Jean JAURES – Manuscrit autographe signé. 31 pages !

Jean JAURES – Manuscrit autographe signé. 31 pages !

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Jaurès constate l’inégalité de la répartition des richesses et de la propriété en France.

31 pages in-4° (18 juin 1906) – Article paru dans le journal L’Humanité.

Description

Jean JAURES (1859.1914)

Manuscrit autographe signé. Statistiques sociales

31 pages in-4° (18 juin 1906) – Article paru dans le journal L’Humanité.

 

« 44 000 personnes possèdent à elles seules plus du tiers de la fortune totale de la France. »

Jaurès constate l’inégalité de la répartition des richesses et de la propriété en France.

«C’est en vain qu’on essaie d’obscurcir par des chicanes le sens des statistiques que j’ai apporté à la tribune. Vue la répartition de la propriété je prends comme point de départ de mes calculs très simples le chiffre de l’annuité successorale c’est-à-dire le montant des successions déclarées chaque année au fisc. Ce chiffre varie naturellement un peu d’une année à l’autre mais ces variations sont enfermées dans de certaines limites. Il se suffit de faire porter les calculs sur deux ou trois années pour obtenir des résultats incontestables. Or, les statisticiens s’accordent à reconnaître, de quelque façon d’ailleurs qu’ils justifient cette affirmation, que pour connaître le total de la fortune de la France, il faut multiplier par 36 le montant des valeurs successorales et des donations enregistrées en une année. C’est d’après ces bases acceptée par le ministère des finances que j’ai calculé. Or j’ai constaté, d’après les valeurs successorales de l’année 1903 que 221 000 personnes possédaient à elles seules 102 milliards sur les 1716 milliards correspondant à l’ annuité successorale (et abstraction faite des donations). Cela ni M. Aynard, ni M. Poincaré ne le contestent. Et ce chiffre seul suffit à établir la disproportion des fortunes dans le pays. J’aurai pu ajouter, en remontant dans l’échelle des hautes fortunes, toujours d’après les chiffres de 1903, que sur 176 milliards, 62 000 personnes en possèdent 78, que 44 000 en possèdent 60.

Ainsi 44 000 personnes possèdent à elles seules plus du tiers de la fortune totale de la France. Je peux aujourd’hui produire les mêmes calculs avec les chiffres donnés par le ministère des finances pour l’année 1904. Le détail variera un peu, mais les proportions générales restent sensiblement les mêmes. En 1904, il y a eu 381 601 successions, donnant un total de 5 milliards 273 millions. Or il apparaît que 7 202 successions représentent à elles seules 3 milliards 241 millions, c’est à dire plus des trois cinquièmes du montant total des successions. Multipliez tous ces chiffres par 36 et vous obtenez ceci : c’est que sur un capital de 189 milliards, 259 000 personnes possèdent 116 milliards. C’est une puissante concentration de la fortune. Regardez de plus près le tableau : vous constaterez que les successions supérieures à 250 000 francs sont au nombre de 2753, représentant un capital de 32 milliards 543 millions. Multipliez ces chiffres par 36, et il vous apparaît que 79 108 personnes possèdent 91 milliards 548 millions, près de la moitié de la fortune totale de la France. Les successions supérieures à 500 000 francs sont au nombre de 1205 représentant un capital de 1 milliard 990 millions. Multipliez ces chiffres par 36 : vous voyez que 43 000 personnes possèdent à elles seules 71 milliards 640 millions, c’est à dire beaucoup plus du tiers de la fortune de la France. Maintenant regardez, dans le tableau des valeurs successorales de 1904, les deux extrémités, le haut et le bas. Au plus bas de l’échelle dans les successions les plus humbles, entre 1 francs et 500 francs il y a 119 539 successions déclarées, qui représentent un chiffre total de 30 millions. Les successions entre 500F. et 200 F. sont au nombre de  102 785 représentent un chiffre total de 129  millions.

Ainsi, entre 1 F. et 2 000 francs il y a 223 000 successions représentant un capital de 160 millions. Or tout en haut, la même année trois individus laissent des successions supérieures à 50 millions et représentent un capital de 250 millions. Trois individus laissent à eux seuls 90 millions de plus que la masse des 221 000  citoyens dont les successions sont comprises entre 1 et 2 000  francs. Toute cette vaste couche populaire ne suffit pas à faire équilibre à trois personnes. Je continue l’analyse : Les successions comprises entre 2 000 et 10 000 francs, correspondent à toute une catégorie étendue de petite ….. d’artisans aisés, de petits rentiers, de petits propriétaires …. Sont au nombre de 103 157, représentant un capital de 497 millions. Mais si je regarde à l’autre extrémité du tableau, je constate que ceux qui laissent plus de 2 millions et moins de 50 sont au nombre de 167, et que leur capital est de 794 millions. La puissance sociale de ces 167 personnes écrase et déborde de près de trois cents millions la puissance sociale des 163 000  personnes de la petite bourgeoisie et paysannerie propriétaire. Le déséquilibre est formidable. Groupez ces chiffres en haut et en bas et multipliez le par 36. Voici le résultat qui éclate. Il y a dans l’ensemble de la société française, 6 120 individus possédant chacun plus de 2 millions et représentant un capital total de 53 milliards. Il y a dix millions d’individus possédant entre 1 F.  et 10 000  francs et représentant un total de 23 milliards seulement. Dans tous ces calculs, dans ce bilan social je n’ai tenu compte que de ceux qui laissent une succession énorme au minime, je n’ai pas tenu compte de la grosse masse qui ne laisse pas de succession du tout, et qui  n’émerge pas, même du bout du doigt, au-dessus du néant social. C’est là dessus qu’on me chicane. On me dit que j’ai grossi du double le chiffre de ceux qui meurent sans rien laisse, qu’il est en réalité non de 15 millions mais de 7 millions. C’est le chiffre donné par le ministre des finances. Et c’est déjà un chiffre énorme.

Je ne suis pas indiscret en disant que le ministre des finances m’a avoué en avoir été surpris et effrayé. Mais ce chiffre est insuffisant. Il est vrai si on fait abstraction totale des mineurs. Mais de quel droit dans ce bilan social laisse-t-on de côté les mineurs ? Il est bien vrai que les mineurs ne possèdent pas d’habitude et qu’ils meurent sans laisser de succession. Mais l’immense majorité des mineurs qui meurent appartiennent à des familles qui n’ont pas de propriété. Ainsi, même si là ils décident que l’enfant, dès sa naissance reçoit l’attribution d’une partie du patrimoine familial, les enfants des familles prolétariennes le plus souvent n’auraient rien et ne laisseraient rien. Légalement ce  sont des mineurs, socialement ce sont des pauvres et il faut les compter dans la triste masse de ceux qui n’ont rien. Ces fils du prolétariat sont les pauvres par excellence puisque par l ‘effet même de la pauvreté où ils naissent et où ils vivent et sont condamnés à des privations telles que la mortalité infantile est beaucoup plus grande dans la classe ouvrière que dans la classe bourgeoise. Ils serait prodigieux qu’on ne comptât pas parmi les têtes de misère ces pauvres têtes d’enfant fléchés par la mort dans des proportions anormales….. »

 

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