Georges ROUAULT, la peinture et les affres de la création artistique.

Georges ROUAULT, la peinture et les affres de la création artistique.

1 400€

Lettre autographe signée à l’un de ses commanditaires.

Longue et passionnante lettre de Rouault sur les affres de la création artistique.

« Comme si le bonheur ou la lumière pour les uns ou les autres dépendait de ma misérable cervelle. Voilà pourquoi la vie tant et tant me pèse. »

Description

Georges ROUAULT (1871.1958)

Lettre autographe signée à l’un de ses commanditaires.

Huit pages in-8°. Slnd.

« Comme si le bonheur ou la lumière pour les uns ou les autres dépendait de ma misérable cervelle. Voilà pourquoi la vie tant et tant me pèse. »

Longue et passionnante lettre de Rouault sur les affres de la création artistique.

« Cher monsieur et ami, Je ne sais comment m’excuser. Je ne voulais ni vous écrire, ni vous voir, mais vous adresser ce que je vous avais promis – en oubliant de vous dire bien que passant pour un homme habile j’étais un pauvre type bien loin d’être le virtuose qu’on croit et que si je ne voulais pas me f… des gens et me contenter, alors les dates n’avaient plus grande importance. Voilà ce que j’eusse du vous dire. Il m’eut été facile de vous satisfaire à peu près. C’est ce qu’on fait généralement mais dès qu’on dépasse une certaine limite on ne sait plus ? Il faudrait m’enlever de force la chose des mains. Je vous avais bien annoncé une date d’envoi mais heureusement la personne qui devait faire la transaction n’était pas là. J’ai eu le malheur de revoir, de reprendre … alors … nous n’en sortons plus. Ce qui complique tout pour moi c’est un mauvais état de santé par surmenage, autrement les choses iraient mieux. Je me tourmente inutilement souvent autant pour mes amis que pour moi-même ; je prends à cœur leurs ennuis que bien souvent je suis impuissant à soulager ; ils prétendent que je suis d’assez bon conseil – j’en doute et même de plus en plus car j’ai l’esprit de moins en moins libre par de multiples soucis qui nous assaillent tous, mais que nous prenons plus ou moins à cœur. Je vais être obligé d’être plus attentif en ce qui me concerne et de moins me dépenser, pour vous cher monsieur Bois. Vous êtes le plus discret et patient homme que je connaisse. Est-ce là une raison pour en abuser ? je ne le pense point et j’ai bien le regret de sembler être si léger quand c’est bien le contraire et le souci de mieux faire qui me hante. Je ne regrette rien car vous avez dès maintenant une chose supérieure à celle que vous auriez eue en juillet. De plus, souffrant comme je suis souvent, j’ai prévenu ma femme et si je venais à disparaître, elle sait mes désirs et l’ordre des choses (…) Vous aurez droit vu l’attente : 1° au nu commandé et désiré voilà dix ans et plus ; mais je vous le dis sans récrimination aucune (cela venant exclusivement de mes exigences picturales), il m’a donné tant de mal. Le résultat est-il en proportion de l’effort ? ce n’est pas à moi de le dire, ni même à le savoir. 2° à un petit profil grand comme deux fois la main – pour cette attente inconvenante certes – que j’offre à Mme Bois. Seulement il faudra faire arranger cette petite tête qui est sur une feuille volante. Mon souci c’est de tout vous livrer le plus vite possible. Je suis indisponible en ce qui me concerne mais je pense vous faire parvenir le tout pour votre nouvelle année, vers le 20 décembre peut-être ? mais si vous ne voyez pas encore venir à cette date, cela ne tardera pas. Je suis devenu le juif errant. Je m’occupe, en plus des travaux que j’avais déjà, d’une fontaine Cézanne à ériger à Aix en Provence. Cette vie m’est bonne car je suivais au dire des médecins une voie bien dangereuse. Je vais par voies et chemins pour le choix de la pierre et diverses autres manigances de haut-vol. Ce n’est pas mauvais avant l’heure de la retraite de voir un peu et d’emmagasiner de belles images bien vraies sous sa rétine. J’ai été depuis deux ans par un travail assidu trop sur les mêmes sujets et dans le même cercle. De plus ayant cette renommée plus ou moins justement établie d’être «tragique» on ne fait depuis que je suis né que me plonger (…) dans ce même cercle où j’évolue déjà dans mon art. Quand au contraire je devrais voir quelques innocents clowns ou charlot on m’étrangle et on me met en face de ce que j’ai toujours jour et nui présent à l’esprit. Je veux dire le tragi-comique de la vie mais d’un point de vue trop particulier et individuel. Je ne suis pas le Père Rouault confesseur et c’est à ne pas croire avec ma tête plutôt hargneuse ou pour le moins dédaigneuse. Combien depuis que j’ai pu parler et bégayer les directives intérieures qui me furent demandées avec tendresse ou violence. Comme si le bonheur ou la lumière pour les uns ou les autres dépendait de ma misérable cervelle. Mais j’ai le tort d’être trop sérieux et de prendre tout au sérieux. Voilà pourquoi la vie tant et tant me pèse. Excusez ces dissertations fantaisistes malgré les apparences. Pensez à mon secret désir de très bientôt vous satisfaire. »

 

 

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