Lucien REBATET et la littérature de CAMUS et SARTRE sous l’occupation.

Lucien REBATET et la littérature de CAMUS et SARTRE sous l’occupation.

2 500€

Lettre autographe signée à Jean Bérard.

Rebatet revient avec rancœur sur la période de guerre, la Résistance, la littérature de Camus et Sartre, sous l’occupation, ses années de prison, l’épuration et le fascisme.

« Le fascisme était sans doute chez moi d’abord un besoin organique. »

Description

Lucien REBATET (1903.1972)

Lettre autographe signée à Jean Bérard.

Deux pages grand in-4°. Montmorency. 3 juillet (1955).

« Le fascisme était sans doute chez moi d’abord un besoin organique. »

Rebatet revient avec rancœur sur la période de guerre, la Résistance, la littérature de Camus et Sartre sous l’occupation, ses années de prison, l’épuration et le fascisme.

« Cher ami, Malgré ce que j’ai pu vous dire hier soir dans la suite de notre amicale conversation, je crains de vous avoir un peu chiffonné par ma remarque sur le papier de Paul Léon. Ces quelques lignes pour dissiper tout risque de malentendu : je n’ai jamais ignoré, et je n’ai pas du tout oublié, les risques que comportait, dans l’immédiat, la collaboration telle que vous l’entendiez (et je l’entendais de la même manière que vous), risques tenant au fait que vous étiez un industriel, décidé à maintenir son usine en marche, à la défendre contre les convoitises allemandes. Je peux d’autant moins l’oublier que j’ai été un de ceux qui ont eu à défendre le cinéma français – et point seulement par des articles – contre des convoitises du même ordre. Ce qui me valut du reste d’être attaqué violemment de 1941 à 44, par des vendus authentiques. Il est évident que dans un pays qui aurait encore conservé quelque liberté et quelque sens de ses intérêts, vous auriez mérité cent fois leur légion d’honneur, et moi aussi. C’était très beau et très difficile de conserver une usine à la main d’œuvre française et à des travaux de paix et d’art, en pleine guerre. Je l’ai d’ailleurs écrit plus d’une fois à l’époque, et j’ai cité cent fois votre exemple à des tôlards quand nous revenions sur ces choses, durant notre longue retraite. Ce qui m’a amusé, c’est que Paul Léon m’ait semblé considérer comme un exploit guerrier l’enregistrement d’œuvres françaises, de Palléas et de la Damnation, sous les Boches. Si je me suis trompé, j’ai des circonstances atténuantes, car j’ai bien lu depuis 8 ans cinquante articles où les héroïques résistants Charles Munch, Marguerite Long, etc., étaient glorifiés d’avoir osé narguer la gestapo en interprétant L’après-midi d’un faune et les concertos de Ravel. Parmi les innombrables légende de la Résistance, il y a celle de la germanisation de la culture française. Et pourtant, MM. Camus, Claudel, Mauriac, Sartre, Salacrou, etc., étaient aussi bien placés que nous pour savoir qu’il n’en était rien, puisqu’ils ont tous publié sous l’occupant. C’est cette légende que j’ai cru voir pointer dans le texte de Paul Léon, et c’est ce qui m’a fait rire, mais à leurs dépens, bien entendu, pas au vôtre ! (…) Je me permets de vous redire que lorsqu’il vous sera possible de me donner un peu de travail, vous me rendrez un service non moins réconfortant. Je devrais profiter davantage de mes loisirs actuels. Mais ce sont les loisirs d’un chômeur. Et c’est chômage là que je supporte le moins bien. Je sais que tous les épurés sont passés par là. Mais cette épreuve supplémentaire arrive pour moi après 7 ans et demi de prison. Et puis, vraiment, l’air démocratique me débilite. Quelle fadeur, quel ennui ! Le fascisme était sans doute chez moi d’abord un besoin organique (…) Il va de soi que les vendus authentiques dont je parle plus haut n’ont jamais été inquiétés, prospèrent dans la presse. Et les vrais requins allemands ne sont jamais passés à Nuremberg. »

 

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