Exceptionnelle et très longue lettre de Guy de MAUPASSANT (12 pages !) contant son voyage en Italie.

Exceptionnelle et très longue lettre de Guy de MAUPASSANT (12 pages !) contant son voyage en Italie.

7 500€

Lettre autographe signée à la Comtesse Emmanuela Potocka.

Douze pages in-12°. Strada di Porto Fino (Italie). (13 septembre 1889).

Exceptionnelle et très longue lettre de Maupassant (12 pages !) contant son voyage en Italie.

« Je ne suis plus bon qu’à me chauffer au soleil et à soupirer à la lune. »

 

Description

Guy de MAUPASSANT (1850.1893)

Lettre autographe signée à la Comtesse Emmanuela Potocka.

Douze pages in-12°. Enveloppe autographe timbrée et oblitérée.

Strada di Porto Fino (Italie). (13 septembre 1889).

« Je ne suis plus bon qu’à me chauffer au soleil et à soupirer à la lune. »

Exceptionnelle et très longue lettre de Maupassant (12 pages !) contant son voyage en Italie.

« Madame, Je ne suis plus à Rapallo, d’où votre lettre m’est revenue. J’ai trouvé ici, à la longue adresse écrite ci-dessus, un logis plus idéal, plus imprévu, plus poétique que celui de Triel. C’est un étage dans une maison habitée par des familles d’officiers de la marine marchande, dont je n’ai souci d’ailleurs. Cet étage est le premier. Mon salon, grand comme une église, peint à la chaux, meublé à l’antique mais proprement, ouvre trois fenêtres sur vingt lieues de côtes, peuplées de villages blancs, couvertes de pins et plongeant dans la mer deux grands caps rouges. Mes fenêtres sont aussi proches de la mer que celles de Triel étaient proches de la Seine. Je suis dedans. Ma chambre suit le salon, tandis que derrière la maison une grande pièce où je tente de travailler donne sur un bois d’oliviers qui monte une côte de dix kilomètres, couronnée par une forêt de sapins. Je n’ai jamais trouvé et jamais habité un pareil endroit. J’y suis dans une solitude de vagues et de feuilles, dans une paix si profonde que je ne me décide pas à travailler. Je n’ai jamais vu d’ailleurs un pareil temps, si chaud avec une brise fraîche, sans un nuage depuis quinze jours. Je crois que je ne pourrai me tenir d’écrire une bucolique sur cette terre de Virgile. Elle est si bienveillante à mes nerfs en ce moment que je tremble à tous les courriers de recevoir une mauvaise nouvelle. Quant aux nuits, ces nuits de pleine lune cuivrant la mer jusqu’à l’horizon d’une trainée jaune, elles sont si belles que je me demande en les savourant comme je n’ai jamais savouré l’air des soirs si ce qu’on appelle l’amour ne les Emmussetiserait pas d’une ridicule façon. Je n’écris plus qu’à vous, et, pour être franc, à Madame Kann qui rentre à Paris à la fin septembre. Je la crois malade, plus fatiguée qu’avant de partir, et très nerveuse. Si je vous parle d’elle c’est pour répondre à ce que vous me dites. Je ne la connais pas très bien, mais j’ai pensé, moi aussi, par instinct professionnel, et encore plus par amitié, à ce qu’elle doit être. Eh bien je la crois tenace dans ses relations, plus peut-être par logique, par volonté et par raisonnement que par entraînement, mais tenace à rendre les rapports avec elle relativement très sûrs. Nous avons souvent parlé de vous et je suis certain, vous lisez bien, je suis certain que vous lui plaisez. Ne voyez là aucune plaisanterie de mauvais goût. Tant que vous ne ferez point quelque plaie à sa vanité, à son orgueil de femme, elle vous aimera – le mot est trop fort, – elle aura pour vous plus de goût, plus d’affection surprise qu’elle n’en a peut-être jamais eu pour aucune femme. D’ailleurs elle ne résiste pas, malgré quelques contrariétés et quelques fâcheries à cette séduction. Soyez certaine que je ne me trompe pas. Vous voyez d’ailleurs que je n’agis point en – femme – je dis exactement ce que je pense. J’ajoute qu’en ayant soin, grand soin de ne pas toucher aux points irritables de son caractère, et en s’efforçant au contraire de flatter ses bons côtés qui sont très réels, on peut obtenir d’elle un commerce (pour me servir d’un vieux mot) fort agréable, sans pose et sans aucune malignité détournée.

Les gens agréables sont rares, très rares. Quand nous avons découvert leurs défauts oublions-les pour ne nous souvenir que de leurs charmes. Cette philosophie prudhommesque et bon-enfant me paraît sage. Je la pratique. Si vous saviez comme je suis, et comme je serai facilement simple et d’intimité aisée. Ça n’a pas marché avec vous parce que j’ai toujours été sur mes gardes de toutes les façons. Mais si vous ne m’aviez pas plu extrêmement, il y a beau temps que vous ne me verriez plus. Pardonnez-moi cet aveu brutal, et pas très poli, au sens français et galant du mot : je vis en ce moment en solitaire et j’en prends les mœurs un peu rustres. Je ne vois personne. Chaque jour cependant des familles demandent la permission de visiter mon petit yacht, qui est vraiment fort joli. Mais j’ai la fatuité de croire que les conversations qu’on a avec mon patron n’ont pas uniquement le bateau pour objet. J’aperçois presque tous les jours aussi un landau qui porte trois femmes, ou plutôt, à mon sens, deux jeunes femmes, une jeune fille, et une nourrice. Il y a là deux brunes aux yeux larges, oh mais, deux brunes comme votre pays en produit – quelquefois – madame. De près elles me paraîtraient peut-être moins bien qu’au trot des chevaux, qui trottent très vite. La blonde, très fine, est une jeune mère, ce qui me dégoûte un peu. D’ailleurs je suis voué au noir, en amitié féminine, et je ne regarde la blonde que par conscience d’observateur. Il est vrai que je regarde les autres par désœuvrement car je ne sais ni leur nom ni leur demeure. Voilà tout mon chapitre sentiment depuis mon arrivée en Italie. Quant au chapitre ? – ? – délassement sentimental – Eh bien – 0. 0. 0. 0. 0.0. autant de zéros que de jours. Je Bourgétise mon existence, ce qui me paralyse le cerveau ; car je ne suis plus bon qu’à me chauffer au soleil et à soupirer à la lune. Je mène d’ailleurs une vie de Marsouin. Je prends des bains qui me font du bien, je rame avec ardeur et je suis tellement noir que vous me prendrez en me revoyant pour quelque Sénégalais de l’Exposition. Il y a cependant des heures de regrets, de désirs violents de retour, d’envies folles de revoir des yeux et de baiser des mains. Mais il faut que je travaille – et….. je vais m’y mettre….. pour revenir. Je vous ai écrit une fois d’Afrique, l’an dernier, l’avez-vous oublié, que, loin de mes amis, je vis extrêmement avec eux. Si vous saviez combien souvent je pense à vous, et comment, vous en seriez peut-être un peu confuse. Pardon, Madame, je suis loin. De si loin permettez que je baise vos beaux bras, que j’admire tant. Je suis à vos pieds. Maupassant. »

Envoi de l’ensemble des scans des douze pages, sur simple de demande !

 

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