Marc BARBEZAT – Lettre autographe signée à propos de SARTRE, CAMUS et MODIGLIANI

Marc BARBEZAT – Lettre autographe signée à propos de SARTRE, CAMUS et MODIGLIANI

650€

Lettre autographe signée à son épouse Olga.

« L’intelligence de Sartre me subjugue. J’ai relu à nouveau son article sur « Camus » dans les « Courriers du Sud ». Il sait discourir et à la fois comprendre, expliquer, disséquer. »

Description

Marc BARBEZAT (1913-1999)

Lettre autographe signée à son épouse Olga.

Six pages in-8°.  Lyon. 24 mars 1943

« L’intelligence de Sartre me subjugue. J’ai relu à nouveau son article sur « Camus » dans les « Courriers du Sud ». Il sait discourir et à la fois comprendre, expliquer, disséquer. Aucune phrase de remplissage ! »

« Mon amour, il est mardi je n’ai reçu aucun mot d’Olga. Nonchalance, farniente. Peut-être es-tu tombée malade ? Il faudrait vite me l’écrire. Écrire de ton lit ; Faire porter la lettre par Jacques François qui doit te rendre visite après en avoir été privé pendant une semaine. Le pauvre ! – Et Françoise ! Comment va Fritz ? Je pense souvent à elle. Je l’aime beaucoup elle ne doit pas être en état de porter une lettre. Raconte-moi comment s’est passé où va se passer son accouchement. Et ton théâtre ? Dullin te tyrannise-t-il toujours autant ? je suis angoissé, mais j’ai une grande confiance en toi. Comme une petite chèvre, barbichue, têtue, monténégrine, tu fonces contre l’obstacle ! Tu sauras t’imposer grâce à ton intelligence extraordinaire. Je t’admire, je pense à toi sans cesse, comme un petit enfant pense à sa mère. (…)  Ton Bensey est un personnage de « la Route au Tabac » de Caldwell. Hier j’ai commencé à le lire, après avoir fini « Sartoris » de Faulkner. Ces lectures m’ont fait beaucoup réfléchir à mon roman : j’ai songé à des scènes nouvelles. Il est toujours aussi vivace. Je suis vraiment prêt pour le travail.  Pour l’instant impossible de l’entreprendre. Non seulement il me faut la solitude, une petite cure d’air au préalable (vraiment) mais je dois terminer quelques impressions, peut-être écrire une nouvelle sur la guerre pour le prochain numéro de l’Arbalète et une préface aux dessins de Jean Martin dont j’entreprends l’édition. Lyon est assez sinistre, couvre feu à 9 heures du soir, mais à quoi servirait-il de pouvoir sortir ? pour aller où ? je n’ai envie de voir personne. (…) Pour quoi les intellectuelles sont-elles aussi repoussantes ? Toutes. Leur science les raidit on dirait qu’elles sont en fil de fer. Comment se fait-il que toi, si cultivée, si mondaine, soit souple, compréhensive ? Chez ces femmes il n’y a que de la volonté, beaucoup d’application : aucune âme. Ma chérie, il ne faut pas d’idée préconçue, une aptitude à tout accepter et une grande humilité. Enfin on ne commande pas à sa nature. Souvent je suis très triste d’être aussi ondoyant. Je tourne à tous les vents comme une girouette. Cependant un point central reste fixe, immuable, entêté, accroché, qu’aucun vent, aucune tempête ne pourront tordre ou arracher. L’intelligence de Sartre me subjugue. J’ai relu à nouveau son article « Camus » dans les « Courriers du Sud ». Il sait discourir et à la fois comprendre, expliquer, disséquer. Aucune phrase de remplissage ! C’est vu de très haut. Voilà ce que je voudrais arriver à égaler. Lui fait corps avec son sujet et en même temps le regarde de très haut. Quand j’écris, je ballade une loupe et ne connais qu’un fragment de ce qu’il faudrait embrasser. Mon esprit est porté par le détail, le sien domine de très haut, il sait généraliser et à la fois illustrer des cas particuliers, des vues d’ensemble. (…) J’ai lu une définition de la peinture de Berthe Morisot par Jean Cocteau : « C’est un tableau de Manet reflété dans une boule de jardin » Aimes-tu Modigliani ? J’ai brassé quelques reproductions d’artistes modernes pour écrire mon article sur le nu. Peut-être Modigliani, ses cariatides surtout, ses corps nus, transparents, frémissants, avec les têtes de masque nègre, m’ont bouleversé. Voudrais-tu feuilleter l’article de Valéry sur les nus dans le numéro de « Verve » que tu as, n°2, à couverture bleue dessinée par Braque ! Si tu trouvais une réflexion particulièrement féconde, pourrais-tu me l’envoyer. Dans mon article, je parle non pas du nu, mais des croquis d’après un modèle vivant, et après études sur la nature de dessins d’imagination. Je t’embrasse tendrement avec mes lèvres. Marco »

 

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