Guy de MAUPASSANT – « Je me sens des besoins d’intimités affectueuses que j’ignorais, il y a quelques années.»

Guy de MAUPASSANT – « Je me sens des besoins d’intimités affectueuses que j’ignorais, il y a quelques années.»

3 500€

Lettre autographe signée à la Comtesse Emmanuela Potocka.

Belle et longue lettre intime de Maupassant.

« Je me sens des besoins d’intimités affectueuses que j’ignorais, il y a quelques années.»

Description

Guy de MAUPASSANT (1850.1893)

Lettre autographe signée à la Comtesse Emmanuela Potocka.

Cinq pages in-8°. Plombières. Maison Rossignol. (Vers la fin de juillet 1890).

« Je me sens des besoins d’intimités affectueuses que j’ignorais, il y a quelques années.»

« Madame, Entre une douche et un bain, entre une conversation avec Édouard Kann et une promenade solitaire, je m’assieds à ma table et j’aperçois en face d’une feuille de papier blanc, un beau visage aux yeux moqueurs qui me regardent, dans une vision. C’est le vôtre. Et je lui dis bonjour de tout mon cœur, et une envie de bavarder me vient, qui grandit en supplice, car je ne peux pas écrire à ces yeux là tout, tout ce que je raconterais à leurs voisines, les oreilles. Écrire est long, et le papier n’est pas fait pour le potin. Il est fait de porter de loin, aux gens qu’on aime, les pensées qu’on gardait en soi pour elle. Depuis que je vous ai quittée, j’en ai rencontré beaucoup en moi, de ces pensées-là, qui vous sont très dévouées et très attachées. Je vieillis, décidément. Je me sens des besoins d’intimités affectueuses que j’ignorais, il y a quelques années. Je sens que je me rapproche des êtres – Oh pas de tous – de certains êtres, avec des velléités expansives et je ne sais quelle inquiétude encore d’homme peu habitué à s’épancher.Voilà. Je ne vous raconterais point cet état bizarre de mon âme de vieux garçon, si vous n’étiez pour beaucoup dans l’éclosion de cette faculté. Je n’ai pour m’épancher ici qu’Édouard qui me parle de son intestin. Il me parle d’autre chose aussi, car il est, par moments, après dîner, très bavard. J’ai été obligé de faire un règlement établissant nos rapports. Voici ce règlement. Je me promènerai toujours seul parce que, moi, je pense. Nous dînerons ensemble parce que je ne pense pas en mangeant. Vous pourrez parler de vos affaires, après dîner. Il s’y conforme. C’est d’ailleurs un brave garçon, très affectueux pour les siens, si simple que sa société ne me gêne pas. Il fait tout ce qu’on veut. J’ai trouvé ici des belles dames. Elles sont parties. Une surtout m’a plus beaucoup ; mais je ne l’ai vue que trois jours, et mon impression n’est pas un jugement. C’est Madame de Sainte Suzanne, fille de la dssede Noailles. Je suis réduit maintenant à la seule Mmede Berckheim, qui d’ailleurs est très gentille bien que peu joli. J’ai pour me distraire cérébralement Forain qui est vraiment un des personnages les plus drôles de Paris. Ah quel fruit de trottoir exquis. Le jus de la blague parisienne est en lui à la place de sang. J’ai aussi, pour mes yeux, sa maîtresse, un peintre femme de vingt-cinq ans, dont la figure est charmante. Nous dînons presque tous les soirs ensemble, avec Kann, et nous parlons d’Art, ou d’autre chose.Mon traitement sera fini dans une douzaine de jours. Je passerai donc bientôt par Paris car je file aux Pyrénée. Ce pays-ci, (les Vosges) est trop froid pour moi. Si le traitement me fait du bien il faut aller en attendre le vrai résultat dans un climat plus sain et moins humide. Je vous verrai donc bientôt, madame. C’est avec joie que je le sais, que j’y pense, que j’attends ce moment, et je mets sur votre main, dans un baiser très prolongé tout mon dévouement amical et profond.»

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