Louise MICHEL – Manuscrit autographe signé. Une fête de Catilina.

Louise MICHEL – Manuscrit autographe signé. Une fête de Catilina.

1 500€

Manuscrit autographe signé.

Superbe manuscrit de Louise Michel contant la légende romaine de Lucius Catilina.

Description

Louise MICHEL (1830.1905)

Manuscrit autographe signé.

Six pages ½ in-folio. Slnd. Adresse autographe. Cachet de cire.

Habile restauration aux plis.

Superbe manuscrit de Louise Michel contant la légende romaine de Lucius Catilina.

« A Monsieur Eugène Pelletan.

 Une fête de Catilina. Il y a de cela à peu près dix-neuf cent vingt-neuf ans : Catilina agitait secrètement dans Rome, tout ce qu’il y avait d’êtres dégradés. Patriciens, perdus de dettes et d’honneur, plébéiens abrutis ; misérables de toutes les causes ; renégats de tous les partis, se liguaient dans l’ombre. Les Gracques étaient morts et l’heure de Brutus n’était point encore sonnée. « Je n’ose (écrivait Cicéron à Curion) même par une lettre, vous raconter ce qui se passe ici. Je ne doute pas que votre vertu ne réponde à la haute opinion qu’on a de vous, mais je crains qu’à votre arrivée la République ne soit plus en état de recevoir vos secours, tant toutes choses ici menacent ruine ». Catilina voulant le pouvoir à tout prix, avait ses moyens ordinaires et ses moyens extraordinaires. Pour arriver si haut étant tombé si bas, il fallait tout briser devant lui. Un de ses moyens ordinaires était de se débarrasser de ses ennemis, comme il s’était débarrassé de son fils. Il employait pour cela une foule de procédés, on ne peut trop les varier lorsqu’il s’agit de semblables choses, et surtout quand un grand nombre de personnes vous gênent. Or, tous ceux dont l’esprit était éclairé et la conscience droite avaient tous à craindre. Une des plus sûres recette de Catilina pour se débarrasser des gênants était le poison qui fait moins de bruit que le poignard et n’éveille pas de doutes fâcheux comme une disparition soudaine et parmi ses affidés se trouvait un médecin ce qui était on ne peut plus commode. Cet homme se nommait Antoni, on le disait disciple d’un descendant d’Esculape et il était en effet habile dans son art. Il avait pris part à cette fameuse orgie où Catilina fit boire, dit-on, aux conjurés du sang humain mêlé avec le vin afin de rendre leur serment plus épouvantable. C’était vers les calendes de juin, sous le consulat de Julius César et de Caius Figurus, les Sénateurs Longinus, Cethegus, Bestia ; les chevaliers Fulvius Nobilior, Caius Cornelius, et tant d’autres qui devaient payer si cher la part qu’ils prenaient à la conjuration, étaient réunis dans la maison de Catilina. L’obscurité la plus profonde enveloppait ce repère. Quoique la nuit fut épaisse et les salles du festin donnassent sur les jardins, les moindres issues étaient couvertes de draperies, et la lueur des lampes soigneusement dissimulée. Catilina pâle et les yeux étincelants, avait près de lui Fulvie sa maîtresse que depuis quelques jours il éblouissait de ses largesses soudaines. En face, se tenait la belle Sempronia qui chantait sur le luth des vers brûlants dans la langue des grecs. Son front était couronné de ses cheveux noirs, comme d’un diadème, on eut dit une étoile dans la nuit. Près de Fulvie était une jeune fille, son amie qu’elle avait amenée avec elle en lui disant : Viens voir ces têtes pâles sous les fleurs, ces regards soupçonneux, ces amours qui sont des haines et tu finiras la route que j’ai suivie. La jeune fille se nommait Cornelia comme la mère des Gracques, mais hélas c’était l’enfant d’une époque de décadence, quoique semblable à Fulvie elle se sentit encore dans les veines quelques gouttes du vieux sang romain. Son cœur frémissait d’une horreur instinctive à certaines propositions comme à celle de Sempronia qui devait avec d’autres femmes corrompre les défenseurs de Rome, hommes libres ou esclaves et mettre le feu à la ville. Ce jour-là, Catilina publiquement traité de traitre et de parricide était sorti du sénat en disant : « Mes ennemis l’emportent, je vois l’embrasement qu’ils veulent exciter contre moi, je l’étoufferai sous des ruines. » Il parlait donc avec Cethegus et Lentulus de massacre et d’embrasement, le sourire aux lèvres et l’espoir au cœur. Rome devait être à eux. Le destin en ordonna autrement. Lentulus fut étranglé pendant la nuit dans ce cachot infect, fermé en voûtes de pierres qu’on appelait Tullianum. Cethegus n’eut pas un meilleur sort ; Quant à Aurelia Aurestilla pour laquelle Catilina avait fait périr son fils, où était-elle ? La légende se tait. Tout à coup, l’œil oblique de Catalina se fixa sur Fulvie et il lança un éclair fauve auquel Antoni répondit par un sourire plein de douceur venimeuse, ils s’étaient compris. Antoni était un des plus fidèles complices de Catilina, le tyran exerçait sur lui un horrible empire. L’empire du requin sur ce misérable petit poisson appelé pilote, qui s’attache à lui pour partager son sort lorsque le monstre est capturé. Chez Antoni, l’énergie n’était que momentanée, il subissait le mal parce que la vaillance lui manquait pour faire le bien. Cet homme avait eu par instants de belles inspirations, la soif de l’or les avait étouffés ! quelques bouffées de courage étaient montées du gouffre de Curtius jusqu’à son cœur, mais Catilina l’avait regardé et il l’avait suivi. Puis l’amour était venu, un amour sans bornes, pour cette jeune Cornelie qu’il avait rencontrée chez Fulvie et l’aile de l’amour avait emporté ce qui restait d’hésitations dans le cœur d’Antoni. Que lui importaient désormais le bien et le mal pourvu qu’il eut renom et fortune tout ce qui pouvait éblouir la jeune fille. Quant à Cornelie, elle livrait son âme à cet amour, comme l’alcyon aux flots. Antoni exerçait sur elle l’influence funeste que Catilina exerçait sur Antoni. Le médecin à l’époque où nous le rencontrons s’était puissamment fortifié dans le mal, le poison lui souriait, il croyait comme les augures lire l’avenir dans l’agonie de ses victimes. Le signe si facilement compris par Antoni était l’ordre de Catilina de verser le poison dans la coupe de Fulvie, il la sentait ne plus entrer dans ses vues. Le jeune homme avait accepté de tuer cette femme, comme il eut accepté d’effeuiller une rose. Les premières clartés du matin se mêlaient à la lueur des lampes. Antoni sentit que le moment était venu où l’on avait plus à craindre que le spectacle de la mort ne troublât le festin. Lorsque les coupes furent pleines pour la dernière libation, il échangea un second regard avec Catilina et versa adroitement d’un petit flacon ciselé, quelques gouttes d’une liqueur vermeille dans la coupe de Fulvie. – Les convives élevèrent leurs coupes. A Catilina ! dirent quelques-uns ; Au triomphe des conjurés ! dirent les autres ; Au Jupiter vengeur ! dit Fulvie.- Au nom de Jupiter vengeur, Antoni et Catilina se regardèrent railleurs. Or pendant ce temps-là, un échange involontaire avait eu lieu, Fulvie avait pris la coupe de Cornelie, Cornelie celle de Fulvie. Quand Antoni s’en aperçut, les coupes étaient vides. Il pâlit affreusement et but à la hâte le reste du flacon ; C’était un poison sans remède. Les convives sortaient lentement, Catilina prit le chemin des environs de Rome où il devait être arrêté. Fulvie se rendit chez Cicéron et l’avertit du complot. Antoni avait entrainé dans les jardins Cornelie déjà glacée par la mort. Ils s’assirent sous un oranger. Les brises du matin passaient légères dans les branches, il faisait bon aimer, souffrir et vivre. On les trouva le soir, assis sous l’oranger en fleurs, la main dans la main, ils paraissaient endormis, ils étaient morts. Tout près de là se dressait la statue de Jupiter vengeur. Louise Michel »

 

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