François MITTERRAND – « Plusieurs fois par semaine je sors et retrouve ce vieux Quartier Latin, (…)  je retrouve des jeunes filles. »

François MITTERRAND – « Plusieurs fois par semaine je sors et retrouve ce vieux Quartier Latin, (…)  je retrouve des jeunes filles. »

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Lettre autographe signée à son ami Jean Vernaison.

Très belle et intime lettre de jeunesse de F. Mitterrand, 23 ans, incorporé au 23Régiment d’Infanterie Coloniale.

« Plusieurs fois par semaine je sors et retrouve ce vieux Quartier Latin, (…)  je retrouve des jeunes filles. »

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Description

François MITTERRAND(1916.1996)

Lettre autographe signée à son ami Jean Vernaison.

Deux pages in-4°. 20 février 1939.

Très belle et intime lettre de jeunesse de F. Mitterrand, 23 ans, incorporé au 23Régiment d’Infanterie Coloniale.

« Mon cher ami, cette lettre aurait dû te parvenir depuis longtemps – Je la portais en moi mais n’avais pas le temps de l’exprimer. Cela peut sembler colossal de ne pouvoir s’installer en pleine fuite des heures, de ne pouvoir fermer les yeux et vivre hors de ses murs, au moins une fois le mois ! C’est pourtant exact. La pensée peut facilement partir à tire d’ailes mais il est bien difficile à la parole ou à l’écriture de la rejoindre. Ta réponse à mon dernier mot me dit ce que tu es devenu. Cela me fixe un peu. Je connais le cadre – et je te vois parfaitement dans le réseau de la vie militaire. Tu te souviens sans doute de nos conversations d’il y a deux ans. Nous envisagions ces deux ans (à ce moment-là : à venir) avec un peu d’inquiétude. Nous retrouverions nous pareils ? Ni diminués, ni fatigués, ni momifiés, ni résignés, ni modelés ? Et cependant au fond de nous nous ne pensions à l’épreuve que pour l’imaginer surmontée. Nous ne pouvions imaginer une défaite. Je ne sais pas ce qu’il est advenu exactement de toi. Tu me parais un peu désenchanté (non pas à cause de l’Armée, mais en raison de ta résistance aux forces de l’armée) Heureusement, Moloch, va te rejeter de sa gueule. Demeureras-tu endolori ? Pour moi j’éprouve une certaine satisfaction. Si d’abord j’ai été malaxé plutôt par étonnement que par défaillance, j’ai vite trouvé une ligne de retraite (mentale) qui me permet d’attendre le grand haut-le-cœur de la libération, avec toutefois le spectacle curieux des mélanges des hommes victimes du même étau. Satisfait parce que je constate que ma personnalité d’avant n’est pas le moins du monde entamée. Est-ce me tromper que de penser que tout changement étant donné son origine eut été une diminution ? Ma vie est celle de tout homme de troupe, soumis aux rassemblements, aux revues, aux théories, aux exercices, aux engueulades. Mais derrière tout cela subsiste ce genre de vie : ce serait marqué d’un sourire, le jugement. Plusieurs fois par semaine je sors et retrouve ce vieux Quartier Latin, Saint-Germain, Montparnasse, nos villages – j’y ai des amis (camarades) plus récents que toi. Plus souvent, je retrouve des jeunes filles (elles existaient peu pour nous). À elles s’attache l’agrément d’une compagnie ou se mêlent des sentiments embués de sens critique.Mais il arrive que le sens critique meurt. Alors c’est grave. C’est le moment de croire à des secrets perdus. Et la joie et la peine peuvent venir : le terrain est fertile. Mon cher vieux, tu vois que je monologue sans vergogne. À toi d’employer ce système – et le plus tôt possible. Ne mets pas, je t’en prie, autant de temps que moi pour prendre la plume, et je suivrai ton exemple. Après demain mercredi je pars au camp de Maison Lafitte (adresse : Camp de M Lafitte, 23°RIC, 11èmeCie – 3èmeB.) et j’y resterai une dizaine de jours. Une lettre de toi là-bas me surprendrait chèrement (…) Pardonne mon écriture, je suis couché et ne jouis pas d’une position favorable aux signes soignés !  Et je joins à tout cela mon amitié. Il est d’ailleurs inutile de le dire. François Mitterrand»

 

 

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