Jean-François CHAMPOLLION – Les secrets des hiéroglyphes égyptiens.

Exceptionnel manuscrit de Champollion, père de l’Egyptologie, comportant une centaine de caractères, dont environ 80 hiéroglyphes.

75.000

Jean-François CHAMPOLLION (1790.1832)

Manuscrit autographe.

Une page in-folio, slnd (circa 1828-1830).

Exceptionnel manuscrit de Champollion, père de l’Egyptologie, comportant une centaine de caractères, dont environ 80 hiéroglyphes.

“C’est un système complexe, une écriture tout à la fois figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase, je dirais presque dans un même mot.” (Lettre à M. Dacier, du 27 septembre 1822, relative à l’alphabet des hiéroglyphes)

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Ecrit vers 1828-1830, alors qu’il se trouvait en Egypte pour vérifier in-situ la véracité de sa découverte, Champollion y avait retrouvé Étienne Pariset venu étudier les mécanismes de transmission de la peste.

Au dos d’un feuillet chiffré «4» rempli de notes biographiques écrites par Pariset sur le naturaliste Lacépède, mort en 1825, Champollion, le père de l’égyptologie, explique en quelques lignes la manière de lire et de déchiffrer les hiéroglyphes.

Voilà ce que sont ces signes énigmatiques jetés sur cette feuille : il s’agit de la formulation d’une des avancées les plus considérables pour les Sciences Humaines, une invitation à découvrir un monde disparu. Sur ce document sont en effet résumés et illustrés les grands principes de l’écriture hiéroglyphique par celui même qui perça leur mystère.

Lorsque Champollion, fasciné, entreprit de déchiffrer les mystérieux hiéroglyphes qui couvraient les surfaces des antiques et des temples d’Égypte, la première question qui le tourmenta fut une question de méthode : Fallait-il lire tous ces idéogrammes pour ce qu’ils représentaient : un lotus pour un lotus, un soleil pour un soleil ? ou fallait-il au contraire qu’à chacun de ces signes correspondent un son, et leur attribuer ainsi une valeur phonétique ?

Écoutons sa réponse, prononcée en 1831 devant le collège royal de France, fruit de ses découvertes : « Mes travaux ont démontré que la vérité se trouvait précisément entre ces deux hypothèses extrêmes : c’est-à-dire que le système graphique égyptien tout entier employa simultanément des signes d’idées et des signes de sons. Seize mois entiers passés au milieu des ruines de la Haute et de la Basse-Égypte, grâce à la munificence de notre gouvernement, n’ont apporté aucune sorte de modification à ce principe, dont j’ai eu tant et de si importantes occasions d’éprouver la certitude comme l’admirable fécondité. Les caractères idéographiques ou symboliques, entremêlés aux caractères de son, devinrent plus distincts ; je pus saisir les lois de leurs combinaisons, soit entre eux, soit avec des signes phonétiques, et j’arrivai successivement à la connaissance de toutes les formes et notations grammaticales exprimées dans les textes égyptiens, soit hiéroglyphiques, soit hiératiques. »

La simultanéité des sens est illustrée par les mentions en tête du feuillet : tout en haut, sous le mot « fig[uratif] », Champollion dessine un homme marchant ; à côté, sous le mot « symbol[ique] », des jambes en mouvement ; enfin, sous le mot «phone[tique]», le verbe égyptien « venir ». Tout est là, le mécanisme est dévoilé !

Outre les différentes valeurs des hiéroglyphes : valeur graphique, valeur phonétique, valeur symbolique, une deuxième difficulté s’ajoutait pour Champollion. En effet les hiéroglyphes égyptiens ont changé de forme dans le temps, leur graphie se stylisant petit à petit jusqu’à former des caractères abstraits : les lettres de l’alphabet copte. Ainsi les hiéroglyphes parfaitement identifiables ont été simplifiés en caractères hiératiques, puis démotiques, et enfin en caractères coptes.

Notre document est un rarissime témoignage et une démonstration de cette évolution constatée par Champollion en Égypte. Voici trois images particulièrement éloquentes.

Encore dessous, le verbe «ouvrir» est transcrit phonétiquement «ouin». Ce verbe aussi apparaît plusieurs fois sur la feuille, en hiératique, deux fois, un peu plus bas à droite, et en copte aussi (« sôch »). Sur ce brouillon de recherches et d’explications est également inscrit, dans trois formes probablement relevées in situ, le verbe « avoir soif » dans plusieurs formes de conjugaison :« ib, eb, ob ».

D’autre part Champollion donne une phrase en hiéroglyphes avec sa traduction en français juste en dessous, ce qui permet d’insister sur la valeur propre des hiéroglyphes traduits « mots à mots. »

« Vie heureuse à toi aimable ami de moi ».

Enfin au pied de la page est retranscrite une longue suite hiéroglyphique qui ressemble à certains hymnes au soleil «J’adore Rê lorsqu’il se lève et qu’il éclaire toutes les terres par ses rayons». On sait que le voyage de Champollion en Égypte lui permit de conforter ses thèses et son Précis, en relevant sur les temples in situ de nombreux exemples illustrant ses propos.

On relèvera également la proximité entre les déclinaisons d’attitude corporelle, ou encore des différentes sortes d’oiseaux, visibles sur cette feuille, et certaines pages de la Grammaire Égyptienne. Les séries de signes représentant des personnages dans différentes attitudes se retrouve ainsi de manière très similaire en bas de la page 3 du premier volume de la Grammaire Égyptienne.

Cela tend à conforter notre hypothèse selon laquelle ces notes firent partie des travaux préparatoires à la publication de la Grammaire Égyptienne. Nous savons en effet que Champollion à son retour rassembla toutes les notes qu’il avait amassées pour composer dans sa retraite du Quercy son plus fameux ouvrage. Outil de sa démonstration et fruit de son labeur, elles demeurent une trace unique de ses travaux et du cheminement de sa pensée. Ce manuscrit est à considérer comme une étape fondamentale des découvertes de Champollion.

Né à Figeac en pleine Révolution, Champollion mourut âgé de 41 ans seulement, probablement emporté par le choléra. De sa courte vie il fit toutefois une épopée, révélant au Monde l’Égypte ancienne.

Conscient du trésor inestimable que représentait son œuvre, l’État Français promulgua après sa mort, le 24 avril 1833, une loi ordonnant l’acquisition de tous les manuscrits, les dessins et les livres de Jean-François Champollion. Ceux qui demeurent encore en mains privées sont par conséquent absolument rarissimes.

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Provenance : Étienne Pariset (1770.1847), médecin, secrétaire perpétuel de l’Académie de médecine.

Sont joints 9 documents adressés à Étienne Pariset lors de sa mission en Égypte.

 

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