Moïse KISLING, juif, quitte la France devant la montée du Nazisme.

Moïse KISLING, juif, quitte la France devant la montée du Nazisme.

2 500€

Lettre autographe signée à son épouse Renée Kisling.

Six pages in-4° sur papier à en-tête de l’Hôpital S. Luiz de Lisbonne. Lisbonne. 19 septembre 1940.

Superbe lettre de Kisling tout juste exilé au Portugal informe son épouse de sa maladie et de son désespoir d’avoir quitté la France.

« C’est un pays qui me répond picturalement mais chaque fois que je regarde un coin de ciel d’ici ça me rappelle le ciel de France et ça fait mal. »

Description

Moïse KISLING (1891.1953)

Lettre autographe signée à son épouse Renée Kisling.

Six pages in-4° sur papier à en-tête de l’Hôpital S. Luiz de Lisbonne.

Lisbonne. 19 septembre 1940.

« C’est un pays qui me répond picturalement mais chaque fois que je regarde un coin de ciel d’ici ça me rappelle le ciel de France et ça fait mal. »

Superbe lettre de Kisling tout juste exilé au Portugal informe son épouse de sa maladie et de son désespoir d’avoir quitté la France.

« Ma petite Renée, J’ai hésité d’employer ce papier et même de te faire savoir que je suis malade pour ne pas te faire du chagrin, mais en réfléchissant bien je me dis que ce n’est pas chic de ma part et puis tu n’es pas faite pour ne pas supporter le fait même d’ailleurs et ce n’est pas pour te tranquilliser que je commence à te dire tout de suite que ce n’est pas grave, que j’en ai passé par là déjà plusieurs fois et une fois de plus n’est pas un grand malheur. Je suis là dans une bonne chambre, bien soigné par un ami de Sousa (…) Sousa vient me voir tous les jours. C’est un ange et sa femme aussi. Il est très bien tombé ce pauvre Sousa et il a l’air de revivre. C’est une femme pas toute jeune déjà (35 ans) mais très gentille, douce et même jolie. Je lui ai démoli avec mon arrivée tous ces projets, chose grave son travail. Il devait être en ce moment à la campagne pour son travail qui presse et il reste à Lisbonne à cause de moi. Pour revenir à moi, tu sais que ces derniers temps, avec tous ces évènements, au point de vue nerveux et physique, j’étais à bout, mais j’ai tenu le coup quand même. Le voyage Marseille Lisbonne était terriblement pénible et en arrivant ici c’était forcé que ça éclate ! Mais ça a éclaté de telle manière qu’ils ont été obligés de m’emmener à l’hôpital comme tu vois. Je suis ici depuis 9 jours et ça va mieux. C’est plutôt du côté du foie que de l’estomac. Je ne veux pas sortir d’ici sans être bien nettoyé de tout point de vue. Je ne veux pas m’embarquer sans être sûr que je suis tout à fait bien. Je viens de finir la première étape qui était dure et je ne veux pas commencer la 2e étape qui est très dure dans les mêmes conditions de santé – ça veut dire à bout ! – Je ne sais pas combien de temps je resterai ici ; si tout va bien, quelques jours et j’irai après dans une campagne pour me bien retaper. Enfin, ne t’inquiète pas et c’est tout – laisse moi faire. Etant ici je ne pense à rien. Evidemment ça aurait été mieux que j’emploie ce temps que je passe à l’hôpital à faire des belles petites gueules portugaises qu’on rencontre à chaque coin de rue. Le paysage est beau aussi et il y a beaucoup à faire. C’est un pays qui me répond picturalement mais chaque fois que je regarde un coin de ciel d’ici ça me rappelle le ciel de France et ça fait mal. Mais que faire ? Il faut toujours suivre sa destinée. Et toi ma petite Renée, comment organises tu ta vie – la Baie – depuis que tu as tout le poids de la responsabilité ? Comment vont les gosses ? Sens tu une différence chez eux depuis mon départ ? Je voudrais tellement que les efforts que je suis en train de fournir ne tombe pas bêtement en un rien, aussi bien pour eux que pour moi. Evidemment qu’eux ils ont toute une vie devant eux. Mais moi ? Ce serait dommage de perdre bêtement mes dernières années pour rien. Il faudrait que tu contribues à cet effort et tu peux aider beaucoup par une certaine clairvoyance et surtout par esprit de décision et beaucoup d’énergie, chose qui t’a manqué jusqu’à présent. Tu dois écarter pour le moment ton hypersensibilité de mère qui t’a joué jusqu’à maintenant de bien mauvais tours. Enfin, j’ai confiance en mes gars et j’espère que mon effort sera récompensé. Es-tu en rapport avec mon ami Fliegelman qui devait te verser 32 mille francs ? Et as-tu fixé déjà comment tu vas toucher le reste ? Peut-être je saurai ça avant que tu m’écrives parce que je l’attends ici dans quelques jours. En tout cas, écris moi et dis moi en détail tout l’arrangement, que je sois certain que tout est en ordre. Dis moi aussi si toutes les dépenses sont en ordre comme j’avais prévu. Il me tarde d’avoir de vos nouvelles. La correspondance entre la France et ici est si incertaine. La lettre que j’ai écrite à Sousa de Marseille a mis 23 jours et il y a des lettres qui mettent 4-5 jours seulement. J’espère que celle la arrivera vite. En passant à la douane de Cerbère, j’ai mal calculé la somme qu’on peut sortir ; il me reste donc au plus 550 francs que la douane de Cerbère a consignée. Je t’envoie donc un récépissé que tu feras parvenir à la Direction de la douane de Perpignan Bureau Cerbère. On m’a dit là bas de signer au dos et qu’on t’en renverra l’argent. J’ai peur que le douane envoie cet argent au nom de Monsieur Kisling, et que la poste te fasse des difficultés. Si oui, tu me diras ce qu’il faut faire ou s’il faut écrire d’ici à la poste pour te donner la possibilité de toucher. N’écris pas ici parce que je ne sais pas combien de temps je resterai. Ecris chez Sousa, c’est tout comme. Je te quitte ma petite Renée. Ne t’en fais pas, tout ira bien. Embrasse bien mes deux gars et dis leur qu’ils m’écrivent. Je t’embrasse fort. Kiki. »

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