Meret OPPENHEIM confie ses oeuvres à André Breton pour l’exposition surréaliste EROS

Meret OPPENHEIM confie ses oeuvres à André Breton pour l’exposition surréaliste EROS

4 500€

Lettre autographe signée à André Breton

Belle et longue lettre de l’artiste suisse à André Breton, préparant l’exposition surréaliste EROS devant se tenir à la Galerie Daniel Cordier fin 1959.

« J’ai fait une autre sculpture, une sorte de tête sur une longue tige, dans laquelle tout le monde voit naturellement un sexe. »

Description

Meret OPPENHEIM (1913.1985)

Lettre autographe signée à André Breton

5 pages in-4°. Enveloppe autographe timbrée et oblitérée.

Langenthal. 19 août 1959.

« J’ai fait une autre sculpture, une sorte de tête sur une longue tige, dans laquelle tout le monde voit naturellement un sexe. »

Belle et longue lettre de l’artiste suisse à André Breton, préparant l’exposition surréaliste EROS devant se tenir à la Galerie Daniel Cordier fin 1959.

« Cher Breton, Je vous remercie beaucoup de votre lettre. Nous nous sommes fort bien plu à Port-Louis, nous y sommes restés quatre jours dans un hôtel donnant directement sur la mer, direction Lorient. Nous n’avions que dix jours de vacances. En venant par Alençon nous sommes restés deux jours à Saint-Pol de Léon. Il faisait beau, mais un vent glacial. Après en passant par Brest, nous sommes arrivés à Port-Louis où nous décidions de rester. De là nous avons fait quelques excursions, voir les menhirs, etc. Je suis contente d‘avoir vu l’endroit où vous étiez souvent étant enfant et que vous aimiez.  

Je vous remercie de l’envoi des feuilles concernant l’exposition. Je les avais reçues de Paris quelques jours avant. Quant à l’objet « ma gouvernante » il n’existe plus ! Il avait été exposé à une exposition surréaliste (chez Ratton ?) et après il avait été envoyé avec les choses de Max Ernst dans sa maison rue des plantes, puisque  j’habitais le même quartier. Quand je demandais à Marie-Berthe : où est mon objet ? Elle disait : Je l’ai donné à une pauvre femme ! Une belle fin je trouve ! N’est-ce pas ? La tasse en fourrure est au musée d’Art moderne à New York. Je vous envoie ici deux photos, l’une d’un objet que j’avais fait pour une petite exposition ici. Le thème n’était pas précis, on avait demandé aux artistes d’envoyer des peintures et objets « qui ne sont pas  de l’art » et qui sont « drôles » (par conséquence !) et tout à des prix très bas (à partir d’un franc suisse) ! Mon objet avait été acheté par un Allemand. Si cet objet vous plaît, j’écrirai au propriétaire de me l’envoyer. D’ailleurs les chaussures [Chaussures intitulées “A délacer”, et reproduites p. 103 du catalogue de l’exposition] devront être ouvertescomme on les délace pour les enlever. C’est le photographe qui les a nouées jusqu’en haut sans me demander.

 L’autre objet, la sculpture en bois, est tout simplement un masque, mais d’après les réactions des gens il doit avoir « quelque chose d’érotique ». J’ai fait une autre sculpture, une sorte de tête sur une longue tige, dans laquelle tout le monde voit naturellement un sexe. Un marchand de tableaux, un homosexuel, m’a dit timidement que ça lui plaisait mais qu’il n’oserait jamais avoir ça chez lui ! Mais cette sculpture, je ne voudrais pas l’exposer, car pour moi c’est tout à fait autre chose. Elle est plutôt à mettre sur une tombe. Mais aussi j’avais une réaction un peu négative en apprenant que le thème de l’exposition sera l’érotisme. Mais réflexion faite et après tout, je letrouve très bien.

Je crois qu’il existe depuis quelques temps, (siècles peut-être), une tendance que l’homme tâche de réincorporer ces esprits fixés au ciel et à l’enfer depuis si longtemps. (Bien sûr, cette étape était indispensable pour son développement futur). L’Éros, qui chez tous les peuples « naturels » est un « esprit comme les autres » a été sacrifié à un principe spirituel et envoyer « au Diable », en bonne compagnie avec tous les crimes. 

Et de fabriquer et de montrer des objets, tableaux, sculptures, etc., en son honneur est une très bonne chose. Car c’est un moyen de faire remonter ce principe dans la conscience de nous-mêmes et des autres. Et il ne fait encore rien si un peu de son aspect « bas » s’y mêle ! Quant à moi j’essayerai de trouver quelque chose pour l’exposition elle-même, et peut-être il me viendra aussi une idée pour un objet. Cher Breton, moi aussi je vous souhaite quelques semaines heureuses dans ce beau St. Cirq encore, et je me réjouis de vous revoir à Paris. Je viendrai probablement vers le 29 septembre pour quelques jours. Bien des choses à Élisa. Toujours à vous. Meret »

 

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