George SAND - Lettre autographe signée à V. HUGO. Les MISÉRABLES.

Lettre autographe signée à Victor Hugo.

George Sand s’émerveille de la puissance du chef d’œuvre de Hugo, Les Misérables, gommant ainsi les larges critiques émises dans sa lettre du 17 avril.

« Soyez tranquille au fond, vous tenez dans vos mains un grand courant des destinées de notre époque.»

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George SAND (1804.1876)

Lettre autographe signée à Victor Hugo.

Quatre pages in-8° sur papier à son chiffre.

Nohant, 6 mai 1862.

« Soyez tranquille au fond, vous tenez dans vos mains un grand courant des destinées de notre époque.»

George Sand annonce à Hugo le mariage de son fils Maurice, puis s’émerveille de la puissance du chef d’œuvre de Hugo, Les Misérables, gommant ainsi les larges critiques émises dans sa lettre du 17 avril.

 

«  Maître, Je croirais manquer à l’affection qui vous est due, et que je vous dois pour mon propre compte, si je ne vous faisait part de mes évènement domestiques. Ils sont toute ma vie, à moi, et si haut que vous soyez, vous avez prouvé plus que personne que vous mettiez dans votre cœur et dans vos instincts la famille bien au-dessus de la gloire. Mon fils se marie, il épouse Mlle Calamatta fille aimable et charmante d’un de mes plus anciens et plus chers amis. Nous nous connaissons tous les quatre, elle depuis qu’elle est née, les trois autres depuis trente ans. Nous avons donc de la joie sans crainte et de l’émotion sans douleur. Nous sommes très heureux dans l’attente et la foi d’une vie d’amour et de confiance réciproque. Si la destinée nous trahit, ce ne sera la faute d’aucun de nous, car nous n’avons pas sacrifié aux faux dieux de cet âge d’airain, qui ne sont qu’orgueil, mensonge et cupidité. Vous pensez bien, cher Maître, qu’on vous relit plus d’une fois. Chacun dans la famille veut vous lire seul d’abord et puis on en parle et puis on lit ensemble. Ceux-ci aiment mieux une face, une situation, ceux-là un autre aspect du tableau. Moi je crie parfois contre un peu trop de christianisme à cause de l’heure où nous vivons, et où il faut nous tenir à quatre contre les fallacieux qui exploitent la doctrine. Mais on me relit la mort du vieux constitutionnel, autre face grandiose de l’œuvre et puis, ces discussions que vous soulevez sont une grande preuve de votre autorité. On discute les actes des souverains et ceci est bien autre chose qu’une royauté d’un jour. Soyez tranquille au fond, vous tenez dans vos mains un grand courant des destinées de notre époque, le courant qui nous précipite tous, les dociles comme les rebelles, vers les rivages où l’on n’échoue que pour fonder. Croyez, cher Maître, à mes sentiments bien profonds et bien dévoués. George Sand. Nohant 6 mai 1862. Si Madame Hugo est retournée près de vous, offrez-lui tous mes compliments affectueux. Vous devez avoir appris avec plaisir l’éclatant succès que vient d’obtenir Paul Meurice. C’est un de vos disciples les plus dévoués et un grand talent avec un noble cœur. Pour ces trois raisons, j’ai signé avec lui la pièce. »

  

Ce même 6 mai 1862, Hugo prit la plume pour se désoler auprès de Sand de sa lettre critique envers Les Misérables du 17 avril : « Votre lettre m’a attristé… ». Les courriers se croiseront. Le 11 mai, Sand écrit finalement à Hugo son admiration ; puis le 18, Hugo revient sur ce malentendu littéraire : «  Il est doux d’être blessé par les déesses quand c’est par elles qu’on est guéri. Merci de vos deux lettres exquises et bonnes…. »

 

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