr que vous l’aimez beaucoup aussi, mon bon ami, et je suis fier que vous l’ayez depuis longtemps en vous-même, si bien comprise.

Vais-je vous parler de votre « poète » à présent, de votre ami ? Le petit mot de l’autre jour à dû – déjà – tout révéler à votre cœur. J’ai passé la plus grande partie de ces vacances étendu, sans pouvoir entreprendre un labeur convenable, souffrant atrocement de mes jambes et mécontent de ces coups du sort qui m’empêchent de faire tout ce qui est nécessaire – et ce tout est beaucoup. Je vous ai si souvent parlé de mon mal, de cette phlébite aiguë, opiniâtre, qu’il me fut impossible de soigner sérieusement, lorsque, au lieu de rester immobile comme il l’eût fallu, je courais France et Europe pour faire des conférences qui permissent de vivre aux miens et à moi-même. Cette phlébite, alors malheureusement dédaignée, exagère maintenant, comme je vous le disais, ses méfaits, et il me faudrait, pour la maîtriser, ou l’immobilité complète pendant bien des jours ou la cure, que l’on dit miraculeuse pour ces sortes de maux, à Bagnols de l’Orme. – comment me résoudre à l’immobilité complète quand l’existence des miens est en jeu ? …. Pour Bagnols de l’Orme, je n’ai pas de quoi y songer. Heureusement, il y a une huitaine de jours – je dis heureusement malgré les évènements – un mieux s’est fait sentir (…..) et j’ai pu me dresser pour aller à Paris disputer de mes droits devant « l’Administration » de la Comédie Française, droits réels, absolus, dont je vous ai amplement parlé. Ce fut une belle querelle, je vous assure. Ah que de mauvaise foi dans ce monde des théâtres, quel manque outrageant de parole ! Toujours le mensonge embusqué derrière les termes les plus amicaux. Je me suis défendu autant que j’ai pu, avec une sorte de frénésie, et tout cela m’a fait bien du mal. Encore une fois – oui encore une fois ! – la Comédie Française, impitoyable, malgré la réussite des Compères du Roi Louis et après cependant des promesses formelles où je mettais tout mon espoir de redressement moral et financier, donc vital, la Comédie Française recule à six mois la reprise de mon œuvre qui, pourtant, est au répertoire et qu’on devrait avoir rejouée depuis trois ans. Le prétexte de cet atermoiement, j’allais dire de ce recul éternel, est que les congés donnés aux artistes empêchent de réunir assez de monde pour reprendre avec honneur cette « importante machine » qui comporte une grande quantité de comédiens et aussi de figurants. Cela, je le sais, par dieu ! Mais enfin c’est aussi une importante Maison – la grande Maison, comme ils disent – et qui, déjà, avec mon œuvre, et auparavant, avec des drames de Shakespeare et de Musset, a fait ses preuves de « miracle » – puisqu’il lui paraît miraculeux de jouer un poète. Et, mon cher ami, après tout, n’est ce pas son devoir pur, n’est-ce pas à sa gloire de jouer des œuvres rappelant les fastes historiques de notre Nation ? D’autant mieux qu’elle ne risque rien (elle, la grande Maison), ma pièce étant suivie, approuvée, aimée par le public. Cet acharnement à désespérer des volontés comme la mienne est inconcevable. Et c’est votre avis : voyou, n’est ce pas un peu criminel ? Ai-je assez travaillé en outre – en pure perte- pour cette Comédie Française ! Que de gros drames d’histoire français, allégés de lyrisme, et de psychologie très fouillée, je lui aurai proposés, qu’elle m’a refusés sous prétexte que les frais en seraient très importants (malgré, je le répète, la grande réussite des Compères, qui couvrirent tous les frais et même laissèrent de forts bénéfices). En ai-je assez écrit pour elle, sinon pour…. la gloire … de ces œuvres pendant les derniers six ans de ma vie ! Que de temps passé à mes documentations, à mon travail acharné de poète créateur (ces deux mots ne leur disent rien). Vous citerai-je le Camp du Drap d’Or, Guillaume le Bâtard ou la Conquête de l’Angleterre, Ruggieri, Un Lys dans les Ténèbres, Fanny Alssler, Chronique du Romantisme au théâtre, et une nouvelle version d’Ysabeau. Six ans de perdus ! Et que d’autres Chroniques historiques ébauchées travaillées plus ou moins dans l’espoir revenu grâce à Germaine, grâce à vous, – puis abandonnées dans un vrai désespoir d’arriver à quoi que ce soit. Il n’y a de place que pour les auteurs mondains. Or l’Administration et les Membres du Comité, qui se disent mes amis, savaient pourtant que j’avais besoin de réconfort moral, et savaient surtout que mes quatre enfants, tous chétifs, avaient eux, un impérieux besoin de grand air pendant les vacances que je n’ai pu leur donner enfin que grâce à vous, mon cher ami. Avec de la bonne volonté, il leur eût été facile de m’aider. Ils ne l’ont pas fait et ils me repoussent encore ! Elle savait aussi, la Comédie Française, que je suis atteint d’un mal qui de plus en plus m’immobilise, ou me fait quitter ma table de travail et tue en moi trop souvent le ressort vital et, surtout, rend impossible, annihile le peu de confort matériel qu’apporte un travail soutenu, que je suis présentement en grande force de soutenir. Un réconfort de la part du Théâtre Français m’eût été un tel bien !

Sans parler, hélas du pauvre budget de la famille sans cesse à redresser, de ma très chérie, mais pas trop, trop nombreuse famille. Tenez, il y a des jours où je songerais presque à vendre nos chers lopins d’Argeulieu. Mais après moi que laisserais-je à ma Germaine et à mes enfants ? Et vous-même me condamneriez. Et voilà, voilà, voilà, … Un méchant proverbe dit qu’un malheur ne va pas sans être suivi d’un autre. Par nécessité, nous avons coutume, pendant les vacances, et surtout à la fin de celles-ci, de cueillir et de vendre aux Halles, grâce à l’entremise d’un commissionnaire demeurant à Montlhéry, les fruits de nos nombreux arbres, pommiers et poiriers. Or, par un mauvais coup du sort, cette année fut si pluvieuse que les vers se sont mis dans tous les fruits de nos pommiers. Pas de pommes qui ne furent véreuses, et si véreuses qu’elles furent invendables, c’est la première année qu’un tel cataclysme s’abat sur cette récolte. Ajoutez à cela qu’une grande partie était tombée sous les coups de vent et ne formait plus à terre que marmelade et pourriture. Restaient les poires, parmi lesquelles de très beaux fruits, tels que duchesses, comices, Williams, qui sont d’un bon rapport (me voici parlant comme un mercanti ! …) – mais par deux fois la grêle – et la seconde fois, en Septembre, une grêle à gros grêlons, touffue, serrée comme un mur et telle qu’on n’en avait guère vu dans le pays (elle dura près d’une demi-heure) – a complètement haché ces beaux fruits ou les a troués comme avec des lancettes. Nos poires furent donc presque totalement détruites et, par conséquent, invendables aussi. A peine en pûmes-nous faire dix médiocres cagettes (c’est le terme consacré) au lieu d’une centaine et plus, comme les autres années. Une véritable débâcle, quoi, sur le tout ! Vous le voyez, le ciel ne nous a pas été clément en 1930. Comme la plupart des paysans de Montlhéry, nous fûmes ses victimes désignées. Ces fruits, poires et pommes, qui eussent dû nous rapporter (Godoy pardonnez moi ce mot …) comme les autres années de 3.000 à 3.500 francs ne nous ont pas donné 300 francs. Cette somme – la première – fermement escomptée et jusqu’à présent fidèle, nous servait autrefois à payer les dernières notes des fournisseurs de Montlhéry, à revêtir les enfants pour l’hiver, à nous réinstaller à Paris et à subvenir aux frais de notre vie pendant les premiers mois du retour – du moins en partie. Tout cela s’est évanoui cette année sous les colères célestes. Et c’est un prisonnier qui vous écrit. Car me voici maintenant, avec toute la famille entouré de mes créanciers de Montlhéry qui nous réclament à beaux cris le montant de leurs dernières notes, boulanger, boucher, cordonnier, charbonnier, et l’épicier dévorateur ! – que je n’ai pu payer que jusqu’au 10 septembre avec le secours de qui vous savez … Et je ne sais comment quitter le pays sans les payer. Or avant de venir à Montlhéry, il nous avait fallu «renipper » tout notre petit monde et nous-mêmes – je n’oublie pas que Madame Armand Godoy et vous, avec votre infinie délicatesse, nous y avez aidé – mais enfin il fallait des vêtements, chemises, tabliers, chaussures, ah ! Les chaussures ! Oui, multipliez tout cela par le nombre que nous sommes …. Le fond de ma bourse est complètement assassiné par le ciel. Par le ciel et par la Comédie Française. Et cette Comédie qui ne veut pas marcher avant six mois ! Et tiendra-t-elle sa jésuitique parole ! Il le faudra bien, car je ferais un éclat public. Et mon prochain livre Rois de France qui ne paraîtra, que je ne puis faire paraître avant le mois de Février, lorsque, patiemment et avec un travail opiniâtre pour quêter des souscriptions, je me serai un peu redressé. Au moins si j’étais tout à fait valide. Mais je vous l’ai dit, il s’en faut de beaucoup. Le courage ne manque pas, non plus l’espérance que me redonne Germaine, que songeant à vous, à votre estime, à votre affection vous me redonnez de loin, l’espérance en des temps un peu plus justes. Mon Dieu ! Si l’on m’avait « accordé » la conservation du Palais de Fontainebleau, comme le voulaient et l’avaient demandé pour moi Poincaré, Clémentel, Paul Doumer, Berthelot et certains de nos confrères, nous serions sauvés mais vous connaissez l’histoire : je n’ai jamais été fonctionnaire. Et l’on nomme, hélas ! maintenant à ces postes, des fonctionnaires et rien qu’eux exclusivement. Ces messieurs se sont formés en syndicat et exigent des pouvoirs publics que musée, bibliothèques, châteaux, domaines nationaux soient donnés à eux seuls et non plus à des écrivains ni à des hommes d’art ou de science. Ils en usent comme d’un fief personnel. Tout pour eux. C’est une mesure, suivie d’un décret, qui date d’il y a quatre ans environ. Absolument et désastreusement authentique ! – je ne puis donc me défendre, en ma chienne de vie, avec ma chère, mais trop grande petite famille qu’avec la littérature …. aux gains si aléatoires lorsqu’on n’est qu’un poète, avec aussi de la bonne santé qui, reconquise, me permettrait à nouveau les tournées de conférences, et surtout qu’en reconstituant plus sérieusement, plus fortement, avec vous-même en tête, avec votre appui, le « Groupe des Amis de P.F » C’est – hors vous qui ne faites pas que d’y songer – à quoi songent quelques bonnes gens, qui ne vont peut-être pas assez vite, mais je ne puis les pousser avec une épée de flamme dans les reins. Cependant il faudrait qu’en janvier prochain le « Groupe » disséminé soit tout à fait rétabli et renforcé – ou alors je ne saurais plus quoi faire. Vous me conseillerez, j’en suis sûr, de tout votre énergie vous m’aiderez. Je ne puis pourtant pas écrire de la littérature mondaine ou cochonne, raccrocheuse de sales passions : ça j’aimerais mieux mourir. Et d’ailleurs, soyons modeste, je ne saurais pas. Je chante mon pays, ses charmes, ses paysages et ses gloires et je chante de mon mieux et de tout mon cœur, avec un peu de talent. Si l’on ne veut plus de moi …. Non j’allais dire une bêtise. Mais enfin, enfin (j’ai autrefois bien aidé les autres) ce n’est pas juste tout de même. Ah ! Mon cher ami ! Sera-t-il toujours dit que je ne viendrai vers vous qu’en trop indiscret et suppliant poète et n’allez –vous point, malgré notre affection, penser que n’abuse de votre sollicitude fraternelle et de votre amitié. Vous avez été si souvent notre sauveur, vous n’avez pas cessé de l’être depuis que, Germaine et moi, nous vous connaissons. Pouvons-nous une fois encore vous demander un secours pour combler notre « déficit » des fruits que le ciel nous a emportés (aussi pour combler un peu l’abîme que la Comédie Française a ouvert devant nous) et nous permettre de nous libérer, de finir mes payements ici, enfin de retourner dans quelques jours à Paris, et d’y vivre pendant les premiers mois où nous revêtirons d’abord nos enfants, je ne dis même pas pour me soigner sérieusement, car, cela, je dois le remettre à plus tard. Il me faut être debout et présent pour travailler et lancer mes damnées souscriptions. Vous avez tout fait pour nous, ces vacances régénératrices vous sont dues dans une telle large mesure, la santé est revenue aux enfants, ils vous la doivent, nous ne devrions plus nous tourner vers vous que pour vous exprimer notre reconnaissance la plus profonde et la plus émue. Je vous conjure, nous vous conjurons, s’il vous est possible, malgré tous vos soucis matériels et que vous m’avez fait connaître, de nous avancer encore trois mille francs, que vous rendra la reprise inévitable des Compères à la Comédie, et qui nous sauveraient jusqu’à ce que, debout, je puisse reprendre le travail des souscriptions et, plus tard, bientôt, aussitôt qu’il se pourra, avec votre magnanime appui, mener à bonnes fins le nouveau « groupe des amis de P.F » Aussi, et pour la même raison, je vous demande d’agir de tout votre pouvoir sur le bon ami Royère qui connaît bien mes difficultés de vie, mes charges immenses, mes soucis, et sur Blaizot éditeur du « Manuscrit Autographe » en vue d’une avance – s’il le peut. Je vous embrasse de tout, de tout mon cœur. Votre vieil ami prisonnier, votre Paul Fort. »

 

Nous joignons une photographie représentant Pau Fort entouré des siens.

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