CHOPIN Frédéric – Lettre autographe signée à Solange Clésinger. 1849.

CHOPIN Frédéric – Lettre autographe signée à Solange Clésinger. 1849.

Vendu

Lettre autographe signée « Ch. » à la fille de George Sand, Solange Clésinger.

Paris. Mercredi 4 juillet 1849.

« Un récent crachement de sang change mes projets de voyage pour le moment. »

Précieuse lettre de Chopin, l’une des dernières de sa vie, rédigée avec de visibles difficultés d’écriture et de nombreuses ratures. Le pianiste y évoque sa défaillante santé, l’enfant de Solange, la venue de sa sœur, le Choléra et son ami Delacroix.

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Description

Frédéric CHOPIN (1810.1849)

Lettre autographe signée « Ch. » à la fille de George Sand, Solange Clésinger.

Trois pages et demie in-8° en français, avec de nombreuses ratures.

Paris. Mercredi 4 juillet 1849.

Correspondance Chopin. Tome III, pp 421.422 – (Opienski 327. Sydow 673)

« Un récent crachement de sang change mes projets de voyage pour le moment. »

Précieuse lettre de Chopin, l’une des dernières de sa vie, rédigée avec de visibles difficultés d’écriture et de nombreuses ratures. Le pianiste y évoque sa défaillante santé, l’enfant de Solange, la venue de sa sœur, le Choléra et son ami Delacroix.

« Merci pour votre bonne lettre. J’ai reçu un mot de M. Bouscinat selon vos ordres pour ma voiture, mais un récent crachement de sang change mes projets de voyage pour le moment. Il est possible aussi que l’Empereur qui est à Varsovie maintenant donnera une permission à ma sœur de venir me voir ; alors seulement après mûr examen je saurai s’il faut quitter Paris ou s’il faut y rester ne pouvant plus supporter des grands voyages. Ne parlons plus de moi. J’ai vu avec plaisir que vous avez été sans fatigue jusqu’à Bordeaux – cela ne prouve pas cependant qu’il ne faille pas vous ménager. Je me figure votre petite fillette[1] avec une grande tête, riante, criante, tapageuse, bavante, mordante sans dents, et tout ce qui s’en suit. Vous devez être toutes les deux bien amusantes ensemble. Quand la ferez-vous monter à cheval ? J’espère que maintenant vous avez de la besogne à tout moment et que vous voudriez doubler les heures du jour et de la nuit, malgré que la Gasconne doit vous réveiller souvent. Je recommence mes ratures. Je n’ai plus rien à vous écrire sinon que je vous souhaite comme vous le savez depuis longtemps tout ce qu’il y a de bonheur possible. Le choléra[2] diminue, mais à ce que l’on dit, Paris devient de plus désert. Il y fait chaud et il y a de la poussière. Il y fait misère et saleté. On y voit des figures de l’autre monde. Tous des Crémieux, on dit même que Bignat[3] enlaidit. D’Arpentigny est cependant blond. Il embellit. On ne dit pas de bien de l’exposition[4]. Delacroix était quelques semaines à sa campagne – il est un peu souffrant – il ira peut-être à Aix la Chapelle. Je suis bien aise de vous savoir dans votre beau pays. Ce n’est pas le moment d’habiter la ville. Ayez la bonté de m’écrire deux mots dans un moment que votre fille vous laissera tranquille, pour me tenir au courant de votre santé à tous, maintenant que la famille a augmenté d’une si grande pièce. Soyez heureux tous. »

Cette lettre de Chopin (dernière lettre connue à Solange) a figuré à l’exposition George Sand qui se tint à Paris, à la Bibliothèque Nationale, en 1977.

Solange (1828.1899), second enfant de George Sand, et son époux le sculpteur Auguste Clésinger tinrent un rôle central dans la rupture définitive Chopin / Sand. En juillet 1847, le jeune couple très endetté, demanda une aide financière à George Sand. À Nohant, à la suite du refus de cette dernière, une violente altercation se produisit entre le sculpteur et Maurice Sand. George, furieuse, congédie sur-le-champ, sa fille et son gendre, puis écrit à Chopin un ultimatum : s’il veut revenir à Nohant, il doit cesser de voir Solange et son mari ! Chopin, quant à lui, donna crédit aux calomnies rapportées par Solange sur sa mère et répondit froidement à George : « En présence d’un fait aussi grave qui touche à vos affections les plus saintes, je ne révèlerai pas ce qui me concerne. Le temps agira. J’attendrai. »

Le 28 juillet 1847, Sand adresse à Chopin  cette ultime lettre: « C’est bien, mon ami, faites ce que votre coeur vous dicte maintenant et prenez son instinct pour le langage de votre conscience. Je comprends parfaitement (…) Elle aurait mauvaise grâce à dire qu’elle a besoin de l’amour d’une mère qu’elle déteste et calomnie, dont elle souille les plus saintes actions et la maison par des propos atroces. Il vous plait d’écouter tout cela et, peut-être, d’y croire. Je n’engagerai pas un combat de cette nature : il me fait horreur. J’aime mieux vous voir passer à l’ennemi que de me défendre d’un ennemi sorti de mon sein et nourri de mon lait. Soignez-là, puisque c’est à elle que vous croyez devoir vous consacrer. Je ne vous en voudrai pas, mais vous comprendrez que je me retranche dans mon rôle de mère outragée et que rien, désormais, ne m’en fera méconnaître l’autorité et la dignité. »

Fin juin 1849, Chopin, entré dans la dernière phase de la tuberculose, est frappé d’une grave crise d’hémoptysie ; il crache du sang. Ses amis font venir à son chevet le médecin Jean Cruveilhier qui avait soigné Chateaubriand et Talleyrand. Cruveilhier diagnostique une phtisie au dernier stade et affirme à l’entourage de Chopin qu’il n’y a plus d’espoir. Chopin, effrayé, exprime le désir et le besoin d’avoir sa famille près de lui. Il écrit à sa sœur le 25 juin pour la supplier de le rejoindre. « Les cyprès n’ont-ils pas aussi leurs caprices ? Mon caprice est de vous avoir ici. Dieu permettra peut-être que tout aille bien, sinon faites comme s’il le permettait. »

Place Vendôme, le 17 octobre 1849 à deux heures du matin, Solange Clésinger découvre le corps sans vie de Frédéric Chopin.

Enterré au cimetière du Père Lachaise, à Paris, (sa tombe est ornée d’une statue d’Auguste Clésinger, l’époux de Solange), le cœur du pianiste (prélevé par Cruveilhier) est rapporté à Varsovie par sa sœur Ludwika, conformément à ses dernières volontés, suivant ainsi la tradition de la division du corps « dilaceratio corporis », et de la double sépulture. Ce cœur est conservé, dans un premier temps, dans la maison familiale avant d’être placé, en 1878, dans un cénotaphe encastré dans un pilier de l’église de la Sainte-Croix de Varsovie.

 

[1] Solange venait de donner naissance, le 10 mai, à sa seconde fille Jeanne-Gabrielle (le premier enfant était mort en bas âge). Jeanne-Gabrielle mourut de la scarlatine, avant ses 6 ans, en janvier 1855.

[2]  Une épidémie de Choléra sévissait à Paris depuis mars 1849. Celle-ci fit près de seize mille morts.

[3] Surnom d’Emmanuel Arago.

[4] Se tenait à Paris une exposition de produits agricoles.

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