Arthur RIMBAUD – Manuscrit autographe. Cocculucus indicus. 1873

Arthur RIMBAUD – Manuscrit autographe. Cocculucus indicus. 1873

40 000€

Manuscrit autographe. Cocculucus indicus.

Très émouvante relique rimbaldienne, tirée d’un carnet de poche du poète, datant de sa période de bohème avec Verlaine, et conservée par ce dernier jusqu’à sa mort.

Liste de cent trente mots et locutions en espagnol, avec leur traduction en français.

Description

Arthur RIMBAUD (1854.1891)

Manuscrit autographe. Cocculucus indicus.

Une page ½ in-12° sur papier réglé.

Fin 1872 – début 1873.

« Et je fouaille la langue avec frénésie … » Lettre du 5 mars 1875 à Ernest Delahaye.

Liste de cent trente mots et locutions en espagnol, avec leur traduction en français.

Très émouvante relique rimbaldienne, tirée d’un carnet de poche du poète, datant de sa période de bohème avec Verlaine, et conservée par ce dernier jusqu’à sa mort.

cocculus indicus

Geralama oscandalle

abantal tablier de serveur

gajo de ubas grappe de raisin

as de heno foin

de paja paille

de leña fagot

feo fea laid laide

flaquez faiblesse

…..    

c’est pour rire es para reir

c’est dommage es lastima

 

Verlaine décrivit Rimbaud tel un « prodigieux linguiste », un « fureteur de bibliothèques, en pleine fièvre philomathique » (Les hommes d’aujourd’hui, janvier 1888).

Nous savons la frénésie polyglotte de Rimbaud et son extraordinaire faculté d’apprentissage. Amis des mots, travailleur insatiable, ses capacités verbales hors du commun lui permirent de maîtriser plusieurs langues. Rimbaud en parlait et écrivait cinq (en sus des langues mortes) : le français, l’anglais, l’allemand, l’italien et l’espagnol. Il compléta son savoir, au fil de ses voyages abyssins, par l’apprentissage de plusieurs dialectes de la corne de l’Afrique.

Le témoignage de son condisciple de Charleville et ami Louis Pierquin, premier biographe du poète, est ainsi saisissant et instructif : « Il achète une grammaire arabe, un dictionnaire et quelques livres et s’adonne à cette langue avec la fièvre du délire. Afin que rien ne le dérange, à plusieurs reprises, il s’enferme dans une armoire, un vieux coffre du temps passé, et il y reste parfois vingt-quatre heures, sans boire ni manger, absorbé dans son travail. »

Autre témoignage de cette quête de maîtrise linguistique dans sa lettre du 15 novembre 1885 aux siens, rédigée depuis Aden tandis qu’il prépare son départ pour le Choa: « À présent, il faut que vous me cherchiez quelque chose dont je ne puis me passer, et que je ne puis jamais trouver ici. Écrivez à Monsieur le Directeur de la Librairie des Langues Orientales à Paris : « Monsieur le Directeur de la Librairie des Langues Orientales. Paris. Monsieur, je vous prie d’expédier contre remboursement à l’adresse ci-dessous le Dictionnaire de la langue Amhara (avec la prononciation en caractères latins) de M. d’Abbadie de l’Institut » (…) Je ne puis me passer de l’ouvrage pour apprendre la langue du pays où je vais, et où personne ne sait une langue européenne, car il n’y a presque point d’européens là jusqu’à présent. Expédiez-moi l’ouvrage dit à l’adresse suivante : Monsieur Arthur Rimbaud, Hôtel de l’Univers, Aden. Achetez-moi cela le plus tôt possible, car j’ai besoin d’étudier la langue avant d’être en route, d’Aden on me réexpédiera cela à Tadjoura … »

La présente relique manuscrite, dictionnaire franco-espagnol si émouvant, atteste ainsi de la démarche d’apprentissage du poète.

Relevons par ailleurs deux mentions latines biffées en tête de manuscrit : cocculus indicus / geralama oscandalle. Il n’y a pas de raison attestée à la présence de ce vocabulaire de pharmacopée (Rimbaud a pu les écrire auparavant dans une toute autre intention avant de les biffer, ainsi que l’expliqua Jean-Jacques Lefrère). Cocculus indicus peut-être glané par Rimbaud pour ses vertus enivrantes et geralama oscandalle pour la simple beauté du mot oscandalle ? Mystères emportés par le poète.

Le langage ; l’alchimie du Verbe, les mots mêmes, nous le voyons, sont pour Rimbaud ce qui forme la quintessence de la vie, son bouclier personnel, une sorte de passeport permanent lui permettant de franchir et traverser successivement les ruelles du quartier latin, les rives d’Aden, les déserts éthiopiens, et toutes les étoiles de l’Univers.

Provenance :

Ce document fut conservé par Paul Verlaine, jusqu’à sa mort, comme l’une des rares reliques lui restant encore de Rimbaud après leur ultime et orageuse entrevue de Stuttgart, fin février 1875. Trois feuillets en espagnol, de la main de Rimbaud, furent retrouvés dans les papiers du poète et dessinateur F.-A Cazals (1865.1941) qui les tenait directement de Verlaine. L’un d’eux, conservé à la Bibliothèque Nationale de France (B.N.F – Mss, Fonds Cazals) traite de la Conjugaison ; les deux autres proviennent de la bibliothèque de Georges-Emmanuel Lang (Catalogue II, 1926, n°1341). Par la suite : collection Henri Matarasso, puis collection André Vasseur.

Bibliographie :

. Arthur Rimbaud, Correspondance. Editions Fayard, Tome I pages 128 -129.

. Rimbaud, Œuvres Complètes IV. Steve Murphy – Ed. H. Champion, 2002.

. La Fièvre philomathique de Rimbaud. Esa Christine Hartmann.

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