Marcel Proust, ses ridicules et la rédaction de la Recherche du Temps perdu.

Marcel Proust, ses ridicules et la rédaction de la Recherche du Temps perdu.

5 500€

Lettre autographe signée à Max Daireaux

Précieuse lettre de Proust évoquant ses ridicules, son sens de l’observation et la rédaction de sa Recherche du Temps perdu.

« Je pensais à ces parents lointains non sans un certain attendrissement. »

Description

Marcel PROUST (1871.1922)

Lettre autographe signée à Max Daireaux

Quatre pages in-8° slnd. (Été 1913)

Référence : Kolb, XII, n°93.

« Je pensais à ces parents lointains non sans un certain attendrissement. »

Précieuse lettre de Proust évoquant ses ridicules, son sens de l’observation et la rédaction de sa Recherche du Temps perdu.

« Mon cher ami, votre lettre m’a causé une grande joie par les choses si tendres que vous me dites au début et m’a bien intéressé et été utile par toute la suite. C’est beau de penser qu’à votre don d’élégiaque et de poète, à votre verve toute différente d’ironiste et de peintre de caractère, s’ajoute cette pensée scientifique. Homo Triplex. Je vous disais que je pourrais m’intéresser davantage à ce que vous écrivez qu’à mon livre. Et vous me prouvez que vous m’avez compris en faisant vous-même ainsi abstraction de vous pour vous occuper de moi. Mon indifférence (relative) à moi-même se manifeste encore en ceci que je ne retiens jamais rien des ridicules des autres et emmagasine précieusement ce que j’ai observé des miens. Ainsi dans ce livre que vous recevrez, il n’y a (dans le second volume) qu’un seul « mot bête » cité, et il a été de par moi chez vous. L’autre jour, feuilletant un volume sur la petite ville d’où nous venons et où une rue porte le nom de papa, une celui de mon oncle, où le jardin public est le jardin de mon oncle, etc. je lisais les noms dans les plus humbles emplois des Marcel Proust, greffiers ou curés ou baillis du XIVe au XVIIe siècle ; je pensais à ces parents lointains non sans un certain attendrissement quand tout d’un coup un mot magnifique de stupidité, tel qu’un de mes personnages du second volume en aurait eu besoin, me revint pour la première fois à la mémoire. C’était il y a 5 ans, chez vos parents qui m’avaient adorablement accueilli, à Cabourg. Monsieur votre père me demanda : « De quelle province êtes-vous originaire ? » Et je répondis : « d’Eure et Loire ». « C’est un département » répondit avec une involontaire cruauté Monsieur votre père. Ma seule excuse était que cette petite ville, peut-être la seule de France, appartient à la fois, un quartier à la Beauce et un autre au Perche. Je restai pétrifié comme le petit garçon qui dans le livre de mon ami dit “Bonjour Monsieur” à la dame qu’il aimait. Cher ami, je bavarde ainsi avec vous pour vous montrer que je peux admirer les autres et me moquer de moi-même. Mais mes forces me trahissent, je vous quitte en vous remerciant et vous embrassant de tout mon cœur. Je me promets une grande joie de votre livre et je vous écrirai dès que je l’aurai lu. Votre Marcel. »

Proust rencontra Max Daireaux (1884-1954) à Cabourg en 1908. Avec le temps, Proust se montre moins sensible à la distance que met entre eux le jeune écrivain, bien que nostalgique de leurs jours passés à Cabourg. Il le conseille sur ses écrits et raconte des anecdotes amusantes qui ont inspiré certains passages de la Recherche.

 

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