Georges ROUAULT – Extraordinaire lettre enrichie d’un dessin du Christ.

Je compte vous faire passer avant « Les Fleurs du Mal »”

9.500

Georges ROUAULT (1871.1958)

Lettre autographe signée à son ami André Suarès.

Quatre pages in-4°. (Juillet-août) 1930.

 

Superbe lettre enrichie d’un dessin de l’artiste figurant le visage du Christ, sujet emblématique de l’œuvre de Rouault.

Passionnant document au sein duquel Rouault évoque son retard à livrer ses peintures auprès d’Ambroise Vollard et ses illustrations des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire.

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« Excusez-moi mon cher Suarès, je suis après ce pénible accident, vous devez bien le comprendre, tellement en retard avec tout ce que j’ai pu entreprendre autrefois. De plus, j’ai de plus en plus le souci de la reprise des peintures pour A.V (Ambroise Vollard) indéfiniment remises depuis 9 ans à cause des ouvrages. Je viens donc de conclure avec A.V. lui-même, inquiet pour les débours faits depuis si longtemps un arrangement. J’ai dû bien à contre cœur prendre date. Je ne dois pas oublier qu’il a attendu 8 mois après moi et que rien n’a été fait de bon pendant ma maladie. Je compte vous faire passer avant « Les Fleurs du Mal », 30 bois à faire pour Cirque ; peut-être autant pour Passion ; plus 60 à 70 pour les Fleurs du Mal. Cela fera 130 à 150 choses qui doivent être prêtes vers février-mars, si je n’avais que cela, mais …. (…) Si j’avais su où tout cela m’amènerait, me conduirait, j’eusse accepté la moitié moins d’ouvrages. Plaignez-moi comme je vous plains – en autre sens- vous le savez bien – et n’en doutez jamais et si vous voulez me donner une preuve d’affection, faites appel à ma bonne volonté si vous avez besoin de moi – sous tous rapports – mais cet affreux temps me dévore comme cet horrible feu l’a fait il y a un an. J’ai encore des petits retours offensifs d’oedèmes mais c’est peu comparativement, et je sais comment me soigner, ce qui est quelque chose, et je me soigne … ce qui est bien ennuyeux, mais il est encore plus pénible d’être malade. Dès que je vais voir une éclaircie, comptez sur moi, vous serez prévenu. »

Les cinq dernières lignes de la lettre sont biffées.

Rouault dessine le visage du Christ en pleine page, le signe de ses initiales, et précise sous son œuvre : « J’ai fait un horrible pâté la lettre terminée au milieu de cette page, alors j’ai cherché à m’en tirer comme j’ai pu. »

 

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Nous joignons une copie de lettre d’Isabelle Rouault, fille de l’artiste, authentifiant le document en en précisant la date et expliquant l’accident survenu à son père en janvier 1930 : « Déguisé en Père Noël pour amuser des enfants, le feu a pris à ses vêtements et ses mains ont été atteintes – Il a fallu des mois à mon père pour se remettre. »

En 1911, à l’occasion d’un article d’André Suarès sur Ingres, Georges Rouault écrivit à celui-ci. De ce jour date une amitié qui dura plus de trente années. Leur correspondance est publiée chez Gallimard.

 

 

 

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