Arthur RIMBAUD et sa livraison d’armes au Roi Ménélik au Choa.

Arthur RIMBAUD et sa livraison d’armes au Roi Ménélik au Choa.

Prix sur demande

Lettre autographe signée à sa famille.

Précieuse et riche lettre du poète préparant son départ pour le Choa et anticipant les bénéfices mirifiques qu’il pourrait tirer de sa livraison d’armes au Roi Ménélik.

 » Je vous ai déjà annoncé que je partais d’Aden pour le Royaume du Choa. »

Description

Arthur RIMBAUD (1854.1891)

Lettre autographe signée à sa famille.

Quatre pages petit in-4° (205 x 148 mm), à l’encre noire. Enveloppe autographe timbrée et oblitérée.

Aden, Hôtel de l’Univers, le 18 novembre 1885.

 

Précieuse et riche lettre du poète préparant son départ pour le Choa et anticipant les bénéfices mirifiques qu’il pourrait tirer de sa livraison d’armes au Roi Ménélik.

Mes chers amis, J’ai bien reçu votre dernière datée du 22 octobre. Je vous ai déjà annoncé que je partais d’Aden pour le Royaume du Choa. Mes affaires se trouvent retardées ici d’une façon inattendue, je crois que je ne pourrai encore partir d’Aden qu’à la fin de ce mois-ci. Je crains donc que vous ne m’ayez déjà écrit à Tadjoura. Je change donc d’avis à ce sujet : écrivez-moi seulement à l’adresse suivante : Monsieur Arthur Rimbaud, Hôtel de l’Univers, à Aden. De là on me fera suivre en tous cas, et cela vaudra mieux, car je crois que le service postal d’Obok à Tadjoura n’est pas bien organisé.

Je suis heureux de quitter cet affreux trou d’Aden où j’ai tant peiné. Il est vrai aussi que je vais faire une route terrible : d’ici au Choa (c’est-à-dire de Tadjoura au Choa) il y a une cinquantaine de jours de marche à cheval par des déserts brûlants. Mais en Abyssinie le climat est délicieux, il ne fait ni chaud ni froid, la population est chrétienne et hospitalière, on mène une vie facile, c’est un lieu de repos très agréable pour ceux qui se sont abrutis quelques années sur les rivages incandescents de la mer rouge.

A présent que cette affaire est en train, je ne puis reculer. Je ne me dissimule pas les dangers, je n’ignore pas les fatigues de ces expéditions, mais du Harar je connais déjà les manières et les mœurs de ces contrées. Enfin j’espère que cette affaire réussira. Je compte à peu près que ma caravane pourra se lever de Tadjoura vers le 15 janvier 86, et j’arriverai vers le 15 mars au Choa : c’est alors la fête de Pâques chez les Abyssins. Si le Roi me paie de suite, je redescendrai vers la côte immédiatement, avec environ 25 mille francs. Alors je rentrerai en France pour faire des achats de marchandises moi-même, si je vois que ces sortes d’affaires sont bonnes. De sorte que vous pourriez bien recevoir ma visite vers la fin de l’été 1886. Je souhaite fort que ça tourne comme cela, souhaitez-moi de même.

A présent, il faut que vous me cherchiez quelque chose dont je ne puis me passer, et que je ne puis jamais trouver ici. Écrivez à Monsieur le Directeur de la Librairie des Langues Orientales à Paris : Monsieur le Directeur de la Librairie des Langues Orientales. Paris. Monsieur, je vous prie d’expédier contre remboursement à l’adresse ci-dessous le Dictionnaire de la langue Amhara (avec la prononciation en caractères latins) de M. d’Abbadie de l’Institut. Agréez, Monsieur, mes salutations empressées. Rimbaud à Roches, Canton d’Attigny, Ardennes.

Payez pour moi ce que cela pourra coûter, une vingtaine de francs plus ou moins,je ne puis me passer de l’ouvrage pour apprendre la langue du pays où je vais, et où personne ne sait une langue européenne, car il n’y a presque point d’européens là jusqu’à présent. Expédiez-moi l’ouvrage dit à l’adresse suivante : Monsieur Arthur Rimbaud, Hôtel de l’Univers, Aden.

Achetez-moi cela le plus tôt possible, car j’ai besoin d’étudier la langue avant d’être en route, d’Aden on me réexpédiera cela à Tadjoura où j’aurai toujours à séjourner un mois ou deux pour trouver des chameaux, guides, etc, etc. Je ne compte guère pouvoir me mettre en route pour l’intérieur avant le 15 janvier 1886.

Faites ce qui est nécessaire pour cette affaire de Service militaire, je voudrais être en règle pour quand je rentrerai l’an prochain. Je vous écrirai encore plusieurs fois avant d’être en route, comme je vous l’explique. Donc au revoir, et tout à vous. Envoyez-moi ce que je demande, je vous prie.

Arthur Rimbaud. Hôtel de l’Univers. Aden. 

 

 

 

Au début d’octobre 1885, Rimbaud rencontra Pierre Labatut (1842-1886), trafiquant français. Ce dernier lui signala une possible et très rentable importation d’armes au Choa, leur garantissant une rapide fortune, en quelques mois seulement. Labatut, homme sérieux et loyal, établi depuis longtemps au Choa, bénéficiait de l’entière confiance du Roi Ménélik. De fait, et sans hésitation, Rimbaud engagea ton son avoir dans l’opération et s’en fut porter, le 14 octobre, sa démission à son employeur Alfred Bardey.

Dans une lettre du 22 octobre, il en informe sa mère et sa sœur : « J’ai quitté mon emploi après une violente discussion avec ces ignobles pignoufs qui prétendaient m’abrutir à perpétuité. »

Enthousiasmé par le projet Ménélik et certain de faire fortune, Rimbaud ne sait point encore qu’il ouvre ici les pages de deux années de souffrances, de rage, de désespoir et d’échecs. En effet, de retards en contretemps, l’entreprise rimbaldienne se complique de jour en jour et se voit de plus entravée par un décret gouvernemental interdisant l’importation d’armes, et par la mort soudaine de Labatut en octobre 1886.

Se retrouvant seul, Rimbaud part en octobre 1886, à la tête de sa caravane composée d’une cinquantaine de chameaux et d’une trentaine d’hommes armés. En France, loin des pérégrinations abyssiniennes de Rimbaud,  Illuminations et Une saison en Enfer sont parus dans les numéros de mai à juin et de septembre 1886 de la revue symboliste La Vogue.

Après avoir traversé, les terres arides des tribus Dankalis sous une chaleur implacable, le convoi franchit la frontière du Choa sans avoir été attaqué par les pillards. Rimbaud arrive le 6 février 1887. L’exultation est de courte durée : Ménélik est absent, parti combattre l’émir Abdullaï pour s’emparer d’Harar.

Suivi de sa colonne armée, Ménélik arrive triomphalement le 5 mars 1887. Il n’a plus vraiment besoin d’armes ni de munitions, car il en ramène en grande quantité. Il accepte néanmoins de négocier le stock à un prix très inférieur à celui escompté. De surcroît, il ne se prive pas d’exploiter la disparition de Labatut à qui il avait passé commande, pour retrancher du prix la somme de quelques dettes supposées.

Le triomphe et la fortune envisagés par Rimbaud en octobre 1885 ont laissé place à un cruel constat d’échec.

Le 23 août 1887, il écrit aux siens : « Mon voyage en Abyssinie s’est terminé (…) J’ai eu de grandes difficultés au Choa (…) Je me retrouve avec les quinze mille francs que j’avais, après m’être fatigué d’une manière horrible pendant près de deux ans. Je n’ai pas de chance (…) Je me trouve tourmenté ces jours-ci par un rhumatisme dans les reins qui me fait damner, j’en ai un autre dans la cuisse gauche qui me paralyse, une douleur articulaire dans le genou gauche (…) j’ai les cheveux absolument gris, je me figure que mon existence périclite…. »

Correspondance Fayard, pp. 441-442 ;

Rimbaud, Œuvres Complètes, Pléiade par André Guyaux, pp.566-567-568.

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