Hans BELLMER – Ensemble de 20 lettres autographes signées au Docteur Ferdière.  

Hans BELLMER – Ensemble de 20 lettres autographes signées au Docteur Ferdière.  

18 000€

Correspondance autographe signée au Docteur Gaston Ferdière.  

Saisissante et poignante correspondance (vingt lettres / quarante pages manuscrites) adressée par Hans Bellmer à son psychiatre Gaston Ferdière (qui suivit également Antonin Artaud à Rodez). L’artiste allemand s’y livre sans fard, évoquant ses addictions, ses peurs, tout en étant parallèlement conscient de l’intérêt de ces pages pour la compréhension de son œuvre.

Description

Hans BELLMER (1902.1975)

Correspondance autographe signée au Docteur Gaston Ferdière.  

Exceptionnel ensemble de vingt lettres autographes signées, une lettre dactylographiée signée, une carte et une note autographe signée, soit plus de quarante pages manuscrites de l’artiste franco-allemand.

Divers formats in-8°, in 4°. Toulouse, Paris, Andilly. 3 février 1948 – 4 décembre 1965.

Saisissante et poignante correspondance adressée par Hans Bellmer à son psychiatre Gaston Ferdière (qui suivit également Antonin Artaud à Rodez). L’artiste allemand s’y livre sans fard, évoquant ses addictions, ses peurs, tout en étant parallèlement conscient de l’intérêt de ces pages pour la compréhension de son œuvre.

Ces pages manuscrites nous offrent une plongée passionnante dans l’univers psychique et artistique de Bellmer. Il est question bien sûr de psychiatrie mais aussi d’art, de création, de surréalisme, de peur, d’érotisme, de Max Ernst, ….

La correspondance débute au lendemain de la Libération autour d’un projet de publication (qui n’a jamais vu le jour) initié par Gaston Ferdière, médecin-chef de l’hôpital psychiatrique de Rodez (où il traitait Artaud). Anticonformiste, le psychiatre fréquentait depuis les années 30 les Surréalistes, s’intéressant particulièrement aux perversions et à l’érotisme de Bellmer. À ces premiers échanges, succède une période de silence d’une quinzaine d’années, en raison, sans doute, du déménagement de Bellmer à Paris.

Leurs contacts reprennent en décembre 1963 à l’occasion d’un vernissage de Bellmer à Paris où le médecin s’était lui aussi installé en 1961. Bellmer assiste à une conférence du psychiatre à Sainte-Anne consacrée à Raymond Roussel et lui offre un exemplaire de tête de son Anatomie de l’ image, « Un livre capricieux et quand même de bon aloi » (2 février 1964).

Leurs échanges reprennent ensuite le 3 octobre avec cet “appel S.O.S.” de Bellmer : « Ma dépression a commencée Noël 1959 (mort de ma mère à Berlin – Je l’ai surmontée (travail) jusqu’au premier internement d’Unica (à Berlin). – Puisque je ne suis pas particulièrement paranoïaque ou schizophrène, j’ai utilisé l’alcool. Depuis des mois je ne travaille plus (alcool et romans-policiers et barbituriques) ». Il demande à faire d’urgence une cure de désintoxication à Paris, car la maison Denoël compte lui consacrer un ouvrage important. Son « organisme ne résisterait pas à la cure de cheval d’usage ».

Après un entretien, et l’organisation de son traitement en maison de repos, Bellmer ajoute : « Inutile de vous dire que j’appartiens à la catégorie des cas, qui, plus ou moins inconsciemment, ne veulent pas (plus) être guéris » (6 octobre 1964).

Le 16 octobre, installé aux « Orchidées » à Andilly, Bellmer se préoccupe du sort d’Unica, également internée, et de ses œuvres exposées par le galeriste Jean Hugues au Point Cardinal : « Ce qui m’effraye dans un sens plus général, c’est qu’Unica est comme magnétiquement attiré vers des marchands, qui ont cyniquement profité de sa maladie. Et elle ne l’ ignore pas du tout ! […] Unica imagine que Max Ernst la protégera contre cette galerie, qui vit, essentiellement, de la vente Max Ernst. – Là, Unica se fait des illusions, malheureusement »

Une extraordinaire, longue et poignante mise à nu de l’artiste s’ensuit dans la lettre des 1er et 2 novembre 1964. Bellmer y esquisse une anamnèse et fait le point sur son œuvre. « Ce qui me chiffonne ? – Eh bien, comme tout le monde, je voudrais aimer et être aimé. Cela va de soi. Ce qui est plus inquiétant, c’est que les conditions d’atteindre ce but un peu très absolu, ne sont pas très favorables pour moi en ce moment, à cause de mon âge, de ma condition physique et psychique, et, encore, de mon caractère qui me rends de moins en moins supportable à d’autres personnes et pas seulement à Unica (qui se prend en état de crise ascendante ou descendante pour un frigidaire). Pour être plus bref : sans une présence féminine ou, au moins l’espoir d’en avoir une dans un avenir rapproché, mon envie de travailler, disons de dessiner, est inexistante, comme est inexistant pour le moment (le traitement médical) tout désir sexuel. Quoique je sois bien loin de considérer l’érotisme, je veux dire le délire réciproque, comme un élément tout à fait prépondérant de cette complexité que l’on appelle l’Amour, le fait est que l’ érotisme allant bien souvent jusqu’au «scandaleux» prédomine totalement dans mon travail et dans mon envie de travailler. – Même devenu vieillard, totalement solitaire et impuissant, je me sentirais chez moi – tout comme Lautrec – dans des maisons publiques. L’ambiance, son parfum, et son esthétique scandaleuse, improbable, me donnerait certainement envie de faire de beaux dessins ou tableaux. – mais il n’y en a plus depuis Hitler + Pétain ! […] De toute façon j’ai peur de cet hiver. Une chambre d’ hôtel impersonnelle – à prendre la fuite ? Pour aller où ? Chez qui ? Pourquoi faire ? Et le danger de la solution facile, pauvre : l’alcool ? Sans avoir un chez-moi. Je répète : j’ai peur ! »

Il évoque ensuite la mort de sa première femme de la tuberculose à l’âge de 30 ans, leur vie commune à Berlin et la première crise d’Unica : « …en état de crise, [elle] sait être glacialement mordante vis-à-vis de moi, blessante au maximum. Avant la première crise je lui avais répondu de la même façon, comme on réponds à quelqu’un qui qui vous blesse volontairement avec un certain plaisir. – Cette dernière fois, à l’Ile de Ré, je ne réagissait pratiquement pas, la sachant malade. J’ai réussi ainsi à l’aide du vieil ami Berchotteau de la faire accepter sous hospitalisation libre, tout en refusant catégoriquement de demander son internement. »

Bellmer parle également de son deuxième mariage à Castres, de ses deux filles jumelles perdues de vue depuis leur quatrième année et des amies parfois très précieuses qu’il a eues depuis : « toutes avaient environ 15 ans de moins que moi, à une ou deux exceptions près, mais cela n’étaient pas des cas allant très en profondeur ».

Puis, il revient sur le cas d’Unica – « Reste donc à savoir que j’ai flairé tout de suite (1953, automne, Berlin Ouest) dès la première rencontre (vernissage) en Unica une victime” – et son œuvre, son “don remarquable de dessin automatique soutenant une «mélodie» graphique sans rupture.” Ses écrits dévoilaient “une sensibilité, un don littéraire et une force de création frappants ».

L’internement d’Unica à Berlin, auquel il n’était pas préparé, l’a poussé dans l’alcool. Et Bellmer de conclure : « Je ne suis pas particulièrement exposé à la menace psycho-pathologique. […] Je suis devenu d’une méfiance, d’une prudence strindbergienne, sans abandonner pour cela mon goût du scandaleux érotique. »

Conscient de l’intérêt de ces « 9 pages de texte serré », il demande au docteur Ferdière de “conserver ces lettres qui me concernent pour le cas (Éd. Denoël) qu’un écrivain de valeur désirerait étudier mes données personnelles de près.” Dans les lettres suivantes, il est question de sa cure de désintoxication – le sevrage de l’alcool s’avérant moins pénible que celui de la cigarette : « Quand on fume 80 cigarettes environ par jour depuis 30 ans on ne descend pas d’un jour à l’autre à 16 cigarettes. » Il revient également sur « la question «contagion» par Unica (ou «transfert») je crois que je crois avoir tout dit : augmentation rapide de mon désir de m’intoxiquer et, cela va sans dire, l’augmentation de ma peur (désir ?) de la solitude ».

À partir du 18 novembre, l’état psychique d’Unica occupe de nouveau toute la place dans sa correspondance. Il s’y inquiète de sa relation avec Jean Hugues, retranscrivant notamment un entretien avec elle sous forme de dialogue (20 novembre 1964).
À partir du 4 décembre, leurs échanges se raréfient et se terminent par quelques mots brefs à la fin de l’année 1965.

La correspondance a été publiée aux éditions Séguier en 1994 (Hans Bellmer, Unica Zürn, Lettres au docteur Ferdière).

  

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