BAZIN Hervé – Lettre autographe sur la Tauromachie et sur la Mort.

BAZIN Hervé – Lettre autographe sur la Tauromachie et sur la Mort.

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Lettre autographe signée à Roger Dumont.

Très intéressante analyse de Bazin sur la tauromachie.

Je hais le sacrifice cette messe où la victime est substituée à nous, fauves amateurs du sang d’autrui.

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Description

Hervé BAZIN (1911.1996).

Lettre autographe signée à Roger Dumont.

Quatre pages in-8° sur papier à son en-tête. 13 décembre 1969.

Très intéressante analyse de Bazin sur la tauromachie.

« Cher Monsieur, Franchement, il m’est difficile de vous répondre : je n’ai jamais assisté à une course de taureau. Mes sentiments sont ou paraitront donc assez extérieurs à la question pour un amateur de Fiesta Brava. Je dois dire pourtant que je n’ai pas envie – pas la moindre – de combler cette lacune. La chasse à courre, non plus, ne m’attire pas et pour la même raison. Sous l’aspect noble et décoratif de la chose, je ne vois ni le courage ni l’habileté, mais la vieille communion de la vie et de la mort, l’héritage des jeux du cirque qui se traduit aujourd’hui, de façon plus banale, par le grand pan-pan du western ou du film policier. Quel que soit le calice et autour de lui les joyaux, les lumières, je hais le sacrifice : cette messe où la victime est substituée à nous, fauves amateurs du sang d’autrui (qui sommes, dans le même ordre d’idées, allés jusqu’à inventer la mort de Dieu, dans l’arène humaine, pour notre rédemption et notre gloire). Je sais bien que de toutes façons, nous mangerons le même taureau sorti de l’abattoir où il aura péri sans faste. Mais du maillet à l’épée, pour lui, la différence est nulle ; tandis que pour moi elle reste énorme. L’abattage est une nécessité affreuse, mais innocente, car nous ne sommes pas les inventeurs de la faim. L’estocade au contraire est gratuite et c’est ici le meurtre même qui devient la finalité du combat, du spectacle. A la rigueur, s’il faut montrer à l’homme qu’il peut dominer la bête (moi j’aime mieux qu’il la domine en lui), j’accepte l’affrontement. Ainsi fait le dompteur, qui ne tue pas son lion. Affrontez le taureau, si ça vous chante, ma foi ! Donnez-vous des frissons et le viril plaisir de créer le danger même pour en sortir indemne. Mais parce que le taureau a des cornes et ne faisant que son métier, sur provocation, cherche à vous étriper, ne le condamnez pas pour l’y avoir contraint. Ce n’est pas pour rien que la tauromachie règne dans les pays où le sang garde une valeur expiatoire. La psychanalyse là dessus a jeté des lumières, dévoilé vos mobiles. Toute exécution est aussi un sauvetage : on meurt à notre place (tout le christianisme est fondé sur ce principe). Qui tue, qui voit tuer le taureau, participe au vieux mythe, inconsciemment. Mais les temps ont changé, les symboles se retournent. Au lieu de tuer votre mort, épargnez donc la bête pour vivre votre vie, en elle. »

 

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