Lucien REBATET – « Je ne peux absolument plus compter sur Gallimard. »

Lucien REBATET – « Je ne peux absolument plus compter sur Gallimard. »

1 700€

Lettre autographe signée à Jean Bérard.

Deux pages in-4°. 28 octobre 1955. Enveloppe autographe.

« Je ne peux absolument plus compter sur Gallimard, aussi longtemps que je ne lui aurai pas remis un manuscrit. »

Description

Lucien REBATET (1903.1972)

Lettre autographe signée à Jean Bérard.

Deux pages in-4°. 28 octobre 1955. Enveloppe autographe.

« Je ne peux absolument plus compter sur Gallimard, aussi longtemps que je ne lui aurai pas remis un manuscrit. »

« Cher Jean, Ce coup-ci je dois vraiment faire appel à votre amitié. Cela m’embête. En effet, vous avez été trop chic et trop généreux avec moi à ma sortie du « trou » pour que je ne comprenne pas que, si vous ne m’avez jusqu’à présent proposé aucune collaboration, c’est que vous y avez des raisons sérieuses, que des difficultés peuvent s’élever. Mais me voilà maintenant, après trois ans, dans la même situation que lorsque j’ai été libéré.Je ne peux absolument plus compter sur Gallimard, aussi longtemps que je ne lui aurai pas remis un manuscritdont je serai satisfait, condition sine qua non pour moi. Le seul journal auquel je collabore, Dimanche-Matin, ne paie plus ses rédacteurs depuis trois mois ! et il publiera sans doute cette semaine son dernier numéro. Nous étudions une solution de rechange. Mais la trouverons-nous ? et quand ? Je l’ignore. Je n’ai pas la moindre honte de cette situation. Je la juge même honorable ! Ce qui m’humilierait, comme je vous le disais l’autre soir, ce serait d’être tenu à l’écart d’une corporation, d’un système, d’un pays redressés, ayant réalisé quelque chose de décent. Cependant, il faut tout de même au moins vivoter. Je vous demande donc franchement si vous avez pour moi un petit travail entrant dans mes compétences musicales. Même un travail anonyme. Je ne pensais pas en être réduit à cette clandestinité, après 26 ans d’un métier que je crois connaître assez bien. Mais je préfère encore ça, plutôt que de publier un livre insuffisamment élaboré, comme le font trop d’écrivains. Quant à un travail éventuel pour Véronique, j’y ai réfléchi ; ce n’est guère une solution : d’abord parce que, dans les circonstances actuelles, je deviendrais en somme chômeur à la charge de ma femme ! Et qu’ensuite, sans parler de la fragilité de sa santé, elle serait obligée de prendre une remplaçante pour le minimum de ménage, ce qui remettrait tout en question. Voilà. Je vous ai exposé le petit problème tel qu’il est. Si peu importante que soit la besogne que vous pourrez me confier, je l’accepterai avec reconnaissance. Et d’ailleurs, de toute façon, je serais heureux de reprendre avec le monde musical un autre contact que celui d’auditeur épisodique. »

 

Jean Bérard fut directeur de la société Pathé-Marconi.

Condamné à mort en novembre 1946, Lucien Rebatet bénéficia d’une pétition signée par  Jean Paulhan, Albert Camus, Georges Bernanos, Roger Martin du Gard, Roland Dorgelès, Pierre Mac Orlan, Jean Anouilh, François Mauriac, Paul Claudel, et Marcel Aymé. Il est finalement gracié par le Président Vincent Auriol en avril 1947 et voit sa peine commuée en détention à perpétuité. Détenu à la prison de Clairvaux, il y achève son roman Les deux étendardsqui sera publié par Gallimard en 1951 tandis qu’il est encore en captivité. Il sera libéré en juillet 1952, après 7 années de prison.

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