Louis-Ferdinand CELINE – « La cellule, les hivers en cellule m’ont crevé. Je n’ai pas tenu la réclusion. »

Louis-Ferdinand CELINE – « La cellule, les hivers en cellule m’ont crevé. Je n’ai pas tenu la réclusion. »

2 800€

Lettre autographe signée à ses amis Descaves.

Très belle lettre de Céline revenant avec désespoir sur ses dix-huit mois de prison et évoquant son travail sur Guignol’s Band II et Féérie pour une autre fois.

« La France ne mérite pas ses écrivains. »

Description

Louis-Ferdinand CELINE (1894.1961)

Lettre autographe signée à ses amis Descaves.

Deux pages in-folio.  Copenhague (c/o Mikkelsen). 7 juillet (1947)

Lettre inédite à la correspondance de la Pléiade.

« La France ne mérite pas ses écrivains. »

Très belle lettre de Céline revenant avec désespoir sur ses dix-huit mois de prison et évoquant son travail sur Guignol’s Band II et Féérie pour une autre fois.

«Chers amis, Voici bien longtemps que nous sommes demeurés sans nouvelles. De notre côté une légère amélioration au point de vue légal grâce à la visite que Mikkelsen a faite à Paris à Naud et à d’autres amis. La Butte a donné à fond ! s’est donné à fond en ma faveur. L’impression a été admirable ! Je ne suis plus le damné total, la pourriture absolue. On commence à se rendre compte que l’on m’a bien martyrisé injustement alors que tant d’autres… s’en tirent glorieusement et fructueusement. Lucette heureusement a repris forme et santé. Je ne suis pas brillant. Je traîne. J’ai refait de la pellagre et une crise de rhumatisme abominable en dépit de la chaleur. La cellule, les hivers en cellule m’ont crevé. Je n’ai pas tenu la réclusion. J’ai des faiblesses, je perds connaissance pour un oui, un non. Enfin on me promet un régime moins tracassier, bien amélioré. Il n’est malheureusement pas question de rentrer en France, et je souffre beaucoup de l’exil. De plus, on m’a enlevé tous mes pauvres moyens d’existence, médecine, livres… alors que Montherlant, Chadourne, Claudel, Romains… Je crains que l’Humanité ne revienne en France qu’avec la bombe atomique. Alors quelles réconciliations, quelles pleurnicheries ! Le maître nous prépare t- il autre chose ? un livre ? une pièce ? Je me suis malgré tout remis au labeur mais on m’a brulé Guignol’s Band II ! Je suis sur Féérie pour une autre fois, premier chapitre, le bombardement de Montmartre. Fait par les Français ! Je le ferai paraître en Suisse et en Amérique. Qu’ils se gorgent d’Aragon, de Cassou, et de Triolet, et de traductions de Miller sous-Céline ! puisque c’est leur goût ! La France ne mérite pas ses écrivains. Son âme déambule jamais entre Félix Potin et la Samaritaine. LF. Céline. Toutes mes bonnes amitiés à Max et Pierre ! et au petit Mozart Descaves.»

 

 

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