Louis-Ferdinand CÉLINE – Lettre autographe signée depuis la prison de Københavns Faengsler au Danemark.

Louis-Ferdinand CÉLINE – Lettre autographe signée depuis la prison de Københavns Faengsler au Danemark.

3 500€

Lettre autographe signée à son avocat Thorvald Mikkelsen.

Très belle et virulente lettre de Céline, emprisonné dans les geôles danoises et à bout de forces.

« On nous a ici littéralement, ma femme et moi, assassinés. »

Description

Louis-Ferdinand CÉLINE (1894.1961)

Lettre autographe signée à son avocat Thorvald Mikkelsen.

Deux pages in-4° au crayon. 9 février 1947.

Sur papier rose de la prison Københavns Faengsler.

Lettre inédite à la correspondance de la Pléiade.

 

Très belle et virulente lettre de Céline, emprisonné dans les geôles danoises et à bout de forces.

« On nous a ici littéralement, ma femme et moi, assassinés. »

 

« Mon cher Maître et ami, Nous ne pouvons plus à aucun prix donner la moindre importance aux fariboles haineuses du petit ivrogne hystérique Charbonniere. Il ne faut pas que votre ministère de la Justice nous présente comme valables ces petites arrogances ineptes. J’ai répondu une fois pour toutes à la justice française. Pour moi l’incident est clos. Je refuse d’être dupe de ces pitreries. Tout ceci pour nous faire perdre de vue qu’il existe bel et bien un véritable compte à régler, une explication à me donner à moi. De quel droit le ministre de la Justice danois m’a-t-il fait subir dans ses prisons un supplice de 16 mois ? De quel droit maintient-il en cellule un Français mutilé de guerre 75% – médaille militaire ayant plus de titre de guerre contre l’Allemagne qu’aucun danois ? Le fait est monstrueux et sa persistance inconcevable. Ces 16 mois de prison et l’avenir me sont à cœur je vous prie de le croire. Maladie ? Parbleu l’imbécile question ! Un mutilé 75% à 54 ans et 3 années de martyr dont 16 mois de torture danoise est forcément malade ! et très malade ! L’étrangeté, la merveille c’est qu’il ne soit pas crevé ! On nous a ici littéralement, ma femme et moi, assassinés. Voilà ce que le monde entier commence à savoir et à comprendre, même en France, surtout en France. La plume ou la voix d’un Charbonniere ou d’un Rasmussen ne dépassent guère leur antichambre. Mes livres sont attendus par le monde entier. J’en ai assez d’être le joujou souffre-douleur de vos Machiavels abrutis de ministère ou d’ambassade ! Assez ! Ces chiens à leur place, s’il vous plaît ! Le maître va parler ! vous pouvez les prévenir qu’il va leur choir bientôt une de ces tuiles sur la gueule qui leur laissera des marques ! On a vu certains livres couler des états plus solides que le Danemark. La race des Beaumarchais n’est pas morte, que ces idiots y pensent avant qu’il soit trop tard. Je ne peux non plus (ni les médecins) passer mon temps de rattraper les conneries criminelles de vos bureaux. Assez de ces subterfuges hideux de lâcheté. Quant à la « raison » des échanges de bons procédés judiciaires, livraisons de collaborateurs etc. avec la France, voilà bien la plus ignoble raison que l’on puisse invoquer. Plus de stratagèmes, chichis, faux-fuyants ! Cartes sur la table ! Demandez illico mon extradition si l’on ne me fait pas sortir tout de suite de la Westre et une fois pour toute ! Je suis plus fait pour le massacre que pour la jérémiade. Je vous garantis qu’il ne restera pas grand-chose du grand renom humanitaire danois lorsque je m’en serai occupé.»

Céline se réfugia au Danemark à la Libération. Il trouva à se loger dans l’appartement d’une amie, la danseuse Karen Marie Jensen qui résidait alors à Madrid. L’ambassadeur de France, apprenant en octobre 1945 la présence de Céline au Danemark, s’informa auprès du ministre des Affaires étrangères de ce qu’il convenait de faire. Georges Bidault lui répondit qu’un mandat d’arrêt avait été lancé contre Céline en avril 1945 et qu’il fallait obtenir son extradition. Le 17 décembre 1945, le couple fut arrêté, Lucette étant libérée quelques jours après. Pour sa défense, Céline s’adressa au Danemark à Thorwald Mikkelsen, avocat francophone et francophile rencontré par l’intermédiaire d’amis danois, et en France à Albert Naud, avocat ancien résistant approché par l’intermédiaire de son ami Antonio Zuloaga, attaché de presse à l’ambassade d’Espagne. Le gouvernement danois, jugeant insuffisants les griefs à l’encontre de Céline, refusa son extradition mais le garda en prison jusqu’à fin février 1947, date à laquelle il fut transféré dans un hôpital de Copenhague.

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