Guy de MAUPASSANT – « Je vis comme une brute, délicieusement rôti par le soleil, déjà noir comme un arabe, et rêvassant comme un vieux poète. »

Guy de MAUPASSANT – « Je vis comme une brute, délicieusement rôti par le soleil, déjà noir comme un arabe, et rêvassant comme un vieux poète. »

4 500€

Lettre autographe signée à la Comtesse Emmanuela Potocka.

Six pages in-8°. Nice (mi-juin 1890)

Très belle lettre de Maupassant décrivant ses flâneries, les joies du voyage et de la solitude.

« Je vis comme une brute, délicieusement rôti par le soleil, déjà noir comme un arabe, et rêvassant comme un vieux poète. »

 

Description

Guy de MAUPASSANT (1850.1893)

Lettre autographe signée à la Comtesse Emmanuela Potocka.

Six pages in-8°. Nice (mi-juin 1890)

« Je vis comme une brute, délicieusement rôti par le soleil, déjà noir comme un arabe, et rêvassant comme un vieux poète. »

Très belle lettre de Maupassant décrivant ses flâneries, les joies du voyage et de la solitude.

« Madame, Je passe des heures à vous plaindre, car je pense souvent à vous, à vous plaindre de n’avoir pour horizon que les maisons de la rue Balzac ou les fiacres des Champs-Élysées quand vous sortez pour vous promener. Mais comme vous devez me plaindre de la même façon, nous ne pouvons qu’échanger des étonnements sympathiques. Je ne vais pas en Espagne. La mer est trop calme : la traversée durerait un mois. J’aime mieux faire le voyage entier une autre fois. Je vais en Savoie, patrie de l’ami Gervex et des marmottes. J’ai envie de grimper sur les montagnes. La mer est trop plate et même trop luisante pour mes yeux en ce moment. Si vous aviez le bon mouvement de me dire un petit bonjour sur du papier, votre lettre adressée à Aix-les-Bains, me rejoindra par les soins de mon ami Cazalis (poste restante). Je vis comme une brute, délicieusement rôti par le soleil, déjà noir comme un arabe, et rêvassant comme un vieux poète, comme doit rêver Grenier, quand il rêve. Je viens de passer huit jours près de ma mère qui me charge de la rappeler à votre souvenir. Maintenant je compte en passer quelques-unes avec moi tout seul. C’est un plaisir que peu de gens comprennent et que je goûte beaucoup. Il fait ici une chaleur équatoriale. J’aime ça. Je désire une maison d’orient avec la mer sous les murs, des fontaines d’eau froide dans des cours de marbre, et des femmes dans un harem. Oui, en ce pays, les femmes dans un harem sont nécessaires, car la grande chaleur, vraiment pousse beaucoup aux sentiments. Je reçois de nombreuses lettres de Paris sous la forme d’invitations à dîner. J’ai l’impression qu’on tire sur moi avec des balles de liège. Dieu que je m’étonne que vous puissiez rester toujours là-bas vous qui buvez pourtant volontiers de l’eau de Lourdes dans les chapelles de La grand’ route. Quel joli voyage on ferait avec vous. Hier j’ai parcouru un très beau vallon plein de moulins à huile, en causant avec chaque meunière, et chaque meunier. J’ai fait rougir deux belles filles par des compliments, et j’ai tout à fait grisé, avec de l’eau de la Salette (dit eau de vie) un respectable aïeul rencontré au milieu de ses petits enfants, à la porte d’un cabaret. Je suis entré dans un couvent et j’ai raconté à un inexprimable moine, (une barbe dans une robe brune ficelée avec une corde,) que j’étais un grand pécheur sur le point de me convertir. Nous étions assis à la porte de la chapelle miraculeuse du « Val obscur » où se gîte une petite communauté dont le seul échantillon, avec qui j’ai eu cette conversation, est d’une inconcevable stupidité et m’a fait bien augurer des autres. Il voulait absolument me confesser, pour avoir sans doute le récit complet de mes fredaines. Je lui ai donné vingt francs. Alors j’ai cru qu’il allait me baiser la main et me demander l’absolution. L’humanité, à son point de départ est tout aussi drôle et plus amusante que dans le factice des villes qui n’y change rien et la rend moins pittoresque. Rien ne m’amuse autant que ces excursions solitaires où je fais des blagues tout le long de la route en causant avec tout le monde. Je suis sûr que ça vous amuserait aussi. Je pense cependant que je serai revenu à Paris le 24 ou le 25 juin, car il faut déménager. Voulez-vous dire à Schlumberger que je touche à la fin de son article que je rapporterai car j’aime mieux parler à Magnard que lui écrire. Que notre ami ne m’en veuille pas de ce long retard. Je ne suis guère en état d’écrire car mes yeux sont très malades sans amélioration. À Bientôt, madame. Vous revoir m’est toujours un grand plaisir. Il compte beaucoup parmi les très rares que j’ai. Cela est tout à fait vrai. Croyez-le, et donnez moi vos mains que je les baise en ami très fidèle et très dévoué. »

 

 

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