Max JACOB – Manuscrit autographe – « La Mort »

Max JACOB – Manuscrit autographe – « La Mort »

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Manuscrit autographe – « La Mort »

Remarquable manuscrit empli de tout le mysticisme catholique de Max Jacob.

 Un jour viendra, un jour ou une nuit, une minute viendra où mon âme sortira de mon corps…

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Description

Max JACOB (1876.1944)

Manuscrit autographe – « La Mort »

Deux pages in-4° slnd.

Remarquable manuscrit empli de tout le mysticisme catholique de Max Jacob.

« Un jour viendra, un jour ou une nuit, une minute viendra où mon âme sortira de mon corps, et cette séparation s’appelle la mort. Nous ne sommes assurés de rien sur la terre sinon que nous mourrons. Il n’y a pas d’exemple qu’un humain ne soit pas mort. Le Seigneur lui-même est mort. On peut vivre cent ans ; les patriarches ont vécu des siècles mais ils sont morts. Noé est mort à huit cent ans peut être et Mathusalem et d’autres ont été des exceptions prodigieuses : on en parle, mais qui n’est pas mort ? Tu ne peux pas t’imaginer que tu mourras pour la même raison qu’un bien portant ne s’imagine pas malade, ni un malade bien portant. Tu mourras. Te voici donc dans ce lit, les yeux creux, les lèvres violettes, la figure moite et pâle ! Ou bien te voici sur l’accotement d’une route après un accident d’auto dans des douleurs inexprimables. Te voici à l’hospice de St. Benoît ou dans l’infirmerie de quelque monastère. Auras-tu le bonheur d’avoir un prêtre auprès de toi ? Recevras-tu les divins sacrements pour paraître devant Dieu ? Je vous le demande, Ô mon Dieu ! Ne me faites pas mourir sans confession, ou sans cette tête libre et capable de se souvenir de tous les méfaits ? Qui le sait d’avance et dans l’époque cahotée que nous traversons qui peut s’assurer de mourir en sécurité dans un bon lit. Ne mourrai-je pas en exil dans un pays étranger ou nul prêtre ne saura la langue française ? Il paraît que dans l’agonie, le mourant revoit son passé ! Quel passé de vanité verrai-je donc, moi ? Quels horribles péchés me comblent de remords et combien énormes ils apparaîtront et les moindres qui seront là aussi dans ma mémoire agrandis par la crainte légitime du jugement de Dieu. Je me suis cru bien dévot pour avoir pratiqué la Sainte religion, n’ai-je pas assisté à la messe quotidienne dans un état d’inattention ou de tiédeur habituelle ? mes charités voyantes que me vaudront elles de bienveillance victime ? La mort est là : juge toi dans tes méchancetés, tes impatiences, tes amertumes, tristesses, tes mauvaises pensées charnelles ! Quelle mort terrible vas tu faire ? Ô mon Dieu vous qui avez dit : ayez confiance en moi. C’est pour ce jour là que j’ai confiance en votre Pardon. Mais dès aujourd’hui je veux rejoindre le monde comme je le verrai ce jour là. Oui je veux dire adieu aujourd’hui à tout ce à quoi je dirai bientôt adieu pour toujours. Adieu à tous ces événements commentés dont je ne serai plus jamais le témoin, car tout se passera désormais sans moi comme tout se passe sans mes parents et mes grands-parents. Pourquoi m’intéresser davantage à tout cela ? Je veux dire adieu à toutes ces vaines amitiés qui ont tant engagé mon esprit et mon cœur, car ce jour là je dirai adieu à toutes ces chères relations dont j’ai tiré tant de vanités, de plaisirs et de profits. Adieu à la gourmandise, adieu aux flatteries données et reçues, aux propos, aux conversations brillantes ou prétentieuses. Adieu aussi dès maintenant à ce corps déprimé par la vieillesse, la maladie, car voici qu’on l’emporte, ce corps tant soigné, tant lavé, parfumé, baigné, confié aux médecins. Voici qu’on l’emporte en boîte ! C’est moi dans cette boîte. Puis-je me convaincre que c’est moi dans ce cercueil. Cette chair suante, malodorante c’est moi ! Ce mec qui s’est donné tant de mal pour peindre, écrire, trotter, ce moi, cette pourriture ! Pas bien lourd ce cercueil ! Pas bien lourde cette vie. Et personne de mes contemporains n’est là. En tous cas leurs enfants n’auront de moi qu’un souvenir vague : un ami de papa qui était artiste, je crois. Mais leurs enfants à eux ignoreront mon nom même. Oh ! Quelle fermeture ! Quelle clôture ! Quel mur infranchissable ! L’oubli ! On aura pendant les années qui vont venir d’autres chats à fouetter que le souvenir d’un vieux travailleur périmé ! Alors pourquoi tant de soucis ? Puisque ce corps n’a rien à faire de cette terre rapide, pourquoi ne pas penser davantage à mon âme ? C’est elle qui est éternelle ! C’est elle qui doit « conserver le sel en elle même ». C’est elle qui doit vivre sans péché pour se présenter libre et pure à Dieu. Pourquoi n’ai je pas pensé davantage à cette mort qui doit décider de mon éternité. Mon Dieu je vous remercie de m’éclairer de la vérité de cette vie et la valeur de l’autre ! Sanctifiez moi ! Guidez moi vers ce but qu’est la mort !

  

Fervent catholique (converti en 1909) Max Jacob se retira à partir de 1936 dans le monastère bénédictin de Saint Benoît sur Loire. C’est là qu’il fut arrêté le 24 février 1944 par la Gestapo d’Orléans, pour être emmené au camp de Drancy. Jean Cocteau et Sacha Guitry tentèrent en vain de le faire libérer. Il y meurt le 5 mars 1944 d’épuisement.

 

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