CARJAT Etienne – Arrestation d’ A. Arnould.

CARJAT Etienne – Arrestation d’ A. Arnould.

350€

Lettre autographe signée à son ami Arthur Arnould.

Très belle lettre de Carjat à son ami républicain, emprisonné.

« J’ai appris comme tout le monde votre arrestation. »

Description

Etienne CARJAT (1828.1906)

Lettre autographe signée à son ami Arthur Arnould.

Trois pages in-8° sur papier à son chiffre. Paris, 11 février 1870.

Très belle lettre de Carjat à son ami républicain, emprisonné.

« Mon cher ami, J’ai appris comme tout le monde votre arrestation, par les journaux, et je n’ai pas besoin de vous dire qu’elle m’a navré autant qu’étonné. Il faut croire que je suis un bien pauvre légiste, car j’ai eu beau lire et relire le document que vous avez signé, je ne vois pas là, matière à une poursuite. Je suis peut être encore plus naïf que mes amis ne le croient. En tout cas, il me suffit de savoir bien qui vous êtes, c’est à dire ce que vous valez, pour être convaincu que l’instruction – qui doit être honnête – vous sera favorable et qu’avant peu j’aurai le plaisir de vous revoir et de vous serrer la main. Donc, un peu de courage mon cher ami. Il y a des juges à Paris comme à Berlin, et vous ne pouvez pas, je vous le répète, rester longtemps sous les verrous. Ce serait, si votre incarcération se prolongeait, à dégouter d’être honnête. Vous êtes la loyauté même, et cette qualité exceptionnellement française force le respect même des adversaires les plus implacables. Nous vivons dans des temps où chacun doit payer de sa personne et se dévouer à la cause qui lui paraît juste et grande. Nous pouvons nous tromper peut être, mais à coup sûr, nous nous trompons de bonne foi. Que notre conscience soit tranquille et il y a gros à parier que nous sommes dans le vrai. Si vos adversaires sont aussi convaincus que vous, il faudra bien que leur intégrité reconnaisse la vôtre, et ils la reconnaitrons, j’en ai la conviction. J’ai vu plusieurs de vos amis qui ont été tout aussi attristés que moi. Je n’ai pu encore aller voir votre mère et votre femme, étant moi même fort ennuyé et fort occupé, mais j’irai dans les premiers jours de la semaine, leur serrer la main et les réconforter un peu. Vous avez là deux cœurs vaillants et dévoués qui sont fiers de vous et qui ne faiblissent pas devant la douleur. Pour être aimé comme cela, il faut que vous soyez encore meilleur que je ne croyais. La solitude doit vous peser à vous l’être expansif par excellence ; mais vous devez pouvoir lire et écrire, je suppose et alors le temps peut paraître moins long. Pour moi, si jamais je suis à votre place (…) je prendrais mon mal en patience. Ah mon ami, que de binettes contemporaines j’esquisserais ! que de rimes riches, j’alignerais ! Mais pardon ! on voit bien, n’est ce pas, que j’ignore Dieu merci, les douleurs du régime cellulaire (…) Regardons l’avenir avec confiance … »

Arthur Arnould (1833.1895), farouche opposant à l’Empire, collabora avec tous les journaux républicains de l époque, ce qui lui valut de régulières condamnations.