RICTUS Jehan et La poésie Romantique.

RICTUS Jehan et La poésie Romantique.

Vendu

Lettre autographe signée à Anatole Belval-Delahaye.

Quatre pages in-12°. Paris, 13 mars 1908.

« Croyez-moi l’Eloquence rimée (genre Hugo, Richepin, Mendès, Jaurès) est exactement le contraire de la poésie. »

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Description

Jehan RICTUS (1867.1933)

Lettre autographe signée à Anatole Belval-Delahaye.

Quatre pages in-12°. Paris, 13 mars 1908.

Très belle et présomptueuse lettre au jeune poète, Anatole Belval-Delahaye, au sujet de son unique recueil de poésie : La Chanson du Bronze. Rictus il lui expose sa conception du vers moderne, sa vision éclairée de ce qu’est la vraie poésie pour lui, plus proche de François Villon que de celle de Victor Hugo et l’exhorte de s’en rapprocher et de quitter son langage académique.

« Mon cher Confrère, j’ai parfaitement bien reçu votre livre La Chanson du Bronze et je vous en remercie : également merci pour la dédicace bien trop flatteuse qu’il porte : ceci soit dit sans fausse modestie. Evidement vous êtes un poète et il y a une belle volonté dans l’aboutissement de vos efforts mais méfiez-vous de la vieille défroque des Romantiques et des Parnassiens et n’ayez aucune honte de la Langue usuelle et de la simplicité conversationnelle de l’expression. Croyez-moi l’Eloquence rimée (genre Hugo, Richepin, Mendès, Jaurès) est exactement le contraire de la poésie. Vous ne paraissez pas vous en douter une seconde et vous embouchez constamment le buccin d’or de la rhétorique enflammée avec des assommants et trop usés vocables cent mille fois mâchés dégeulés remâchés revomis tels que sommeil, vermeil, rose, chose, aurore sonore et toute l’exécrable quincaillerie qui frappe de mort la Poésie.  Quel tort les Romantiques ont fait à la Beauté, vous ne sauriez le croire, et ceux qui suivent leurs traces risquent si on ne les en fait pas apercevoir, de demeurer tout a fait impuissants, sans aucune action sur leur Epoque. J’ai passé aussi par là n’ayez crainte mais ce qui m’a révélé la voie que je crois nouvelle c’est la lecture des Vieux poètes français et la découverte de la Chanson populaire des Vieux Ages. A ma stupéfaction immense j’ai compris que l’octosyllabe et l’assonance contenaient plus de poésie, étaient un meilleur moyen d’expression que l’Alexandrin éloquent et fougueux. Et j’ai compris que l’octosyllabe était seul adéquat au génie français, qui est d’ordre réaliste, encore qu’on ait bougrement abusé de ce mot. A partir de ce moment je n’ai plus eu peur des mots usuels et prétendus vulgaires et j’ai marché. Seulement j’ai cherché à adapter ce rythme à certains aspects sombres on sais (sic) de mon temps. Et c’est tout. Voyons, vous qui venez du Peuple : Lâchez moi la langue Académique et quittez les brassards, cuissardes, jambières et autre harnais. Autrefois il n’y avait aucun divorce entre la Langue Populaire et la Langue Poétique : c’est bien certain. Encore un fois la Poésie n’est pas un pensum richement rimé mais une Emotion intime transcrite rythmiquement. »