Joë BOUSQUET – Lettre et Manuscrit autographe sur les Surréalistes.

Joë BOUSQUET – Lettre et Manuscrit autographe sur les Surréalistes.

Vendu

Lettre autographe signée MM. Parisot et Gheerbrant.

Lettre à laquelle nous joignons un superbe manuscrit autographe signé de Bousquet (six pages in-8°) sur l’exposition de sa collection de peintures Surréalistes.

« Comment Paul Eluard, Max Ernst, Yves Tanguy, André Breton ont-ils compté comme un des leurs et traité aussitôt en ami et en camarade de combat un individu dont l’existence même était une insulte à la poésie ? »

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Description

Joë BOUSQUET (1897-1950)

Lettre autographe signée MM. Parisot et Gheerbrant.

Trois pages ¼ in-8°. Carcassonne. 5 mars 1946

Lettre à laquelle nous joignons un superbe manuscrit autographe signé de Bousquet (six pages in-8°) sur l’exposition de sa collection de peintures Surréalistes.

« Comment Paul Eluard, Max Ernst, Yves Tanguy, André Breton ont-ils compté comme un des leurs et traité aussitôt en ami et en camarade de combat un individu dont l’existence même était une insulte à la poésie ? »

 Remarquables documents dans lesquels le poète évoque sa passion pour le mouvement Surréaliste, la Poésie, et ses amis Paul Eluard, Max Ernst, André Breton, Salvador Dali, Yves Tanguy, etc.

« Messieurs, l’U.M.I dont je suis le représentant à Carcassonne m’a demandé d’expédier à Toulouse, où elles seront exposées, les peintures surréalistes que j’ai, au cours des vingt dernières années réunies autour de moi. Ayant adhéré dès sa formation au mouvement surréaliste et l’ami de Paul Eluard, de Max Ernst, d’Yves Tanguy et de quelques autres, j’ai pu, dans la solitude où m’enfermait mon état de santé, partager un peu leur vie et, grâce à eux rassembler les témoignages les plus significatifs de leur action révolutionnaire. Les organisateurs de l’exposition – où ne figureront que des œuvres sorties de ma chambre, et toute, surréalistes, m’ont demandé d’écrire la préface du catalogue. Or je sais, par mon ami Bellmer, que vous avez entrepris de réunir autour d’une revue tous les auteurs surréalistes. Ne serait-ce que par déférence et pour vous montrer combien je vous suis reconnaissant de votre initiative, je me devais de recopier à votre intention la préface que je donne au catalogue. Vous en ferez l’usage qu’il vous plaira. L’exposition s’ouvre vendredi. Les œuvres exposées sont signées : Hans Arp – Max Ernst – Yves Tanguy – René Magritte – Malkine – Joan Miro – Salvador Dali – André Masson – Wolfgang Paalen – Hans Bellmer. Environ : 3 Arp, 12 Max Ernst, 6 Tanguy, 4 Magritte, 4 Miro, 2 Masson, 2 Dali, 2 Malkine, 2 Bellmer. Recevez, je vous prie, l’assurance de ma sincère sympathie. Joe Bousquet »

  

Voici le manuscrit de la préface (que nous joignons) dont fait mention Bousquet :

« Préface. On m’a demandé de montrer à mes camarades de Toulouse les peintures au milieu desquelles j’ai passé ma vie. Que n’ai je pu, avec celles qui m’appartiennent, leur envoyer toutes les images qui argentent ma mémoire ! Je le regrette profondément, aussi vrai que je voudrai réunir à mon chevet tous ceux qui comprendront le sens de cette manifestation. Il est admirable que, pour une rencontre involontaire, cette exposition trouve un écho dans la soirée poétique que l’on annonce pour la même semaine. De Jean Marcenac à Gaston Massat presque tous les poètes que l’on présentera au public toulousain ont été mes amis dans leur adolescence. Et j’ai connu un temps très sombre où tout mon courage me venait de leur cœur. Ils ont eu le sentiment du surréalisme, ont senti à quoi il les engageait avant de le connaître. Descendance ensoleillée d’un mouvement formé dans le désespoir et la fureur, je les tiens pour marques d’un signe pourpre et splendide parce qu’ils ont d’abord accepté le surréalisme en raison de ce qu’ils le voyaient signifier pour moi. Ils étaient bien nés pour l’événement qui allait emporter les rêves de l’histoire. Capables de créer des faits, de se soumettre en eux au pouvoir indéfiniment créateur de l’esprit, ils ont su très jeunes qu’au plus bas de l’horreur, le premier venu pouvait s’affirmer enfin pour avoir connu que ce serait toute sa vie que d’aimer de vivre. — Il ne s’agit pas de juger ces toiles selon son goût. Il faut se demander de quel événement leur réunion porte témoignage. A ce prix, elles marqueront d’un signe inoubliable ceux qui les auront examinées et les rendront capables à leur tour, de créer des faits, peut être. Un homme était revenu gravement blessé de l’autre guerre. Comment Paul Eluard, Max Ernst, Yves Tanguy, André Breton ont-ils compté comme un des leurs et traité aussitôt en ami et en camarade de combat un individu dont l’existence même était une insulte à la poésie ? Tout ce qui était alors au monde et se paraît de son bonheur insultait l’amour, insultait l’espoir. Tout ce qui s’appelait poésie insultait à la poésie. Sous prétexte de religion, ou de classicisme, on mettait en cage l’inspiration. Tout ce qui a jamais vécu de respirer l’avenir était alors affirmé à l’ordre établi. Quelques poètes, quelques peintres, quelques sculpteurs allaient restituer au mot poésie son sens premier. Se souvenir et rappeler violemment à tous que la poésie n’est pas un fait de langage, mais que le langage est de son fait. Rien de plus, mais rien de moins. Puisque l’existence sociale avait partout pétrifié les sources de l’esprit, on chercherait ensemble et, pour commencer, aux antipodes de la réalité, une issue vers la vie. Une issue vers la vie, …. Mais à travers les protestations d’une société confortablement installée dans l’aveuglement des masses … Et de quels compagnons s’entourer qui n’eussent pas à suive de leçons pour savoir que « le salut n’était nulle part », que la lumière même était compromise, que la parole vraie restait à créer ; car il fallait que sa pureté lui interdit de se reconnaître dans les chefs-d’œuvre littéraires de la servitude consentie. Chacun de nous jetait son défi à la raison, et plutôt en actes qu’en paroles, car il fallait craindre que l’ennemi ne se glissât dans la place et nous fit condamner la logique au nom de la logique. L’heure d’Hegel allait venir, déjà, elle avait sonné, et pour les poètes , elle n’était plus que son de cloche éloigné. Poésie était synonyme de liberté, mais de cette liberté qui met en question la notion philosophique de l’être, oppose à la conscience et à ses voies ce qu’il y a d’impensable dans le fait que nous sommes. C’était la grande après-guerre, ses bars, ses affaires, ses partouzes. Les surréalistes se comptaient. Ils avaient formé un laboratoire de recherches, on se moquait d’eux, mais d’assez loin. On craignait leur violence parce qu’on y devinait quelque chose de plus fort qu’eux. Simples, ardents, ils faisaient consister l’existence dans le génie de passer outre à ses conditions apparentes. Je leur écrivais, je dévorais leurs lettres, mon nom figurait au bas de leurs manifestes entre celui de Boiffard et de celui de Breton. Sur tous les points nous étions d’accord. Je puis résumer ainsi notre conviction commune. La vie, telle que des siècles de civilisation l’ont aménagée n’est que l’image de notre foi en la vie qui est la vie même. Mes amis surréalistes m’apprenaient que tout ce qui nous éveille et même le corps que nous sommes appartient au passé. Je leur devais de voir mes jours comme un songe dont mes rêves sauraient m’éveiller. Déjà s’annonçait parmi nous l’événement que nulle parole ne retrace parce qu’il n’appartenait qu’à la vie de le rendre ineffaçable. Nous allions un peu connaître ce qui nous menait et savoir qu’il est un bien devant lequel le désespoir, le malheur et la mort peut-être, ne sont, eux aussi, que des images : la découverte passionnée de notre semblable. — Avant d’entrer dans ma chambre, les toiles que vous avez sous les yeux avaient enchanté la misère et la faim et d’abord, cette honte d’être des hommes qui se distinguent mal, dans les années sordides, de notre horreur congénitale, de notre durable horreur d’avoir été conçus. Une à une envoyées à un blessé sans raison d’être, par des hommes de colère et de refus, elles allaient lui apprendre que la vie était dans la vie et jamais dans l’expérience d’un individu, sauf que l’amour y dévorât toutes les raisons. Aujourd’hui, éveillant notre instinct de conservation ailleurs qu’en notre personne, elles portent la nouvelle, lisible seulement pour un petit nombre de privilégiés, que la solitude de quelques hommes maudits domine un temps caché encore sous l’horizon. Joe Bousquet »

 

 

L’exposition toulousaine, évoquée ici par Bousquet, se tint du 8 au 24 mars 1946 et fut intitulée : « Les Maîtres du Surréalisme » Dans le livre La Chambre de Joë Bousquet, publié en 2005, les auteurs P. Cabanne et A. Dimanche racontent ce que devinrent les tableaux autrefois entreposés dans la chambre du 53 rue de Verdun. Bousquet n’avait pas rédigé un testament précis, et avait seulement émis le vœu que sa collection soit intégralement conservée dans le musée de sa ville natale. Pendant plusieurs semestres, ses tableaux furent accrochés dans une salle du musée : en matière de Surréalisme il s’agissait alors de la plus fabuleuse et la plus émouvante collection que l’on pouvait trouver dans un musée de l’hexagone. Ce privilège ne dura pas, les héritiers de Bousquet préférèrent récupérer les tableaux, un brocanteur de Montpellier et deux galeries parisiennes se chargèrent de les disséminer. « La majorité des œuvres de la chambre furent mises en vente. Après le départ des principales œuvres déposées au musée, un nouveau conservateur ouvrit une « salle Joë Bousquet » inaugurée avec une satisfaction naïve par les autorités municipales : elle regroupait des épaves, prêtées par la famille ou les amis. »

 

 

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