Charles BAUDELAIRE – « Mes Fleurs du Mal resteront. »

Charles BAUDELAIRE – « Mes Fleurs du Mal resteront. »

15 000€

Lettre autographe signée à son éditeur Auguste Poulet-Malassis.

Longue et passionnante lettre à son éditeur sur la publication de ses œuvres. Baudelaire évoque ici successivement sa plaquette sur Théophile Gautier, Les Paradis artificiels, son poème La Danse macabre, sa traduction de la Méthode de composition d’Edgar Poe, …

Au cœur de la lettre, il affirme, tant lucide que visionnaire : « Mes Fleurs du Mal resteront. »

Description

Charles BAUDELAIRE (1821.1867)

Lettre autographe signée à son éditeur Auguste Poulet-Malassis.

Quatre pages in-8°. (Honfleur). 1er mai 1859

Correspondance Pléiade, Tome I, pages 569 et 570.

« Mes Fleurs du Mal resteront. »

Longue et passionnante lettre à son éditeur sur la publication de ses œuvres. Baudelaire évoque ici successivement sa plaquette sur Théophile Gautier, Les Paradis artificiels, son poème La Danse macabre, sa traduction de la Méthode de composition d’Edgar Poe, ses travaux pour la Revue Contemporaine, et le poète provençal Frédéric Mistral. Au cœur de la lettre, il affirme, tant lucide que visionnaire : « Mes Fleurs du Mal resteront. »

« Je vous remercie d’abord, de tout mon cœur, pour votre ponctualité et votre complaisance.

Le Gautier. Je ne veux pas renoncer au portrait. Ou De Broise fera tirer tout de suite les frontispices dont il aura besoin plus tard, ou le frontispice de ma brochure sera semblable à celui d’Émaux et Camées. Cependant, comment fait-on pour tirer des épreuves d’estampes à plusieurs teintes ? Ne peut-on pas couvrir, avec une matière étrangère (qu’on retire plus tard), les parties qu’on ne veut pas reproduire ? Il est évident qu’il y a un moyen, et que ce moyen n’est pas de ma compétence. Postérieurement nous ferons tirer le titre en lettres bizarres. En somme deux tirages, comme pour les ornements rouges et noirs.

Le portrait est une garantie de vente. Les deux épigraphes se font antithèse, et il est évident que le vertu et pédant Laprade avait lu l’Artiste. Un caractère très petit pourrait nous tirer d’affaire. L’idée du verso n’est pas absolument détestable. Quand recevrai-je l’épreuve ? Il y a des fautes dans l’Artiste.

Opium et Haschisch. Un joli petit livre. Je compte là-dessus pour rentrer un peu en circulation. Vous serez satisfait de l’Opium; ce sera brillant et dramatique. En total: 80 pages de la Revue contemporaine. Je suis sûr de la vente. Calonne marchera, je le sais, et il ne m’est pas permis de vous dire pourquoi. Vos 3000 fr. ne me sortent pas de la tête. Voici ma situation: je lui dois toujours ses 500 frs, moins le salaire de la Danse macabre, 45 francs. Son Opium (que je relis maintenant) étant livré, commence une série de sommes pour vous. C’est en pensant à vous, que j’ai exigé de lui la promesse que si je lui livrais deux fortes nouvelles en juin et juillet, publiées ou non publiées, il les paierait en argent ou en billets tout de suite. Vous me prenez donc pour un ingrat, ou un imbécile. – De vers, il n’en aura plus. Vous me dites que vous avez relu mes vers. Vous auriez bien mieux fait de relire la Méthode de compositiond’Edgar Poe (Revue Française). Votre lettre m’a fait beaucoup de peine. Je vois que votre esprit versatile subit toutes les températures. Si je pouvais courir à Alençon, j’y courrais tout de suite, non pas seulement pour m’amuser un peu, mais pour vous secouer

Vous voilà tout aux brochures politiques, et vous oubliez qu’il est dans la nature humaine de toujours dépenser cinq francs pour acheter un roman ou une stalle au spectacle. Je ne vous remercie donc pas du tout de l’honneur que vous voulez bien faire exceptionnellement pour mes livres. Mes Fleurs du Mal resteront ; mes articles critiques se vendront, moins rapidement peut-être qu’en un meilleur temps, mais ils se vendront. Quand même la guerre voyagerait de l’Italie sur le Rhin, les hommes voudront lire les disputes littéraires et les romans; et c’est surtout quand tout le monde perd la tête, qu’il y a bénéfice, et gros bénéfice, à ne pas la perdre. Bien au contraire de vous, j’ai peur, pour vous, de cette négligence relativement aux choses littéraires. Des quatre-vingts pages de la Revue Contemporaine, il faudra faire, s’il se peut, deux cent cinquante pages. Vous me parlez sans cesse de vos dettes. Je suis convaincu qu’avec un peu d’ingéniosité, vous pourriez résoudre la question. Mais je ne connais pas assez vos affaires pour vous donner un conseil. Écrivez-moi moins tristement si vous pouvez et soyez toujours aimable. Mes compliments à votre famille. Ch. Baudelaire.  M. Mistral, auteur de Mireio, est un poëte patoisant, cornaqué par Adolphe Dumas. Le mauvais sujet a regretté qu’il ne fut pas tout à fait sauvage; il a vu avec douleur que M. Mistral, par ses commentaires, avait prouvé qu’il savait le français. D’ailleurs, ce charabiaïsant est l’étoile du moment. J’attends un mot de vous. Blanchissez vigoureusement le texte. »…

L’essai de Baudelaire sur Théophile Gautier parut dans L’Artiste le 13 mars 1859.

Les Paradis artificiels parurent chez Poulet-Malassis et De Broise, en 1860, après trois prépublications partielles dans la Revue contemporaine du 30 septembre 1858 et des 15 et 30 janvier 1860.

 

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