Guy de MAUPASSANT – Longue lettre autographe signée sur son voyage en Algérie.

Guy de MAUPASSANT – Longue lettre autographe signée sur son voyage en Algérie.

4 500€

Lettre autographe signée à la Comtesse Emmanuela Potocka.

Six pages in-8°. Enveloppe autographe, oblitérée.

Hammam R’Hira (Algérie). Jeudi main (29 novembre 1888).

« Je vis tout simplement comme une brute primitive. »

Description

Guy de MAUPASSANT (1850.1893)

Lettre autographe signée à la Comtesse Emmanuela Potocka.

Six pages in-8°. Enveloppe autographe, oblitérée.

Hammam R’Hira (Algérie). Jeudi main (29 novembre 1888).

« Je vis tout simplement comme une brute primitive. »

«  Madame, je vous ai envoyé une première fois des oranges détestables. Elles avaient pour excuses d’être les premières apparues sur le marché d’Alger. Je vous ai fait depuis un second envoi qui devait être un peu meilleur. Je n’y ai pas joins d’autres fruits, sachant que vous avez cette passion de l’orange et ne vous connaissant pas d’autres goûts. Je mène ici une vie qui vous étonnerait bien, car vous n’avez jamais voulu me voir tel que je suis et vous me croyez l’âme et le cœur – je n’en ai qu’un – pleins de complications qui n’y sont pas. Je vis tout simplement comme une brute primitive. Depuis quelques jours, je marche devant moi, mon fusil sur le dos, escaladant des montagnes rousses comme des peaux de lion, pour descendre ensuite en des ravins boisés et touffus, avec des arbres emmêlés par des lianes impénétrables, comme on raconte que sont les forêts vierges. De temps en temps, un chien aboie et je rencontre une hutte de branche dont sortent un homme en burnous, une femme pâle qui a des étoiles bleues tatouées sur le front, les joues et le menton, et deux ou trois enfants vêtus de loques bleues ou rouges. J’entends peu à peu la voix du chien qui s’affaiblit derrière moi, je sors du ravin et du bois et je gravis de nouveau le dos rond et rocheux d’une cote brulée. C’est tout. Je regarde des couchers de soleil. De temps en temps aussi, un chacal se sauve dans les pierres ou une hyène qui boite en fuyant. Et oui, c’est tout. Et je ne sais rien de rien du monde. Et je pense cependant, tout en marchant, à ceux qui sont là bas, bien loin. Je pense à eux longuement ; je leur dis des choses qu’ils n’entendent pas, j’écoute leurs réponses qu’ils ne feront point. Je les aime beaucoup et ils me le rendent. Je voudrais être sûr qu’il en fut ainsi en réalité. Oui, madame, j’ai eu avec vous bien des conversations que vous ne savez pas et que vous ne saurez jamais, en cherchant mon chemin dans les fourrés ou en montant lentement les étroits et rapides sentiers de pierres. Si j’aime tant voyager tout seul, c’est peut-être parce que je me sens, dans cet isolement, plus près de ceux qui me plaisent, de ceux que je ne vois, avec qui je ne cause, quand je suis près d’eux, que trop peu, et mal. J’emporte mon monde avec moi, quelques-uns, quelques-unes, très peu, et j’arrive dans ces excursions solitaires à une confiance, à une intensité délicieuse avec eux, avec elles. Cette intimité ne va jamais trop loin. Je ne déshabille pas en route. Vous allez encore me traiter de blagueur. Car il en est ainsi toutes les fois où je vous dis la vérité. Et cela ne m’engage pas à être sincère avec vous. Je le suis pourtant. Je pars demain, toujours à pied, pour la forêt de cèdres de Teniet el Haad qu’on dit être une des plus belles du monde. Je reviendrai dans une dizaine de jours à Alger avant de partir pour la Kroumirie. Je serais très heureux si je pouvais trouver en cette ville, à la poste restante un peu de votre écriture sur une enveloppe, et dedans. Voulez-vous me donner cette joie ? »

 

Avis

Il n’y pas encore d’avis.

Be the first to review “Guy de MAUPASSANT – Longue lettre autographe signée sur son voyage en Algérie.”