Claude MONET oeuvre à la mémoire de son ami Alfred SILSEY.

« M’occupant activement de la vente projetée, je voudrais qu’elle soit un succès pour notre cher ami et pour ses enfants. J’ai directement écrit aux peintres qui ont montré de la sympathie à Sisley. »

4.500

Claude MONET (1840.1926)

Lettre autographe signée au collectionneur et mécène François Depeaux.

Quatre pages in-8° sur papier de deuil à en-tête de Giverny par Vernon

Giverny. 21 mars [18]99.

« J’ai directement écrit aux peintres qui ont montré de la sympathie à Sisley. »

Importante lettre de Monet dévoué à la succession des œuvres d’Alfred Sisley décédé quelques semaines plus tôt. Le maître de l’impressionnisme s’affaire parallèlement à une vente publique des toiles de Sisley et à une souscription pour le musée du Luxembourg, souhaitant préserver la mémoire de son ami et les intérêts de ses deux enfants.

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« Mon cher Henri, J’ai bien reçu votre lettre du 20 et aussi votre télégramme ce matin. Mademoiselle Jeanne vient d’écrire à Madame Depeaux pour la prévenir qu’elle arriverait demain mercredi à 4h55.  De mon côté, comme je vois que nous aurons du mal à nous joindre, ne voulant pas m’absenter en ce moment à cause de ma femme, je vous écris ce que je voulais vous dire.

1° que la souscription en vue de l’achat d’un tableau de Sisley pour offrir au Luxembourg devrait être close sous peu.

2° que la vente d’un certain nombre de toiles de Sisley et des dons de ses amis et confrères étant chose décidée pour la date des 29-30 avril et 1er mai, il était urgent avant d’entamer quoi que ce soit d’autre, de choisir d’abord le tableau à offrir au Luxembourg et ensuite les toiles destinées à la vente publique. Cela fait, il n’y aurait plus qu’à profiter prudemment des offres qui se présenteront, mais la première chose à mon avis serait de faire définitivement ces deux choix. Et puisque vous êtes à Paris, vous pourriez vous concerter à ce sujet avec Mrs Tavernier et Viau, ne voulant aucunement prendre de responsabilité.

Bref, pour faire de la bonne besogne, il faut être bien d’accord et je serais désolé que l’on puisse me reprocher d’avoir fait manquer une occasion profitable aux enfants [Sisley]. C’est cette considération qui me fait désirer qu’avant tout ces deux choses soient faites une fois pour toutes.

M’occupant activement de la vente projetée, je voudrais qu’elle soit un succès pour notre cher ami et pour ses enfants. J’ai directement écrit aux peintres qui ont montré de la sympathie à Sisley. J’ai déjà reçu plusieurs réponses favorables et j’ai tout lieu d’espérer que ça marchera à souhait. S’il est urgent que je vienne à Paris, télégraphiez en hâte. Votre tout dévoué Claude Monet. »

 

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Les dernières années du peintre britannique Alfred Sisley (1839.1899) furent difficiles. Atteint d’un cancer de la gorge, il est trop faible pour assister aux funérailles de son épouse décédée en octobre 1898. Sa maladie progresse subitement. Le 21 janvier 1899, il fait appeler Claude Monet auprès de lui, dans sa demeure de Moret-sur-Loing, pour lui dire adieu et le supplier de veiller sur ses deux enfants. Il meurt huit jours plus tard, le 29 janvier.

Monet prend l’initiative d’une exposition et d’une vente de l’atelier au profit des enfants Jeanne-Adèle et Pierre Sisley. Plusieurs galeries présentent alors des tableaux de l’artiste, à Paris comme à New York, et des articles saluent sa mémoire. Le 1er mai a lieu chez Georges Petit la vente aux enchères de l’atelier et des œuvres offertes par des amis, dont Mary Cassatt, Cézanne, Pissarro, Renoir, Rodin et Vuillard.

  

Collectionneur averti et mécène de Sisley, François Depeaux (1853.1920) possédait plus de cinquante toiles de celui-ci.  Sa collection de près de 600 tableaux, comptait également plusieurs œuvres de Monet, ainsi que des Pissarro, Renoir et autre Toulouse Lautrec. Une partie de sa collection fut dispersée, en 1901, à l’Hôtel Drouot. En 1903 il proposa 300 tableaux au musée des Beaux-Arts de Rouen. En 1909, son conservateur accepta une donation de cinquante-trois œuvres impressionnistes et postimpressionnistes.

 

 

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