FREUD écrit à ZWEIG sur la montée du nazisme.

FREUD écrit à ZWEIG sur la montée du nazisme.

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Lettre autographe signée, en allemand, à Stefan ZWEIG.

Une page ½ in-4° à son en-tête : « Prof. Dr Freud – Wien IX, Berggasse 19. »

Vienne. 17 novembre 1937. Enveloppe autographe, timbrée et oblitérée.

« Mon travail se trouve derrière moi, comme vous le dites vous-même et personne ne peut prédire comment celui-ci sera jugé dans les temps futurs. L’avenir proche semble plutôt sombre, ce sera le cas pour ma Psychanalyse, également. »

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Description

Sigmund FREUD (1856.1939)

Lettre autographe signée, en allemand, à Stefan ZWEIG.

Une page ½ in-4° à son en-tête : « Prof. Dr Freud – Wien IX, Berggasse 19. »

Vienne. 17 novembre 1937. Enveloppe autographe, timbrée et oblitérée.

« Mon travail se trouve derrière moi, comme vous le dites vous-même et personne ne peut prédire comment celui-ci sera jugé dans les temps futurs. L’avenir proche semble plutôt sombre, ce sera le cas pour ma Psychanalyse, également. »

Poignante lettre de Freud remerciant Zweig pour l’envoi de son Magellan (cf lettre du 15 novembre 1937), et s’inquiétant de la montée du Nazisme et par conséquence, du destin de sa Psychanalyse.

« Cher Docteur! Je ne saurai dire si votre chère lettre m’a causé plus de joie ou plus de douleur. Comme vous, je souffre des évènements de notre époque, et comme vous, je ne trouve pour seule consolation que le sentiment d’appartenir au même cercle qu’un petit nombre d’autres personnes, dans la certitude que les mêmes choses nous sont restées chères, et que nos mêmes vertus semblent incontestables. Mais, en tant qu’ami, je pourrais vous envier cette faculté que vous avez de vous défendre avec un admirable travail. Puissiez-vous réussir encore et encore! Déjà, j’aime votre «Magellan».  Mon œuvre se trouve derrière moi, comme vous le dites vous-même et personne ne peut prédire comment celle-ci sera jugée dans les temps futurs. Le doute, vous le savez, est inséparable de la recherche et, je ne suis pas certain, moi-même, que plus d’un minuscule fragment de vérité ait été découvert. L’avenir proche semble plutôt sombre, ce sera le cas pour ma Psychanalyse, également. Quoi qu’il en soit, il ne s’augure rien d’agréable dans les semaines ou mois qu’il me reste encore à vivre. Contrairement à ma volonté, je cède à la lamentation. Je pense, que je voulais me rapprocher de vous humainement, ne voulant pas être célébré comme un rocher dans la mer, contre lequel la houle se précipite en vain. Mais même si mon opposition reste silencieuse, cela reste une opposition et – impavidum ferient ruinae*. J’espère que vous ne me ferez pas attendre trop longtemps avant la lecture de vos prochains beaux et courageux ouvrages. Sincèrement vôtre, Votre vieux Freud. » * Horace. Odes 3.3.7-8: (Si fractus illabatur orbis,/ impavidum ferient ruinae): « La voûte du ciel s’écroulerait que ses débris le frapperaient sans l’émouvoir».

 

Le 15 novembre 1937, Zweig écrivait à Freud :

Cher Professeur, je ne veux vous dire qu’une chose, le bonheur que j’ai eu à voir votre écrit, et l’amour et la fidélité avec lesquels je pense à vous (…) Je ne peux vous dire combien je souffre de cette époque ; un Dieu mauvais m’a donné le don de prévoir bien des choses, et ce qui fait irruption maintenant, je le sens dans mes nerfs depuis quatre ans déjà (…) Vous recevrez ces jours-ci un autre livre corollaire, le « Magellan » ; mais je travaille à un roman psychologique très difficile mais pas long, qui s’intitulera « la Pitié dangereuse » (…) Le vrai livre qu’il faudrait écrire serait la tragédie du judaïsme, mais je crains que, quand bien même on la porterait au sommet de l’intensité, la réalité ne surpasse encore notre imagination la plus débridée. Vous avez une consolation : vous avez fait votre œuvre, inoubliable et inébranlable, vous avez prouvé que nous n’étions pas tout à fait inutiles même si l’on n’entend peut être pas ce que nous disons ; il reste cependant le devoir de tenter de faire de son mieux. Lorsque je pense à Vienne et que je suis triste, je pense à vous. D’année en année, votre rigueur sombre me semble plus exemplaire, et je me sens lié à vous avec toujours plus de gratitude. »

Sigmund Freud et Stefan Zweig ont maintes fois témoigné de leur admiration réciproque. Entre eux, voit-on se former d’année en année, entre novembre 1908 et septembre 1939, un lien subtil autant que pérenne de trois décennies. Du côté de Zweig, on constate une profonde admiration pour la contribution de Freud au savoir de l’homme ; du côté de Freud, une réelle considération envers le travail d’écriture et l’acuité de l’observation de la « vie psychique ». Chez Zweig il y a le sentiment d’une dette profonde vis-à-vis de Freud : « J’appartiens à cette génération d’esprits qui n’est redevable presque à personne autant qu’à vous en matière de connaissance. »

Freud refusa de s’exiler de Vienne jusqu’en mars 1938, lorsque les Allemands entrèrent à Vienne suite à l’Anschluss du 12 mars 1938. Ce dernier décida finalement de fuir Vienne lorsque sa fille Anna fut arrêtée le 22 mars, pour une journée, par la Gestapo. Freud obtint un visa valable pour seize personnes et put quitter Vienne le 4 juin. Au moment de partir, il signa une déclaration attestant qu’il ne fut maltraité: « Je soussigné, Professeur Freud déclare par la présente que depuis l’annexion de l’Autriche par le Reich allemand, j’ai été traité avec tout le respect et la considération dus à ma réputation de scientifique par les autorités allemandes et en particulier par la Gestapo et que j’ai pu vivre et travailler jouissant d’une pleine liberté ; j’ai pu également poursuivre l’exercice de mes activités de la manière que je désirais et qu’à cet effet j’ai rencontré le plein appui des personnes intéressées, je n’ai aucun lieu d’émettre la plus petite plainte. »

Zweig, quant à lui fuit l’Autriche dès 1934. Hanté et désespéré par la montée du Nazisme, il mit fin à ses jours, en février 1942, en compagnie de Lotte, son épouse.

 

 

 

 

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